Réchauffement: un coût de «centaines de millions d’euros par an»

Le 24 septembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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Le premier rapport évaluant le coût des impacts du changement climatique à l’échelle nationale et proposant des mesures d’adaptation associées vient d’être publié. Réalisé par un groupe interministériel mis en place en mars 2007 par le ministère de l’environnement, il contribuera à la préparation du Plan national d’adaptation au changement climatique prévu en 2011.

La France «peut s’attendre à un impact global négatif du changement climatique, les coûts pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros par an pour plusieurs secteurs en cas d’adaptation insuffisante», selon le premier rapport tâchant de quantifier cet impact à l’échelle nationale, et mis en ligne mardi 22 septembre.

Ce rapport prospectif est le fruit du travail de trois ministères –environnement, agriculture et économie– et de nombreux experts associatifs, scientifiques ou d’entreprises, démarré en mars 2007. Il a été piloté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).

«Aucune évaluation globale des impacts n’avait été faite en France. L’objectif du rapport est de représenter les volumes financiers en jeu, explique Bertrand Reysset, chargé de mission Changement climatique et adaptation à la DGEC. Il permet de poser la question de l’évaluation qu’il faudra envisager au niveau territorial dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique prévu en 2011».

Le rapport se concentre sur un certain nombre de secteurs (eau, agriculture, énergie…) et n’est pas exhaustif. «Les incendies de forêt, par exemple, ont un effet potentiel important lié au réchauffement, mais qui n’est pas chiffrable de manière précise, selon la zone qu’ils vont toucher.» Surtout, le groupe de travail interministériel «ne se substitue pas à un travail de recherche scientifique qui nécessiterait plusieurs années», précise Bertrand Reysset. «C’est un rapport d’évaluation et non pas un document de planification stratégique. Il permettra de commencer à prendre des mesures d’adaptation dans des secteurs dont on sait qu’ils seront très touchés, tels que l’eau».

Eau
D’ici 2050, et à demande similaire, la France devrait connaître un déficit en eau de 2 milliards de mètres cubes par an pour la satisfaction des besoins actuels de l’industrie, de l’agriculture et de l’alimentation en eau potable. Cette quantité représente 14% du prélèvement actuel de ces secteurs mais moins de 2% du total des écoulements annuels moyens sur le territoire national.

Le rapport prévoit une multiplication des conflits d’usage, une dégradation de la qualité des eaux et la perturbation des écosystèmes aquatiques affectant tous les secteurs. L’adaptation passe donc par une «meilleure gestion de la consommation d’eau» et par une adaptation de l’offre qui devra être «impérativement» planifiée.

Difficiles à chiffrer sans enquêtes locales, les mesures d’adaptation dans le secteur représenteront «des dépenses très importantes».

Agriculture
La hausse attendue des rendements des grandes cultures sera fortement contrebalancée par les effets des événements extrêmes, les variabilités interannuelles, les risques sanitaires et la baisse de la disponibilité en eau, prévient le rapport.

En l’absence d’adaptation, une canicule équivalente à celle de 2003 pourrait générer des pertes équivalentes à plus de 300 millions d’euros par an en 2100 pour une culture comme le blé.

L’impact sur la viticulture est plus particulièrement envisagé. Hausse de rendement en Bourgogne, baisse en Languedoc… Dans les deux cas, des effets négatifs sont à prévoir sur «la qualité et la typicité des vins».

Les pertes de rendements des prairies (baisse de la qualité et de la quantité de fourrage) autour de la Méditerranée pourraient représenter jusqu’à 200 millions € par an pendant la seconde moitié du XXIe siècle.

Secteur forestier
Jusqu’en 2050, la hausse des températures et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère pourrait générer une production brute annuelle supplémentaire de bois de près de 30 millions de mètres cubes. De la même manière que pour le secteur agricole, ces gains risquent affectés pendant cette période par des aléas liés au réchauffement tels que le dépérissement, les incendies, la sécheresse, avant que la production devienne déficitaire après 2050.

L’impact des feux de forêt en lien avec le changement climatique fait l’objet d’une étude en cours de la mission interministérielle. L’aggravation de cet «aléa» dans les territoires déjà exposés et sa propagation territoriale vers le nord et en altitude sont à prévoir.

Risques naturels et assurances
Les dommages aux logements causés par le retrait-gonflement des sols argileux –le fait que les sous-sols argileux changent de volume selon la température et l’humidité– pourraient dépasser le milliard € annuel en 2100 du fait d’une plus grande fréquence des canicules, soit 5 fois plus qu’aujourd’hui. Ils pourraient atteindre de 4 à 5 milliards € «si l’on prolonge les tendances actuelles de l’urbanisation dans les zones à risque», prévient le rapport.

En l’absence d’adaptation, il chiffre à plusieurs dizaines de milliards € d’ici 2100, et pour la seule région Languedoc-Roussillon, la destruction de logements causée par le recul de la côte (érosion ou submersion marine).

Le manque de données locales n’a pas permis à la mission interministérielle d’apprécier le risque d’inondation par débordement de cours d’eau dans certains bassins, ni les aléas gravitaires (avalanches, glissements de terrain…).

Energie
Le changement climatique devrait générer une «tendance d’économie d’énergie» de 3%, évaluée de 1,8 à 5,9 millions de tonnes équivalent pétrole par an.

Surtout hivernaux actuellement, les pics de consommation électrique devraient aussi devenir estivaux, du fait notamment d’un usage accru de la climatisation. Leur gestion est à anticiper, ce d’autant plus que le rapport prévoit «une baisse de productible de l’ordre de 15% des centrales hydroélectriques», lié au déficit en eau prévu.

Santé
Seul avantage attendu du changement climatique par le rapport: la baisse de la mortalité due au froid durant les hivers. Mais «la plupart des changements auraient des conséquences néfastes» en la matière. Si rien n’est fait, l’ardoise des impacts sanitaires promet d’être salée. Le rapport se réfère à deux événements qui devraient se renouveler: canicule de 2003 et inondations du Gard en 2002.

La «valeur perdue» pour la société liée aux décès prématurés pendant la canicule est estimée à plus de 500 millions €.

Quant aux inondations du Gard, la seule prise en charge des personnes souffrant de problèmes psychologiques liés au stress post-traumatique est estimée à environ 234.000 € pour 953 personnes la première année, «une estimation basse».

Tourisme
«Un impact significatif [négatif] sur le chiffre d’affaires estival est à attendre» à l’horizon 2100, moins marqué dans la moitié nord de la France, surtout sur la côte nord-ouest, ainsi que dans les Alpes. L’amélioration des conditions est prévue aux intersaisons, indique le rapport.

L’enneigement fiable dont bénéficient actuellement 143 domaines skiables ne le sera plus que pour 123 d’entre eux en cas de réchauffement moyen de 1°C, pour 96 si la température augmente de 2°C, pour 55 avec une hausse de 4°C.

Infrastructures de transport et cadre bâti
Le rapport n’a pas pu apprécier les effets directs sur les infrastructures routières dus à une intensité thermique supérieure à celle de la canicule de 2003 ou à la répétition de telles périodes, ni indirects (aléa géologique, sécheresse, variation du niveau des nappes phréatiques).

Le seul risque de submersion marine permanente du réseau métropolitain est chiffré à 2 milliards €, en terme de perte de patrimoine. Ce montant ne prend pas en compte l’impact sur les autoroutes concédées et autres voiries, ni le fait que la submersion d’une seule partie d’une route risque de la rendre impraticable dans sa totalité.

Biodiversité
Souffrant déjà du réchauffement, la biodiversité risque de pâtir aussi des mesures d’adaptation au changement climatique. Il est essentiel d’analyser leurs effets croisés, afin de prévenir les conséquences négatives pour la biodiversité de mesures telles que la reconstruction des infrastructures littorales sur les espaces naturels en arrière des côtes, alerte le rapport.

Diminution ou disparition de services de production (forêts de hêtres du sud et de l’ouest) et de régulation (de l’érosion, stockage du carbone…): les pertes économiques liées seront accrues à la fin du siècle.

Solution d’adaptation proposée: la préservation d’écosystèmes naturels choisis.


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