Renouvelables : demain la crise ?

Le 18 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les professionnels ne se reposent pas sur leurs lauriers. Alors que le secteur mondial des énergies «vertes » a battu des records de chiffres d’affaires, l’année passée [JDLE], l’inquiétude perce en 2012.


Pour plusieurs raisons, les électriciens américains commencent à sensiblement réduire leurs prétentions en la matière. L’effondrement des prix du gaz (en partie imputable à l’explosion de la production des gaz de schiste et à la récession) aux Etats-Unis a fait chuté les prix de l’électricité, historiquement indexés sur ceux des précieuses molécules.


Selon Standard and Poor’s, le prix moyen des électrons a diminué de 50% entre 2008 et le dernier trimestre de 2011. Une baisse accélérée qui a rogné d’autant les capacités d’investissement des compagnies électriques. Or celles-ci vont devoir massivement investir.
 

Si l’on en croit les décomptes réalisés par la banque d’affaires Alliance Berstein, ce sont 90 gigawatts de capacités nouvelles qui doivent être mises en service d’ici 2015 pour éviter toute rupture d’alimentation, outre-Atlantique. Or les centrales de puissance les plus rapides et les moins chères à construire sont les centrales à gaz.


De plus, nombre de compagnies électriques craignent que le soutien du ministère américain de l’énergie aux investissements verts (généralement des garanties publiques à l’emprunt) disparaisse au cas où les Républicains emporteraient les élections présidentielles.
 

D’aucuns soulignent aussi que l’agence fédérale de l’environnement imposent aux exploitants des centrales électriques à flammes de s’équiper de nouvelles techniques de dépollution. Résultat: les électriciens et les investisseurs lèvent le pied sur leurs projets éoliens et photovoltaïques.
 

Reconverti dans les énergies renouvelables, le magnat de l’énergie Thomas Boone Pickens délaisse l’éolien pour le gaz naturel pour véhicule, rappelle Bloomberg. NextEra Energy, qui se targue d’être le plus important exploitant de centrales «zéro émission» des Etats-Unis (5.500 MW de capacités éoliennes et photovoltaïques), a gelé tous ses investissements éolien. Bref, le ciel s’assombrit sur le marché américain des ENR, le second du monde après l’Europe.
 

Un Vieux monde où les affaires pourraient moins bien tourner aussi qu’en 2011. En cause: la baisse des soutiens publics (Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni,), mais surtout la crise économique et financière. Celle-ci renchérit le coût de l’accès au crédit, pour les investisseurs, notamment en Espagne, en Italie et au Portugal; trois pays aux importants programmes «renouvelables». Elle réduit aussi la demande en électricité. Et donc le chiffre d’affaires des producteurs d’énergie.
 

Cette conjoncture sombre angoisse les experts. A commencer par ceux de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). «Il y a déjà des signes en Europe d'un ralentissement du soutien des gouvernements à ce secteur», a noté Fatih Birol, lors des travaux du sommet mondial sur les énergies du futur organisé dans la capitale des Emirats arabes unis. L’économiste en chef à l'AIE a cité les cas de l'Allemagne et de l'Espagne où le soutien aux énergies renouvelables a diminué, estimant que, malgré la croissance de ce secteur, son expansion a été beaucoup plus lente que ce qu'elle devrait être.
 

«Le secteur énergétique (en général) a besoin d'une planification à long terme, a-t-il dit, affirmant qu'il serait dommage que les gouvernements rechignent à soutenir pleinement le développement des énergies renouvelables.»
Jacob Wallenberg a aussi déploré l'impact de la crise économique sur le secteur des ENR. «Les difficultés économiques ont contribué à détourner les investissements des énergies renouvelables», a concédé le président de l'investisseur suédois AB, lors du sommet.
 

En France, malgré le récent lancement de plusieurs appels d’offres éolien (marin) et photovoltaïque, l’optimisme n’est pas de mise. En cours de rédaction, la prochaine programmation pluriannuelle des investissements devrait réactualiser certains objectifs dévolus aux énergies renouvelables. Car les tendances actuelles d’installation d’éoliennes et de chaudières à biomasse ne permettront pas d’atteindre les objectifs fixés à la France par le paquet Energie-climat européen.
 

Signe des temps, Munich Re a annoncé, ce 18 janvier, le lancement d'un produit de couverture contre le risque de faillite des fournisseurs de panneaux photovoltaïques. Selon le premier réassureur mondial, ce dispositif doit faciliter l'accès des opérateurs de parcs solaires aux prêts bancaires. Sera-ce suffisant pour relancer les vocations?

 



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