Refroidir le climat créerait un million d’emplois

Le 12 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La transition écologique pourrait créer trois fois plus d'emplois qu'elle n'en détruirait.
La transition écologique pourrait créer trois fois plus d'emplois qu'elle n'en détruirait.
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Une coalition d’ONG et de syndicats ont évalué le potentiel de création d’emplois d’une politique ambitieuse en faveur de la lutte contre le réchauffement. Verdict: c’est mieux que ce que promettait le Medef!

C’est l’une des thématiques curieusement absente de cette campagne électorale. Un peu plus d’une année après la conclusion de l’Accord de Paris, aucun candidat à la magistrature suprême ne fait de la lutte contre le changement climatique la clé de voute de son programme.

Pour Emmanuel Macron, «tout demeure à faire» en la matière. Ce qui n’est pas une raison pour… faire. Dans l’entretien qu’il accorde au JDLE, pas une fois Yannick Jadot n’évoque le sujet. Le 20 décembre dernier, aucun des 6 compétiteurs à la primaire de gauche invités par l’institut Veblen n’a présenté son programme écologique, ni ne s’est étendu sur la question.

Rien dans les programmes

François Fillon, le poulain à casaque Les Républicains, est plus tranché encore: aucune de ses 15 mesures-phares ne concerne l’environnement en général, et le climat en particulier. Une fois encore, la patronne du Front national fait cavalière seule. Au cours d’une récente convention de son mouvement, Marine Le Pen a classé le réchauffement comme l’un des maux à combattre en priorité. A coup de nucléaire, d’énergies renouvelables, d’isolation des bâtiments et de piles à combustible consommant directement de l’hydrogène.

A l’heure où les partis peinent à produire des projets de société euphorisants, où 40 années de ministère du travail n’ont pas entravé l’ascension de la courbe du chômage, où les indicateurs environnementaux virent au rouge, on aurait pu se dire que la thématique climatique serait au cœur des programmes.

Climat, cause perdue?

Car, finalement, quel autre sujet nécessite autant d’investissements, de grands chantiers de rénovation et d’infrastructures, de révolutions urbaines et agricoles que la lutte contre le réchauffement? Ni la baisse des dépenses publiques, chère à François Fillon. Ni la réforme constitutionnelle, appelée de ses vœux par Yannick Jadot. Ni le renoncement aux gaz de schiste d’Arnaud Montebourg.

Climat, cause perdue? Ce n’est pas encore certain. Une coalition d’associations, d’organisations paysannes et de syndicats[1] se sont retroussé les manches. But de cette ‘Plate-forme emplois-climat’: évaluer le potentiel de création d’emplois d’une politique environnementale. Un énorme potentiel!

Près de 500.000 emplois détruits

L’étude que publient, ce jeudi 12 janvier, les membres de la plate-forme s’appuie sur les travaux de l’économiste Philippe Quirion. En 2013 et 2016, ce chercheur du Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired) a évalué l’effet sur l’emploi de la transition énergétique. L’étude, elle, va un peu plus loin, «en quantifiant les créations nettes et additionnelles», souligne Meike Fink (réseau Action climat -RAC). Aux emplois créés par le développement des énergies renouvelables, de l’agriculture biologique ou de l’action sociale, on soustrait donc les destructions de jobs dans les secteurs réputés néfastes au climat.

Avec un fort volontarisme politique, ces derniers perdront près de 500.000 salariés en 5 ans. Coupables de bâtir des immeubles qui restent vides parfois, les entreprises du bâtiment dégraisseront lourdement: -124.000 emplois. Les affreux constructeurs automobiles mettront à la porte 85.000 collaborateurs. Soit un tout petit plus que les pertes d’effectifs dans l’industrie nucléaire: 76.000.

1,4 million d’emplois créés

A coup de milliards, les secteurs réputés bons pour le climat recruteront à qui mieux mieux. Energies renouvelables, rénovation du bâtiment, action sociale et recyclerie: à eux quatre, ces secteurs pourraient embaucher un million de salariés le temps d’un quinquennat. «Au total, ces activités pourraient créer 1,4 million d’emplois, détaille Meike Fink, pour un coût légèrement supérieur à 100 milliards d’euros.»

Question pavlovienne: d’où vient l’argent? Simple. En renforçant la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, en supprimant les niches fiscales favorables aux énergies fossiles, en accroissant la fiscalité des transactions financières. «De façon pragmatique, on peut mobiliser ainsi plusieurs dizaines de milliards d’euros par an pour financer la transition écologique», souligne Julien Rivoire, de la Fédération syndicale unitaire (FSU).

1,4 million moins 446.000, cela fait un million d’emplois «nets et additionnels». Autant que ce que promettait le Medef du temps où il militait en faveur de l’instauration d’aides à l’investissement (ce sera le CICE), d’une réforme du marché du travail (loi El Khomri), de soutiens à l’amélioration de la compétitivité des entreprises (pacte de croissance) et de la libéralisation de l’économie (loi Macron). Nous en sommes encore bien loin.



[1] Alofa Tuvalu, Alternatiba, Amis de la Terre, Attac, Collectif Roosevelt, Confédération paysanne, Emmaüs, Fédération syndicale unitaire, mouvement national des chômeurs et des précaires, réseau Action climat, Union syndicale solidaire, Ligue des droits de l’homme.

 

 

 


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