Renards, blaireaux et ragondins: la vénerie sous terre se modernise

Le 28 janvier 2014 par Marine Jobert
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Un blaireau saisi par des pinces à sa sortie du terrier.
Un blaireau saisi par des pinces à sa sortie du terrier.
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Du nouveau dans les terriers! Alors que la chasse au blaireau a pris fin le 15 janvier dernier, après 9 mois d’activité[1], elle devrait reprendre la saison prochaine, mais avec une nouvelle réglementation. Le ministère de l’écologie vient de lancer une consultation publique sur un projet d’arrêté jusqu’au 12 février, visant à rénover cette chasse «barbare» selon ses détracteurs, «ancestrale et à visées prophylactiques» pour ses partisans. «L’arrêté en vigueur étant ancien (1982) et des comportements peu acceptables ayant été constatés, il apparaît aujourd’hui indispensable de mettre en place un encadrement renforcé de la pratique de la vénerie sous terre», qui concerne les blaireaux, mais aussi les renards et les ragondins.

 

Vénerie sous terre… C’est le terme consacré pour désigner cette pratique qui consiste à aller chercher l’animal – qui ne sort qu’à la nuit tombée quand les chasseurs chassent de jour- au fond de son terrier. Une fois l’entrée d’un logis identifié, «les déterreurs envoient un de leurs chiens s’engouffrer dans le terrier. Pendant qu’il parcourt les longues et sombres galeries [du blaireau], les chasseurs, oreilles collées au sol, guettent sa progression signalée par les aboiements puis décèlent au ton de ces derniers que [le blaireau] est tenu en respect dans un accul. Au signal, pelles et pioches en mains, les veneurs sous terre commencent l’excavation», décrivait l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) dans un communiqué en mai 2013. Le déterrage achevé, l’animal est extirpé à l’aide de pinces métalliques; il sera laissé sauf ou tué.

 

Actuellement, il existe environ 1.500 équipages regroupés au sein de l’Association française des équipages de vénerie sous terre (AFEVST). Cette chasse regroupe près de 40.000 pratiquants regroupés au sein de l’Association des déterreurs (ADD) qui utilisent environ 70.000 chiens de terrier. «Cette pratique ancienne trouve sa justification dans la nécessité de réguler les populations d’une espèce qui peut causer des dégâts, voire représenter un risque sanitaire pour le bétail, mais dont le comportement nocturne et le mode de vie ne permettent pas facilement les opérations de régulation», précise le ministère de l’écologie.

 

Dans le viseur: des dégâts aux cultures de maïs et la mise en cause du blaireau comme vecteur de la tuberculose bovine. Dans un document établi en 2011, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) –dans le cadre du réseau Sagir[2]-  indiquait que non seulement ce sont les animaux bovins qui transmettent à la faune sauvage la tuberculose, mais que la maladie n’a été découverte en France que depuis 2001 (en Seine-Maritime d’abord, puis en Charente et en Dordogne). Ce sont surtout les cerfs et les sangliers qui sont touchés. Au plan national, l’ONCFS indiquait en outre que «si la réduction des densités d’animaux sauvages sensibles peut contribuer à la prévention de l’installation de foyers sauvages et de recontamination des bovins, d’autres facteurs (environnementaux, mode de gestion cynégétique, mode de conduite des troupeaux...) sont à prendre en compte et la mise en œuvre de mesures de biosécurité dans les cheptels bovins est essentielle».

 

Le nouvel arrêté propose de revoir les moyens autorisés pour le déterrage et les armes utilisées pour la mise à mort, d’interrompre les opérations de déterrage en cas de présence d’une espèce protégée, d’interdire les championnats et compétitions -remplacés par des journées de formation et d’entraînement des chiens; il propose également que le préfet puisse suspendre ou retirer l’attestation de meute en cas de manquement grave aux prescriptions de l’arrêté.

 

Ces réformes présentent «des avancées incontestables», indique l’Aspas, qui continue cependant à réclamer l’interdiction pure et simple de cette pratique. L’association a plusieurs raison de se réjouir: la mise à mort de l’animal capturé est encadrée –«aujourd’hui, les veneurs qui capturent un animal en font ce qu’ils veulent, jusqu’à le donner en pâture aux chiens de chasse»; la remise en état du terrier est obligatoire; l’opération doit désormais être stoppée en cas de présence d’une espèce protégée dans le terrier concerné; et sont totalement interdits les concours et compétitions de vénerie sous terre.

 

Elle regrette en revanche qu’il soit toujours laissé au préfet la faculté d’ouvrir la chasse au blaireau à partir du 15 mai -«en pleine période de dépendance des jeunes»-, et que les conditions dans lesquelles l’animal capturé peut être relâché ne soient pas prévues, pas plus qu’un protocole précis de remise en état du site détruit.

 



[1] Officiellement prévue du 15 septembre au 15 janvier, elle peut être autorisée de façon anticipée par le préfet à partir du15 mai.

[2] Sagir: pour «surveiller les maladies de la faune sauvage pour agir»

 

 



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