Recyclage des piles: les salariés exposés au benzène

Le 09 février 2005 par Christine Sévillano
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
piles2
piles2

Les travailleurs des centres de recyclage de piles alcalines et salines sont exposés au benzène et à un éther de glycol toxique, selon une enquête de l'INRS au sein de la filière recyclage de piles et de batteries. Peu dangereuses pour le grand public étant donné la faible teneur des substances par unité, les entreprises de recyclage doivent trouver des solutions pour réduire l’exposition des salariés.

L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a voulu mesurer les taux de polluants dans l'atmosphère dans les entreprises de recyclage des batteries et surtout des piles afin de voir à quelle exposition de polluants les salariés étaient soumis. Son objectif premier était d'évaluer les concentrations de manganèse, de mercure et d'ammoniac chez les recycleurs de piles alcalines et salines et vérifier les équipements de protection de leurs salariés, voire proposer des solutions pour diminuer encore les risques sanitaires. La campagne de mesures réalisée par l'INRS a mis en évidence des taux préoccupants de benzène et d'un éther de glycol, l'éthylène glycol diméthyl éther (EDGME), substances qui ne devraient pas se trouver dans les piles. Le benzène, de la catégorie 1 des cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR), présente un danger avéré pour l'homme. Une exposition constante peut engendrer certains types de leucémies. Classé dans la catégorie 2, l'EDGME est un toxique connu pour les animaux et il est fortement soupçonné de provoquer des troubles de la reproduction chez l'homme.

L'INRS avance des explications à cette présence inattendue. Certaines piles fabriquées à l'étranger contiennent du benzène, notamment dans les 6% de noir de carbone de la cathode. En effet, certains fournisseurs souvent situés dans des pays en développement utilisent du benzène pour purifier ladite cathode. L'INRS a trouvé que chacune des piles ne contenait que quelques parties par millions (ppm) de benzène, soit de faibles teneurs mais dangereuses pour des salariés qui en manipulent toute la journée. "Imaginez ceux qui traitent 500 kilogrammes de piles par heure, comment cela peut être problématique. D'autant plus que les matières entrent dans un broyeur, faisant chauffer et donc réagir ces substances", affirme Fabien Gerardin, ingénieur chimiste à l'INRS. Les mesures ont tout de même révélé que l'atmosphère de ces entreprises contient quelques milligrammes de benzène par mètre cube. "Le danger du benzène est réel pour les travailleurs, mais pour le grand public qui manipule ses piles, le risque est quasi-inexistant, pas plus qu'aller faire le plein de sa voiture qui dégage aussi quelques ppm de benzène", assure l'ingénieur.

De son côté, l'EDGME a été décelé dans les piles au lithium –utilisées dans les biens de consommation de type appareils photos- qui ne devraient pas passer dans le recyclage des piles alcalines et salines, mais leur ressemblance trompe l'oeil des salariés au tri manuel. En moyenne, le taux de contamination des piles alcalines et salines par les piles au lithium est d'environ 6%.

L'INRS a réalisé des mesures sur des échantillons de piles de cinq grandes marques et a trouvé les polluants chez trois d'entre elles. "Les deux autres doivent avoir une source d'approvisionnement différente", estime Fabien Gerardin. L'organisme a alerté ses homologues étrangers qui travaillent en relation avec les fabricants pour leur demander d'informer et de protéger leurs salariés si ce n'est déjà fait. Il souhaite surtout qu'ils puissent extraire le benzène au moment de la production. "Qu'ils savent ou non, les producteurs sont en faute, ils doivent informer les filières du recyclage. Celles-ci doivent expressément trouver une technique pour se débarrasser du benzène et de l'EDGME avant de passer les piles durant le processus de recyclage", explique Fabien Gerardin. En attendant, des mesures peuvent être rapidement mises en oeuvre au moyen de protections individuelles comme distribuer aux salariés des masques avec cartouche pour se protéger du benzène et des gants pour éviter le contact avec l'EDGME. "Et puis, l'entrepreneur peut adapter les systèmes collectifs comme la ventilation. Au besoin, il doit contacter sa Caisse régionale d'assurance maladie (Cram)", conclut l'ingénieur.




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus