Recyclage: Nature couronne une enzyme gloutonne en PET

Le 09 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Nature s'intéresse au recyclage des plastiques.
Nature s'intéresse au recyclage des plastiques.
Nature

Le magazine scientifique consacre un procédé français de recyclage biologique de plastique.

 

Ce n’est pas tous les jours que Nature consacre sa couverture au recyclage des plastiques. Et pourtant. Dans la livraison de cette semaine, le prestigieux magazine scientifique publie un article sur le recyclage des déchets en polyéthylène téréphtalate (PET), l’un des plastiques les plus utilisés dans au monde.

Chaque année, les industriels mettent sur le marché environ 70 Mt de bouteilles, fibres textiles polyesters et d’emballages réalisées dans ce polymère[1].

Signé par des chercheurs de Toulouse Biotechnology Institute (TBI, unité mixte de recherche INSA Toulouse/ INRAE/ CNRS) et de la société auvergnate Carbios, le papier décrit les performances d’une enzyme dévoreuse de PET.

dépolymériser le PET

Associée à la bactérie Ideonella sakaiensis, cette enzyme a naturellement la capacité de dépolymériser le PET, c’est-à-dire de dissocier les différents composantes de cette molécule. Cette dissociation en acide téréphtalique et mono éthylène glycol favorise le recyclage.

L’équipe de scientifiques, souligne l’INRAE, a accu d’un facteur 100 les perfomances de ce biorecyclage: l’enzyme dépolymérise 90 % d’un PET post-consommation en seulement 10 heures. «Les performances obtenues confirment le potentiel industriel et commercial du procédé qui sera testé dès 2021 dans notre démonstrateur au cœur de la vallée de la chimie lyonnaise», se félicite Alain Marty, directeur scientifique de Carbios et co-auteur de l’article.

industriels à l'affût

Le procédé n’est pas près de sortir du laboratoire. Carbios ne prévoit de céder ses premières licences industrielles avant trois ou quatre ans. Nestlé Waters, PepsiCo et Suntory sont intéressés.

Très médiatisés, ces succès devraient lui ouvrir bien des portes. D’ores et déjà, l’entreprise s’est associé à des poids lourds : L’Oréal et Michelin sont déjà présents dans son capital (respectivement à 5,6 et 4,5%).

Reste une inconnue du taille: l’évolution du prix du pétrole. Tant qu’il restera au plus bas, le prix mondial du baril condamnera l’économie du recyclage des plastiques.



[1] Le PET représente 20% du tonnage annuel de plastique.