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Réduire les pesticides de 50% exige une mutation de l’agriculture

Le 01 février 2010 par Sabine Casalonga
obregon
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L’objectif de réduction de 50% des pesticides en 10 ans, inscrite dans le Grenelle I et le plan Ecophyto 2018 nécessite des changements majeurs des systèmes agricoles. En revanche, une baisse de 30% serait réalisable dès maintenant et sans impact sur les revenus des agriculteurs, en généralisant le système de protection intégrée. Tels sont les résultats de l’étude Ecophyto R&D présentée le 28 janvier.

«Les pesticides sont une préoccupation forte de la population. 64% des Français les associent à un niveau de risque élevé, selon un sondage de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)», a rappelé Yves Le Bars, président du comité d’orientation Ecophyto R&D, lors du colloque de présentation organisé le 28 janvier au Conseil économique, social et environnemental (Cese).

L’étude Ecophyto R&D a été commandée à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) par les ministères de l’agriculture et de l’environnement fin 2006. Son objet est d’élargir la connaissance sur les systèmes de culture économes en pesticides et d’évaluer les conditions de leur généralisation à l’échelle nationale, à l’aide de différents scénarios intégrant l’objectif du plan Ecophyto 2018 et du Grenelle I: une réduction de l’usage des pesticides de 50% en 10 ans. Pendant deux ans, 80 experts ont planché sur le sujet en s’appuyant sur des publications académiques mais aussi sur des revues techniques, des comptes-rendus d’essais, des «dire» d’experts et en discutant régulièrement leur résultats avec le comité d’orientation «grenellien» (ONG, agriculteurs). Une limite importante, l’ensemble des résultats se base sur la seule année 2006.

Les experts ont classé les modes de culture en fonction de leur recours décroissant aux pesticides, de l’agriculture intensive à l’agriculture biologique en passant par la protection raisonnée (traitement en fonction de seuils d’intervention) et la production intégrée (méthodes prophylactiques et alternatives). Ils ont retenu l’indicateur de fréquence de traitement (IFT) comme indice de mesure de l’utilisation des pesticides. S’il permet de comparer la dépendance aux traitements de différents systèmes, il n’intègre cependant pas les critères de toxicité ou de persistance dans l’environnement de chaque substance.

Premier constat: le recours à la seule agriculture raisonnée n’est pas suffisant pour atteindre les objectifs du Grenelle. Première illustration avec les grandes cultures qui représentent 45% de la surface agricole utile (SAU) et 70% de l’usage national des pesticides -colza, céréales à paille et pommes de terre étant les plus «gourmands». A l’heure actuelle, 30% de ces parcelles sont en mode intensif, 2,5% en mode raisonné et la majorité à mi-chemin. Selon l’étude, une généralisation de la protection raisonnée permettrait de réduire de 3 à 40%, selon les cultures, le recours aux pesticides tout en conservant un rendement similaire au scénario intensif (sauf pour la pomme de terre et le colza avec une baisse de 5 à 10%). La généralisation de la protection intégrée (changements de date de semis, de choix variétal voire de la rotation de culture) permettrait d’atteindre 37 à 76% de réduction des pesticides sans baisse des marges mais avec une baisse des rendements de 10 à 20%.

En prenant en compte toute l'agriculture, une réduction de l’ordre de 30% serait possible, sans perte de marges -dans un contexte économique analogue à celui de l’année 2006- mais avec une diminution des volumes de production (5% en moyenne). «Au-delà d’une diminution de 30%, changer les systèmes de culture devient impératif et les baisses de production et de marges inévitables, souligne Florence Jacquet, directrice de recherche à l’Inra. Mais les progrès agronomiques offrent des promesses d’amélioration. Par ailleurs, le recours aux taxes sur les pesticides (avec redistribution des recettes aux agriculteurs) et aux subventions pour les modes vertueux, notamment à l’agriculture biologique, seront aussi utiles».

Le rapport de l’Inra a insisté sur la nécessité de replacer l’agronomie au cœur des facteurs de progrès. «Le financement des travaux de recherche et d’expérimentation fera donc l’objet d’une attention toute particulière dans le cadre du plan Ecophyto 2018», indique le Meeddm dans son communiqué. La mise en place d’un réseau de 3.000 fermes références, permettant d’assurer la collecte et la diffusion de données sur les systèmes agricoles à bas intrants a également été proposée.

Les représentants des producteurs de phytosanitaires et des agriculteurs ont également fait valoir leurs points de vue. S’ils sont tous favorables à la généralisation de l’agriculture raisonnée, ils prônent une évolution progressive des pratiques et mettent en avant le risque de perte de compétitivité de la «ferme France». «L’objectif d’une baisse de 50% d’ici 10 ans est un affichage politique qui aura des conséquences très négatives sur la compétitivité française», estime Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Même point de vue à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). «Le vrai objectif pour 2018 ne devrait pas être 30 ou 50% mais une véritable évolution des comportements», souligne Pascal Férey, vice-président de la FNSEA. Il a cependant rappelé l’échéance de 2014 pour que les Etats membres de l’UE définissent leur cahier des charges de l’agriculture intégrée. Philippe Mangin, président de Coop de France a insisté sur la nécessité de réaliser des expérimentations avant de généraliser la protection intégrée, notamment pour gagner l’adhésion des agriculteurs.

Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à France nature environnement (FNE) rappelle que «l’objectif de 50% est inscrit dans le Grenelle I», et que FNE veillera donc à son application. «Le monde agricole a déjà montré dans le passé sa forte capacité d’innovation, fait-il valoir. On n’a pas le temps d’attendre 10 ans, il faut aller tout de suite vers une agriculture intégrée.»

5 réactions

Jérémie Piolet | 10/03/2010 - 14H51

La reponse est claire: OUI L’agriculture biologique peut-elle nourrir l’humanité La FAO est tes claire sur ce sujet depuis 2007: L'agriculture biologique (donc la suppression de la majorité des engrais et pesticides utilisés aujourd'hui) est LA solution pour nourrir l'humlanité de demain. Tout est dans ce rapport "Organic Agriculture and Food Security": ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/meeting/012/ah949e.pdf Disponible sur le site de la FAO: http://www.fao.org/organicag/oa-publications/pub-cat/sustainability-and-perspectives/en/ Voici notamment un des arguments principaux: "le rendement de l’agriculture biologique s’est révélé inférieur à celui de l’agriculture conventionnelle pour la majorité des catégories de cultures dans les pays riches, alors que les études menées dans les pays en voie de développement ont montré que l’agriculture biologique améliorait le rendement"

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BRANA Etienne | 09/02/2010 - 15H34

Chimie, lobby, courbe de croissance, homicide, ... Et ben ... on ne fait pas dans la nuance à ce que je vois ! Le "lobby" des phytosanitaires représente dans les 2 milliards d'euros par an (le vaccin H1N1 en a coûté un à lui tout seul ) Effectifs directs du même "lobby" : largement moins de 5000. Avec ça, le chantage à l'emploi, par exemple, est d'un poids redoutable ! Mac Do tout seul : 55000 et comme producteur de "cochonneries", difficile de faire mieux pour "protéger le bien commun, la santé" ! Je pense que les "chevaliers de la chimie" ne "demandent à leurs ingénieurs" qu'une chose : "Trouvez des pesticides 100% efficaces et 100% inoffensifs pour les utilisateurs, les consommateurs et la nature et vous toucherez de super bonus, type traders !" ... et j'achète vite des actions de la société qui aura trouvé ! Blé bio en France : 35 quintaux à l'hectare. Blé "conventionnel" : 70 à 80 qx/ha et jusqu'à 100/110 dans la Beauce et la Brie. En France, c'est vrai, on mange trop ... Mais ailleurs ? Allez demander à l'Asie de passer en bio ... et imposez aux Chinois et aux Indiens de ne pas augmenter leur consommation de viande, qui explose, et qui consomme jusqu'à 8 ou 10 kg de céréales pour 1 kg de bœuf ... Et en 2050 avec ses 9 milliards de terriens, on fait comment ? Il faut doubler la production alimentaire mondiale ... Qu'il faille mieux utiliser pesticides, engrais et eau, bien sûr. S'en passer, dites-moi comment ...

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BONNARD Jean | 06/02/2010 - 10H29

Identité française ? La "maison France" de la FNSEA, répotée pour être une des premières utilisatrices de ces cochonneries, et de ses lobbys de la chimie,n'est pas la mienne. Allons nous enfin vers la fin des subventions européennes irrationnelles du trio infernal qui ne sont que gaspillages de pesticides, d'engrais et d'eau, tous payés par le consommateurs et les contribuables et non par les pollueurs, source de maladie pour les agriculteurs-otages et les consommateurs (où sont leurs représentants dans cette réflexion ?)

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PIERRE BROTONS | 05/02/2010 - 12H40

PESTICIDES / HOMICIDE La chimie peut aussi réévaluer ses pratiques et évoluer à la mesure de ce que l'on demande aux agriculteurs. La question est de savoir quelle sont les fonctions d'un pesticide: éliminer un pasrasite : point à la ligne, ou bien éliminer un pasasite et protéger la santé. Tout dépend de ce que nos chevaliers de la chimie demandent à leurs ingénieurs. L'objectif visant à protéger un bien commun, dont nous connaissons tous le coût croissant, la santé de chacun et le droit à une alimentation saine sont des critères ( pas nouveaux ) incontournables. Enfin, un vaste sujet qui n'est pas soulevé : éthique et industrie....

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claude duport | 02/02/2010 - 09H19

Profonde Mutation ? La seule mutation nécessaire est que les "industriels de l' agriculture" ( élevages et cultures intensives) redeviennent des "agriculteurs". Il faut que dans les pratiques agricoles le bon sens reprenne le dessus, que des vrais bilans coûts, avantages et risques soient fait. Il faut chiffrer les économies financières sur la réduction des traitements par rapport aux coûts engendrés par les modifications des modes de cultures (rotation), à la petite perte de rendement qui peut être largement compensée par les gains sur la moindre polution (car le principe du pollueur payeur finira par rattraper le monde agricole, voir "algues vertes"). Le seul problême est le devenir de l'industrie chimique, elle va devoir revoir ses courbes de croissance .

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