Réchauffement: une cartographie des menaces

Le 19 novembre 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le Bangladesh sous les eaux
Le Bangladesh sous les eaux

Le réchauffement climatique ne constitue pas un risque pour l’humanité: il en engendre de multiples. Dans une étude publiée lundi 19 novembre dans Nature Climate Change, des chercheurs ont tenté d’évaluer l’association de ces nombreux dangers, et où elle serait la plus forte. Réponse: dans les régions tropicales.

Qu’il s’agisse de sécheresse, de vagues de chaleur, d’inondations ou de cyclones, les nombreux risques climatiques sont le plus souvent étudiés isolément, selon diverses trajectoires d’émissions. Recourant à une analyse de la littérature scientifique, Camilo Mora, géographe à l’université de Hawaii à Honolulu, et ses collègues ont pour leur part tenté d’évaluer ces risques de manière simultanée.

10 risques climatiques, 89 sous-impacts

Pour cela, ils ont identifié 10 risques climatiques: hausses de température, précipitations, inondations, sécheresses, vagues de chaleur, incendies, montée du niveau marin, tempêtes, changements d’usage des sols et  acidification océanique. Pour chacun d’entre eux, ils ont étudié 6 impacts (santé, alimentation, eau, infrastructures, économie et sécurité) et leurs 89 «sous-impacts» (par exemple «décès», «maladie» et «santé mentale» au sein de l’impact «santé»).

Sur les 890 combinaisons possibles (89 sous-impacts et 10 risques climatiques), les chercheurs ont retrouvé la trace, dans la littérature, d’exemples pour 467 d’entre elles, recensés dans un ensemble de 3.280 articles scientifiques.

Pour chacun de ces 10 risques, l’équipe a ensuite évalué l’évolution des impacts et des sous-impacts, selon trois trajectoires d’émissions fixés par le Giec[i]: les RCP2.6 (forte atténuation, réchauffement mondial moyen de 1°C d’ici à 2100), les RCP4.5 (+1,8°C) et les RCP8.5 («business as usual», +3,7°C).

Une carte mondiale

A partir de ces simulations, les chercheurs ont mis au point une carte mondiale permettant de visualiser les risques climatiques au niveau local –de manière certes assez grossière-, selon la trajectoire d’émissions. Ainsi en 2050 et selon un scénario RCP8.5, la France sera avant tout menacée par la sécheresse, le déficit en eau et les vagues de chaleur.

Les régions tropicales, surtout leurs zones côtières, sont toutefois les plus menacées au niveau mondial. Pour un scénario RCP8.5, les côtes du sud-est asiatique, de l’est et du sud de l’Afrique, les côtes atlantiques d’Amérique centrale et d’Amérique du sud verront leurs impacts atteindre un maximum mondial pour six des dix risques climatiques. La moitié de la population mondiale vivra, en 2100, dans une région où les impacts seront maximaux pour au moins trois risques climatiques.

Une nécessaire approche systémique

«Sans une approche réellement systémique des impacts du changement climatique, nous ne pourrons pas réellement comprendre les risques. Si nous ne tenons compte que des menaces les plus directes, par exemple les vagues de chaleur ou les tempêtes, nous passons inévitablement à côté de menaces encore plus importantes qui, lorsqu’elles sont combinées, auront des impacts sociaux encore plus larges», explique Jonathan Patz, co-auteur de l’étude et directeur du Global Health Institute à l’université du Wisconsin.

Selon les auteurs, «la multitude des risques climatiques, qui impacteront simultanément toute société, révèlent la diversité d’adaptations nécessaires, ainsi que l’énorme poids économique et sanitaire qui s’annonce. Notre étude montre que le changement climatique en cours pose un risque très élevé pour l’humanité, qui sera encore aggravé si d’importantes réductions des émissions ne sont pas  effectuées».



[i] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus