Reconstituer les stocks de poissons, c'est bon pour l’économie

Le 13 mars 2015 par Stéphanie Senet
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Le rendement maximal durable: une chance pour les espèces et pour les pays européens
Le rendement maximal durable: une chance pour les espèces et pour les pays européens

S’ils respectaient le rendement maximum durable (RMD), les Etats membres de l’Union européenne pourraient non seulement permettre aux stocks halieutiques de se reconstituer mais aussi accroître les captures annuelles de poissons, et même l’emploi dans le secteur de la pêche, affirme un rapport publié ce 13 mars par le think tank britannique New Economics Foundation (NEF).

Cette étude se base sur un nouvel outil de modélisation des pêcheries européenne (Bio-economic model of european fleets ou Bemef), mis au point depuis deux ans par les chercheurs associés à la NEF. Un outil développé à partir de l’analyse de 221 flottes, représentant 73% du total des débarquements européens. «Les données officielles proviennent du rapport économique annuel 2013 publié par la Commission européenne», précise au JDLE Aniol Esteban, l’un des auteurs de l’étude, et directeur de l’économie environnementale de la Nef.

 

La lourde facture des quotas actuels

L’outil mesure les effets des quotas de pêche aussi bien sur la reconstitution des stocks que sur les tonnages de capture, les bénéfices attendus ou encore le niveau de l’emploi. Résultat: l’attribution actuelle des quotas s’avère catastrophique. On le savait déjà pour les espèces, puisque 63% des quotas attribués en décembre dernier ne respectent pas les recommandations des scientifiques du CIEM[1]. L’étude de la NEF lève désormais le voile sur le volet économique, montrant qu’ils sont tout aussi néfastes pour l’emploi et les captures. «Sur 5 ans, la non-reconstitution des stocks de poisson représente une perte de 8,6 millions de tonnes de capture dans l’UE et 7,1 milliards d’euros de revenus bruts», note Aniol Esteban.

 

2 millions de tonnes de captures supplémentaires

La nécessaire gestion durable des ressources du Pacifique
La communauté du Pacifique (CPS) a pointé du doigt, le 12 mars, la nécessité de mettre en place une gestion durable des stocks halieutiques dans les régions côtières, sans quoi la sécurité alimentaire des populations serait mise en péril. «Dans les îles du Pacifique, peu de pays ont des politiques sur la pêche côtière, alors qu’elle constitue de 50% à 90% de l’alimentation de leurs populations», a déclaré Moses Amos, directeur des pêches à la CPS. Selon lui, l’état des ressources fond à vue d’œil, en particulier en Mélanésie (Vanuatu, Salomon, Fidji, Papouasie Nouvelle-Guinée), en raison de la surpêche, du réchauffement climatique et de la pollution des eaux. «Dans les 15 ans, il va falloir trouver 100.000 tonnes de poissons supplémentaires en dehors des eaux côtières en Mélanésie», alerte le représentant de la CPS.

L’environnement et les pêcheurs auraient tout à gagner d’une nouvelle répartition des quotas. «Au lieu de poursuivre la politique actuelle, qui reconduit à peu près les mêmes quotas d’année en année, il faudrait introduire de nouveaux critères d’attribution. En les calculant selon le nombre d’emplois, la quantité de carburant consommée, les bénéfices récoltés et la pression sur les ressources halieutiques», ajoute l’économiste.

En plus de reconstituer les stocks (près de la moitié en 5 ans et la quasi-totalité en une décennie), cette réaffectation devrait accroître les captures d’environ 2 Mt de poissons par an et augmenter les bénéfices nets de plus de 800 M€ par an. Le secteur européen de la pêche y gagnerait aussi des emplois: entre 20.000 et 65.000 selon le rapport de la Nef.

 

156 M€ de bénéfices par an en France

L’outil Bemef permet aussi de cibler les effets de ce scénario selon les pays. Résultat: la France fait partie des pays qui ont le plus à y gagner, avec le Danemark, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Irlande. L’Hexagone pourrait ainsi compter sur 136.000 t de débarquements supplémentaires chaque année, 156 M€ de bénéfices en plus et créer 6.500 emplois.

 

Simple comme la PCP

Dit autrement, la simple application de la réglementation est bénéficiaire, tant pour l’environnement marin que pour le secteur de la pêche. «On ne s’attend pas à une révolution. Les pays européens ne vont pas changer 100% de leur méthode d’allocation du jour au lendemain. Mais ils ont les moyens d’obtenir des impacts très forts en réaffectant seulement 5 à 10% des quotas», précise Aniol Esteban. Selon ce scénario, les flottes bénéficiant des quotas seraient ainsi diversifiées: les pêcheurs artisanaux seraient favorisés au nom de l’emploi, les navires modernes au nom de leur empreinte carbone plus légère, etc. Il n’y a plus qu’à déplacer le curseur.

 

 


[1] Conseil international pour l’exploration de la mer

 



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