Réforme de la PCP: l’avis des professionnels de la filière

Le 10 juillet 2012 par Eudoxie Jantet
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La Cotinière, premier port de pêche de Charente-Maritime
La Cotinière, premier port de pêche de Charente-Maritime

Pour enrayer la surpêche et assurer l’avenir du secteur, la Commission européenne a présenté le 13 juillet 2011 une série de propositions pour réformer la politique commune de la pêche de l’Union européenne. Un an plus tard, alors que les discussions sont toujours en cours, nous avons recueilli à la Cotinière, premier port de pêche de Charente-Maritime, l’avis de quelques professionnels de la filière sur cette réforme de la PCP.

Premier point d’achoppement, la surpêche elle-même. Sur son site internet, la Commission européenne justifie la réforme de la politique commune de la pêche: «Les navires capturent des quantités de poisson trop importantes pour que les prélèvements puissent être compensés par la reproduction, de sorte que certains stocks halieutiques s’épuisent et que l’écosystème marin est menacé. A l’heure actuelle, les trois quarts des stocks (82% des stocks de la Méditerranée et 63% des stocks de l’Atlantique) sont surexploités». (http://ec.europa.eu/fisheries/reform/index_fr.htm).

Même si Nicolas Dubois, le directeur adjoint du port de la Côtinière, ne nie pas ces problèmes, il estime que «la médiatisation de la surpêche est le fruit du travail de lobbies environnementalistes assez puissants, qui font un amalgame entre les statistiques données par la FAO pour la Chine, les côtes africaines, le Pérou ou encore le Chili, et l’encadrement très strict de la pêche au niveau européen». Pour preuve, «la flotte française a diminué de moitié en 10 ans, elle est passée d’environ 5.000 à 3.000 navires, et aujourd’hui un marin n’a plus le droit de construire un bateau neuf».

Les quotas en question

Les quotas font toujours l’objet d’un vif débat. Yoann Crochet, un pêcheur oléronais d’une trentaine d’années, explique qu’il n’a pas intérêt à dépasser les quotas qui lui sont octroyés, au risque de passer en correctionnelle, bien qu’il avoue être «mal instruit là-dessus». Mais ce jeune pêcheur est également inquiet de l’interdiction des rejets, qui signeraient selon lui «la fin de la pêche» et de lourds investissements matériels. La Commission européenne souhaite en effet les interdire car «cette pratique, qui consiste à rejeter à la mer le poisson indésirable, représente environ 23% des captures totales (et bien plus encore dans certaines pêcheries!)». La Commission européenne espère ainsi que les pêcheurs utiliseront des engins de pêche plus sélectifs, dans l’optique de mieux gérer la ressource.

Mais ce qui énerve le plus Yoann Crochet, c’est d’avoir l’impression que «les gens prennent les pêcheurs pour des destructeurs, des prédateurs». Bien au contraire, il estime faire partie de l’écosystème dans lequel il pêche et tente d’expliquer que «les pêcheurs ont toujours su faire. Pour la coquille Saint-Jacques, par exemple, on renouvelle nos stocks». Il en arrive même à se demander si la réforme de la Commission européenne n’a pas pour objectif d’«avoir des bateaux usines sur l’eau pour servir les grandes surfaces».

Un sentiment partagé par Delphine Dupuy, directrice des Pêcheries de la Cotinière, une entreprise oléronaise notamment composée de deux poissonneries. Selon elle, «les marins pêcheurs sont conscients de leur rôle à jouer dans la préservation de la ressource. Il existe de toutes façons des espèces de poissons interdites en criée, comme le thon rouge ou le veau de mer [aussi appelée requin-taupe commun, ndlr]. Les marins et les mareyeurs ont l’impression que toutes ces réformes ont pour nette volonté de mettre fin à la pêche».

 



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