Réchauffement : qui est responsable ?

Le 08 septembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les USA et l'UE ont émis plus de la moitié du CO2 historique.
Les USA et l'UE ont émis plus de la moitié du CO2 historique.
WRI

Enjeu majeur des négociations Climat, la question du dédommagement des pays les plus vulnérables est éclairée d’une manière originale par une étude canadienne.

Alors que les négociations climatiques se poursuivent, un débat risque de perturber la conclusion de l’accord de Paris: celui de la responsabilité du réchauffement. Rien de nouveau, à dire vrai. Les plus anciens se souviennent que ce débat a été initié dès le début des années 1990, avec le principe des «responsabilités communes mais différenciées», qui se fonde sur l’idée qu’il serait inéquitable de soumettre les pays pauvres aux mêmes contraintes climatiques ou environnementales que les pays développés. Sa traduction concrète a été, dans le protocole de Kyoto de 1997, la fixation d’objectifs de maîtrise (voire de réduction) des émissions de gaz à effet de serre seulement pour les pays les plus industrialisés. Ces derniers étant réputés seuls capables d'infléchir leur développement vers un modèle moins carboné, mais aussi responsables du réchauffement, après deux siècles de consommation de charbon, puis de produits pétroliers.

Embryons de politiques

Le sommet de Copenhague, en 2009, a marqué un tournant. Même si l’accord tant attendu à l’époque n’a pas été conclu, la déclaration a suscité un élan nouveau au sein de la communauté internationale. Au côté des pays les plus riches, de nombreux pays émergents et en développement ont déposé à l’ONU des embryons de politiques, volontaires, d’atténuation et d’adaptation. Nombre de ces engagements se retrouvent d’ailleurs dans les contributions nationales volontaires, les fameuses INDC, que les parties à la convention de l’ONU déposent depuis le début de l’année.

Les pertes et dommages

Le débat rebondit depuis quelques années avec l’apparition, lors des COP de Doha et de Varsovie, d’un autre principe: celui des «pertes et dommages». Portée au départ par quelques ONG et par les diplomates des pays les plus vulnérables, l’idée est simple: les pays jugés responsables du réchauffement devront dédommager les pays qui subiront les plus grandes conséquences du changement climatique. Une revendication à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. Ce qui explique que les chancelleries des pays les plus riches freinent des 4 fers avant de s’engager. Désormais soutenue par les pays du G77 et de l’Aosis, la requête est devenue l’un des enjeux majeurs de la discussion en cours. Reste à savoir comment déterminer cette responsabilité.

Changements d’émetteurs

En comptant les émissions actuelles? Cela pourrait froisser les capitales des pays émergents. En 2013, rappelle l’agence néerlandaise d’évaluation environnementale (PBL), les pays nouvellement industrialisés ont rejeté 57% des émissions anthropiques de CO2. En 1990 (année de référence de l’ONU), la Chine, l’Inde, le Mexique et les autres étaient à l’origine d’une tonne de CO2 sur trois. On mesure ainsi le chemin parcouru.

Nombre d’experts proposent d’estimer les émissions historiques (depuis le début de la révolution industrielle, par exemple) pour établir les responsabilités climatiques. Le World Resource Institute (WRI) s’est livré à l’exercice. Sur la période 1850-2011, les chiffres sont accablants: les Etats-Unis sont jugés responsables de 27% des émissions cumulées de CO2, contre 25% pour l’UE 28, 11% pour la Chine, 8% pour la Russie, etc.

La question à 10.000 milliards

Dans un article publié lundi 7 septembre par Nature Climate Change, Damon Matthews va plus loin encore. Le chercheur de l’université Concordia de Montréal a comparé les émissions nationales par rapport à la moyenne annuelle des rejets carbonés pour la période 1990-2013. Les pays situés au-dessus de la moyenne sont débiteurs (en tonnes de CO2), les autres sont créditeurs. Sans surprise, les Etats-Unis raflent le pompon et détiennent la plus grosse dette carbonique (32% du total de la dette carbone mondiale), devant la Russie (10%), le Brésil (9,8%) ou le Canada (4%). L’astuce du chercheur canadien est de monétariser ces pourcentages. En 2013, rappelle-t-il, la dette carbone mondiale s’est alourdie de 13 milliards de tonnes de carbone. Damon Matthews multiplie ce tonnage par le coût social des émissions retenu par l’administration Obama (40 $ en moyenne -35,8 €). Dit autrement: pour la seule année 2013, les pays les plus émetteurs doivent 520 Md$ (465 Md€) aux pays sobres en carbone. Pour la totalité de la période (1990-2013), ce montant atteint 10.000 Md$ (8.944 Md€). Présenté ainsi, on comprend mieux les enjeux des pertes et dommages.

 



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