Réduire la vitesse réduit bien la mortalité

Le 29 janvier 2019 par Marine Jobert
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Les panneaux à 90 vont être de sortie.
Les panneaux à 90 vont être de sortie.

Prudent, le Premier ministre va confier aux départements le soin de choisir quelles portions de route seront maintenues à 80 km/h ou rendues au 90 km/h.

 

Une mesure qui sauve des vies et réduit le nombre de blessés. Une mesure qui diminue la consommation d’énergies fossiles et la pollution atmosphérique. Mais une mesure encore impopulaire. Après 7 mois d’expérimentation, les premiers effets quantifiables de la limitation à 80 km/h de la vitesse sur les routes secondaires à double sens ont été présentés sous un jour positif par le Premier ministre. Car sur le base de chiffres extrapolés, 2018 serait l’année la moins meurtrière sur la route de toute l’histoire des statistiques de la sécurité routière (189 décès de moins ont été recensés sur 3.259 personnes tuées), et ce alors que le trafic routier est en hausse (environ +7% entre 2013 et 2017), selon les chiffres présentés ce 28 janvier par la Sécurité routière.

Les camions électriques longue distance, une douce utopie dans un avenir proche? Oui, à en croire l’Association des constructeurs européens d’automobiles (Acea), qui s’inquiète de l’absence de bornes de recharge publiques dédiées aux camions électriques. Elle estime les besoins à au moins 6.000 points de recharge à très haute puissance (plus de 500 kilowatts DC) d'ici 2025-2030, à compléter par 20.000 autres points allant de 150 à 500 kW de puissance. Idem pour l’hydrogène. L'Acea appelle au lancement d'un plan d'action visant à déployer une infrastructure spécifique aux camions dans l'UE, pour doper l’investissement dans des camions à propulsion alternative.

Aucun effet peloton

Parmi les épargnés de la route, 116 auraient eu la vie sauve grâce au passage à 80 km/h, selon les calculs[1] du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), sous la direction de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr). Ce qui est certain, c’est que «la vitesse pratiquée a chuté dès le dimanche 1er juillet, note le Cerema, d’après des constats réalisés sur des tronçons précis. De -3,9 km/h pour les véhicules légers et de -1,8 km/h pour les poids lourds. Elle s'est ensuite stabilisée pour les véhicules légers et a légèrement ré-augmenté pour les poids lourds.» Le nombre d’accidents corporels et de blessés hospitalisés a également diminué (respectivement -4,8% et -24,8%). Aucun «effet de peloton» n’a été observé: les inter-distances entre poids lourds et voitures sont inchangées, sans accumulation de voitures derrière les poids lourds ou de poids lourds collant les automobilistes. A contrario, avec la destruction nourrie de radars dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, 60 vies auraient été perdues (30 en novembre et 30 en décembre).

La main aux départements

C’est fort de ces constats qu’Edouard Philippe, père de cette mesure qui a pesé son poids dans la colère sociale actuelle, a annoncé qu’il reviendrait bientôt aux départements d’arbitrer la vitesse sur ces routes. «Cette décision a parfois suscité l’incompréhension, d’une certaine façon elle a même suscité la colère», a reconnu le Premier ministre. Le grand débat national «dira comment il faut travailler sur la méthode». Une annonce bien reçue par les présidents de conseils départementaux.

Obsessions allemandes

L’édiction des vitesses sur les routes n’est pas une mince affaire. En témoigne la tentative, vite avortée, d’instaurer une limitation à 130 km/h sur les portions d’autoroutes allemandes encore non réglementées. Pas tant pour lutter contre la violence routière que pour diminuer les émissions de CO2. «Cela ne figure pas dans le contrat de gouvernement», avait cinglé le porte-parole d'Angela Merkel, après que le ministre des transports CSU avait jugé l'idée «irréaliste». «Les arguments rationnels ne font guère le poids s'agissant d'un objet aussi symbolique que la voiture, qui occupe une place à part dans le panthéon allemand», note Le Figaro, quand le Spiegel parle «d’obsessions allemandes».



[1] Des calculs fondés sur des estimations basées sur des routes hors agglomération, dont 10% ne sont pourtant pas limitées à 80 km/h, comme le relève France Info. Mais l'Observatoire national de la sécurité routière assure que le nombre d’accidents sur ces voies est constant depuis des années et ne change donc rien à son estimation.

 



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