Réduire les émissions de CO2 et les consommateurs d’électricité

Le 22 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Comment subventionner la construction de centrale à gaz ?
Comment subventionner la construction de centrale à gaz ?
Dynegy

Après une bonne décennie de relative inaction, Londres semble décidé à mettre en œuvre une politique électrique digne de ce nom. Et ça n’est pas trop tard. Car, souligne-t-on dans les couloirs du ministère britannique de l’énergie et du changement climatique (Decc), «si nous n’agissons pas, nous pourrions avoir des coupures, dans quelques années, qui concerneraient jusqu’à 2,5 millions de foyers». Bref, pour éviter le black-out, les énergéticiens opérant en Grande-Bretagne vont devoir investir quelque 110 milliards de livres (136 milliards d’euros) dans la production et le transport d’électricité et de gaz d’ici 2020. «Un rythme deux fois plus élevé qu’aujourd’hui», estime le Decc.

Faute d’investissement dans la maîtrise de la consommation d’électricité et dans de nouvelles centrales, le Royaume-Uni doit renouveler rapidement une part importante de son parc de production. Le tout, sans toucher à l’argent public (rare et son usage est encadré par Bruxelles) et en diminuant l’empreinte carbone du secteur énergétique, paquet Climat-énergie européen oblige.

Un sacré défi que tente de relever le gouvernement Cameron. Aujourd’hui, le Decc a présenté un projet de loi sur l’énergie. Pesant plus de 300 pages, ce texte restera en consultation publique quelques semaines avant que le parlement ne s’en empare. Objectif de l’administration: le faire adopter d’ici 2013.

Pour bien faire les choses, le projet de loi pose la décarbonisation du secteur électrique en principe intangible. Mais le diable se cache dans les détails. Pour accroître le parc de production tout en abaissant de 34% les émissions nationales de gaz carbonique, entre 1990 et 2020, Londres veut permettre aux exploitants de centrales électriques, n’émettant pas plus de 450 grammes de CO2 au kilowattheure, de conclure des contrats de vente d’électricité à long terme et à prix fixé par eux. De quoi faciliter la rédaction des business model des électriciens et des compagnies gazières.

Cette proposition concerne évidemment les parcs éoliens ou photovoltaïques, mais aussi les centrales à gaz, les réacteurs nucléaires, voire les centrales au charbon équipées d’un système de captage-stockage de carbone (CSC): ces trois dernières technologies présentant un carbon factor inférieur à 450 gr CO2/kWh.

Bref, il y en aura pour tout le monde et cela suscite quelques commentaires outre-Manche.

Au sein du Decc même, on reconnaît que ce dispositif ne permettra pas de réduire à 50 gr CO2/kWh le bilan carbone du secteur électrique d’ici 2030, tel que préconisé par le comité du changement climatique, le conseiller Climat du gouvernement. Notamment parce que la cible des 450 laisse grande ouverte la porte aux constructeurs et exploitants de centrales à gaz, lesquelles sont moins chères et plus rapidement construites que les parcs éoliens offshore ou les réacteurs nucléaires. «Au total, c’est un système complexe de subventions, conçu pour augmenter les prix de l’électricité et rendre la construction de centrales nucléaires plus rentables pour les grosses compagnies», explique au Guardian Dale Vice, le fondateur d’Ecotricity, un fournisseur d’électricité d’origine renouvelable.

«Cette course au gaz va faire grimper le montant de nos factures, nos émissions de carbone et accroître notre dépendance aux combustibles importés», renchérit Joss Garman, de Greenpeace, pour le compte de la BBC.

Car, en plus de permettre aux électriciens de conclure des contrats à long terme (en général mal vus par la Commission européenne), Londres va imposer un prix-plancher aux quotas d’émission de CO2 dans les prochains mois. Cette taxe carbone déguisée débutera à 15,7 £ (19,4 €) la tonne de dioxyde de carbone en 2013, pour s’envoler à 30 £/t (37 €) en 2020, puis à 70 £/t (86 €) en 2030. Pour mémoire, le prix actuel du quota tourne entre 6 et 7 €/t.

Prix libres et fixés sur le long terme par les énergéticiens, couplés à une taxe carbone: ces deux ingrédients vont, mécaniquement, faire grimper les prix du kWh britannique. Certains experts voient ainsi le prix de l’électron atteindre 100 £/mégawattheure (123 €), voire 200 £ (246 €): plus de 2 à 4 fois le prix observé sur Powernext aujourd’hui.

Dans de telles conditions, certains experts affirment que le nombre de foyers incapables de payer leurs factures d’énergie pourrait dépasser les 8 millions en 2016, contre 4,1 millions actuellement [JDLE]. Réduire le nombre de consommateurs d’énergie, c’est aussi une façon d’abattre les émissions de CO2.



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