Réforme de la pêche: l'UE va-t-elle revoir ses ambitions à la baisse?

Le 08 juin 2012 par Geneviève De Lacour
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Maria Damanaki, commissaire européenne à la pêche
Maria Damanaki, commissaire européenne à la pêche

Un ambitieux projet de réforme censé rendre la pêche européenne plus respectueuse de l'environnement est sur le point d'être revu à la baisse par les gouvernements, au grand dam des ONG qui dénoncent leur manque d'ambition.

Les ministres européens de la pêche devraient pouvoir déboucher sur un accord en ce sens lors d'une réunion décisive mardi 12 juin à Luxembourg. Cette réunion va donner le ton des négociations qui s'ouvriront prochainement avec le Parlement européen, selon des diplomates.

La réforme doit entrer en vigueur en 2014 et, selon la commissaire à la pêche, Maria Damanaki, tout statu quo conduira à l'épuisement des ressources et contraindra les pêcheurs européens à aller chercher les poissons de plus en plus loin, aux 4 coins du globe.

Il y a urgence. Les derniers chiffres font état de 80% des stocks de poisson victimes de la surpêche en Méditerranée. La situation s'améliore toutefois dans l'Atlantique, où cette proportion est passée de 94% en 2005 à 47% en 2012.

Mais les objections formulées par plusieurs grands Etats pêcheurs au projet de la Commission devraient avoir raison d'une de ses pierres angulaires: l'instauration d'un marché des quotas de pêche en Europe. Les ministres devraient en effet s'entendre pour repousser l'objectif-phare de parvenir dès 2015 à ne pêcher que le strict nécessaire pour ne pas mettre en danger la reconstitution des stocks de poisson menacés. Le calendrier qui commence à être largement accepté consiste à dire «2015, là où c'est possible, mais au plus tard en 2020», précise un négociateur.

Le compromis sur la table prévoit également que les concessions de pêche transférables, qui existent déjà dans certains Etats de l'UE comme le Danemark, restent facultatives à l'avenir, soulignent plusieurs sources. Ce système vise à laisser le marché réguler le nombre de navires tout en responsabilisant les pêcheurs. Ses détracteurs, parmi lesquels des pays comme la France et des ONG, y voient une forme de privatisation des mers.

Un des points encore en suspens concerne le projet d'interdiction d'ici 2016 des rejets à la mer de poissons non commercialisables. Mais sur ce point, la discussion sera tendue, pronostique un diplomate.

Cette pratique consistant à passer par-dessus bord les poissons non commercialisables était jusqu'ici tolérée. Bruxelles propose d'obliger les pêcheurs à débarquer leurs rejets au port, de les déduire de leurs quotas pour encourager le recours à des méthodes de pêche plus sélectives, et de les transformer en farine pour l'alimentation animale.

La France, l'Espagne ou le Portugal ont encore des difficultés avec cette proposition mais de plus en plus d'Etats sont favorables au principe d'une élimination graduelle des rejets, résume un diplomate.

L'interdiction des rejets est particulièrement critiquée par les pêcheurs qui partent plusieurs jours en mer et seraient donc obligés de remplir leurs cales de poissons invendables.

Au bout du compte, même les Français devraient pouvoir accepter le principe d'un calendrier graduel, juge un autre négociateur, pour qui les pourparlers porteront plutôt sur les détails de sa mise en œuvre. Paris toutefois se montre ferme: le zéro rejet n'est pas une option réaliste. «Ce n'est pas une base de négociation», assure ainsi un diplomate français.

Les ONG environnementales sont inquiètes. Greenpeace, Ocean2012, Oceana, Seas At Risk, Birdlife Europe et le WWF ont appelé le Parlement européen à rejeter complètement «le projet irresponsable des ministres».

«Les marchandages entre Etats se traduisent par un affaiblissement significatif de la proposition initiale», déplorent-elles. Avec pour résultat de limiter la réforme au plus petit dénominateur commun, sans la moindre ambition de parvenir à une pêche durable ou de sauver des emplois de pêcheurs.

 

 

 



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