Renouvelables: cet obscur objet du délire

Le 01 février 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La vision "renouvelables" des candidats à la présidentielle n'est pas très claire.
La vision "renouvelables" des candidats à la présidentielle n'est pas très claire.
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Intervenant dans le cadre du colloque annuel du SER, plusieurs politiques ont donné leur vision des énergies renouvelables. Souvent pathétique.

 

Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) n’est pas très charitable. Mardi 31 janvier, à l’occasion de son congrès annuel, le lobby des énergies vertes a ouvert sa tribune aux candidats à l’élection présidentielle. Hormis Yannick Jadot, seuls des représentants des principales organisations avaient fait le déplacement à la fameuse salle parisienne de la Mutualité. Deux heures durant, les ‘politiques’ devaient donc partager leur vision des ENR. Et ce faisant, nous laisser évaluer la place que la transition énergétique va occuper dans les programmes électoraux. Un vrai moment de bonheur!

Pas de rentabilité

Au nom de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, Jean-Marie Brom a ouvert le feu. Saluant les objectifs du Grenelle de l’environnement et de la loi sur la transition énergétique, le physicien nucléaire a estimé que la France «devait viser les 100% d’énergies renouvelables en 2050. Viser, car le résultat n’est jamais garanti.» Pas de méthode, si ce n’est un prix du carbone établi à une trentaine d’euros la tonne. Une taxe dont le produit serait redistribué aux «vertueux». Lesquels devront toutefois être dotés d’une solide trésorerie, «car la vocation de l’énergie n’est pas d’être rentable». Total, Engie, EDF et leurs actionnaires apprécieront.

Protectionnisme intelligent

La stratégie endossée par le Front National n’est pas plus claire. Certes, l’économiste Philippe Murer entend «installer de grandes capacités d’énergies renouvelables», à condition que les éoliennes, panneaux solaires, chaudières à biomasse, hydroliennes soient intégralement made in France. Car la France Bleue Marine a instauré le «protectionnisme intelligent». Il faudra donc recréer des filières éolienne, photovoltaïque, etc. Cela n’empêchera pas le FN de financer la transition énergétique, dont le coût est estimé à 1.600 milliards d’euros. Son financement est tout simple: libérée des contraintes européennes, la Banque de France fera tourner la planche à billets. Pas de recourir à la taxe carbone: ce «serait mourir ruiné».

Viser les objectifs

En bon juriste, Arnaud Leroy est un légaliste. Nouveau soutien à Emmanuel Macron, le député socialiste préconise d’atteindre les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique, en attendant ceux du paquet Energie Climat 2030. Des programmes qui pourraient bénéficier de plus de soutien de la part de la Banque publique d’investissement (BPI), estime-t-il. L’ancien militant des Verts propose aussi une légère réforme du marché communautaire des quotas d’émission de gaz à effet de serre. Reste à savoir laquelle.

Soutien de François Fillon, Bernard Pancher (UDI) ne semblait pas maîtriser son sujet. A la question de savoir quelle place il octroyait aux ENR, le député-maire de Bar-le-Duc répond que «le monde de demain, c’est le mix énergétique». Pourquoi s’encombrer de chiffres ou de trajectoires, car «les gens en ont marre des objectifs». Celui de la baisse à 50% du nucléaire dans la production d’électricité ne lui semble d’ailleurs «pas tenable». Pour transformer le système énergétique, le responsable du pôle écologie de l’UDI en est convaincu: il faut «donner un prix fort au carbone, mais à l’échelle européenne». Et de passer la parole à Yannick Jadot «qui connaît mieux le sujet que moi».

Jadot cible Fillon

Le candidat de (presque) tous les écologistes ne s’est pas fait prier. D’abord pour expliquer les piètres performances tricolores en la matière (lire encadré). «Si la France est en retard, ce n’est pas un hasard. C’est le fruit de politiques publiques qui ont délibérément favorisé le nucléaire.» Ciblant le candidat de la droite et du centre, l’ex-directeur des campagnes de Greenpeace rappelle que c’est François Fillon qui, en décrétant un moratoire sur le photovoltaïque, a «détruit la filière française et 15.000 emplois».

 
Coïncidence. Au moment où la France politique dissertait sur les ENR, la Commission publiait un état de l’union énergétique. L’occasion de rappeler que les émissions de CO2 des 28 ont baissé de 24% entre 1990 et 2016. Les ENR pourvoient à 16% de la consommation finale (14,3% en France). L’objectif commun de 20% en 2020 ne sera pas facile à atteindre. En 2014, 27,5% de l’électricité européenne était verte. Contre 18,3% en France.

Pour le député européen (EELV), la transition énergétique doit nécessairement se faire dans le cadre communautaire: la Banque centrale européenne (BCE) pouvant être l’un des principaux financiers. Outil de «relocalisation de l’économie», elle est aussi un moyen de «s’affranchir de la complaisance de la Russie et des pétromonarchies». Promettant de sortir du nucléaire en 2035, Yannick Jadot estime pouvoir construire une France à 40% renouvelable dès 2030, grâce aux énergies vertes et à l’efficacité énergétique. Côté carbone, l’économiste propose d’abord de «purger l’ETS» avant, éventuellement, d’alourdir la fiscalité sur le carbone. Seule façon, selon lui, de «laisser dans le sol 80% des hydrocarbures»

 

Absente de la table ronde, le PS n’a pu faire entendre sa voix. Dommage, car la transition écologique est la colonne vertébrale du programme de Benoît Hamon, rappelle-t-on rue de Solferino. Dans ce cadre, la transition énergétique joue un rôle essentiel, non seulement sur les questions énergétiques, mais aussi climatiques, sanitaires (pollution de l’air), de qualité de vie et de mobilité. L’objectif visé par le candidat socialiste est de 50% d’énergies renouvelables en 2050. Dommage qu’il ne précise pas s’il vaut pour toutes les énergies ou seulement le vecteur électricité. L’ambition n’est pas la même.


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