Recul historique de l'espérance de vie en France

Le 20 janvier 2016 par Yves Leers
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L'espérance de vie a reculé de plusieurs mois.
L'espérance de vie a reculé de plusieurs mois.
VLDT

Pour la première fois depuis 1969 et après une hausse constante, l'espérance de vie a nettement baissé en France en 2015, avec une perte de 0,3/an pour les femmes et 0,4/an pour les hommes par rapport à 2014, selon l'Insee. Les causes sont conjoncturelles, selon les analyses officielles, alors qu'elles sont largement attribuées à la «crise sanitaire» par le réseau Santé Environnement (RES) et Europe Ecologie-les Verts (EELV).

En France, le recul constaté en 2015 est de 7,3%, soit 41.000 décès de plus par rapport à 2014, et 19.200 naissances de moins ont été enregistrées. Selon l’Insee et l'Institut national d'études démographiques (Ined), ce recul de l’espérance de vie est dû à la hausse de la mortalité chez les personnes âgées de plus de 65 ans, à l'épidémie de grippe et à la canicule. Or la canicule a fait officiellement 3.300 morts (contre 20.000 en 2003), tandis que le nombre de victimes de la grippe a tout à coup bondi à 24.000 (Insee, janvier 2016) alors qu'il était de 18.400 sur les deux années 2014 et 2015 (InVS, 22 mai 2015).

Les explications conjoncturelles ne peuvent suffire

L'Insee rappelle aussi que la génération du «baby boom» (naissances entre 1946 et 1974) représentait 18,8% de la population française au 1er janvier 2016 contre 18,4 % en 2015. En février 2015, une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) sur «l'état de santé de la population en France», constatait pourtant «qu'après 65 ans, les Français continuent à très bien se porter: leur espérance de vie est même l'une des plus élevées d'Europe».

Pour EELV, «cette situation doit interpeller les responsables politiques et amener notre société à s’interroger sur les effets au long cours des poisons du quotidien que dénoncent les écologistes: la pollution de l’air, le recours aux pesticides et autres perturbateurs endocriniens». Et Europe Ecologie Les Verts de conclure: «Les simples explications conjoncturelles ne peuvent suffire (…). Il est temps de reconnaître que notre mode de vie et le système économique productiviste comportent des conséquences structurelles mortifères».

CRISE SANITAIRE ET PRECARITE

Selon le réseau Environnement Santé, «il est vraisemblable que les chiffres qui viennent d'être publiés sont la conséquence de la situation de crise sanitaire dans laquelle la France s'enfonce depuis plusieurs années en raison de l'explosion des maladies chroniques». «Cette situation est d'une façon générale niée par un discours angélique 'sur la situation sanitaire des Français qui n'a jamais été aussi bonne parce que l'espérance de vie progresse'», ajoute le RES.

L’association attribue à plusieurs causes supplémentaires ce recul de l'espérance de vie des Français: «Les générations d'après-guerre sont plus touchées que celles d'avant-guerre car elles sont nées dans un environnement très différent. Changement de l'alimentation, pollution chimique généralisée, sédentarité mais aussi précarité... les facteurs de risque ont changé radicalement. Depuis plusieurs décennies, les maladies chroniques explosent. Le meilleur indicateur est celui de la Caisse nationale d'assurance maladie pour les affections de longue durée (ALD). Depuis 1990, les maladies cardiovasculaires ont progressé 5 fois plus vite que la population, le cancer 4 fois plus, les affections psychiatriques 3 fois plus... or la mortalité des personnes en ALD, à âge et sexe identiques, est 2,9 fois supérieure à celle des personnes non ALD et 5,8 fois plus avant 70 ans. En France, le nombre de bénéficiaires de la CMU a progressé de 50% entre 2007 et 2011, de 1,4 à 2,2 millions de personnes. Ceux-ci sont en moins bon état de santé que le reste de la population. Ils sont 1,8 fois plus nombreux, à âge et sexe identiques, à être en ALD et avec une surmortalité de 50% par rapport au reste de la population en ALD (2,5 % contre 1,8%).»

Pour André Cicollela, le président du RES, «ce recul n'est pas ponctuel et il est temps de construire une politique de santé qui fasse de la santé environnementale une politique majeure».

Parmi les pays développés, seuls les Etats-Unis avaient connu un tel recul à la fin des années 2000, attribué alors en grande partie à l'obésité et au mode de vie américain. Depuis, la progression est très limitée.

 



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