Réchauffement: les faons ne s’y font pas

Le 02 avril 2014 par Romain Loury
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La mortalité des faons a presque doublé en quelques années.
La mortalité des faons a presque doublé en quelques années.
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Chez les chevreuils, les faons ont vu leur mortalité fortement augmenter depuis 30 ans en raison de l’avancement du printemps, selon une étude française publiée dans la revue PLoS Biology.

C’est un fait désormais bien établi: avec le réchauffement climatique, le printemps devient plus précoce. De nombreuses espèces parviennent à s’adapter, telles la mésange charbonnière, qui «a avancé sa date de ponte afin que la période des naissances reste synchrone avec l'abondance des chenilles dont elle se nourrit», rappelle le CNRS.

Même adaptation chez la plupart des mammifères, dont le cerf élaphe, mais manifestement pas chez son cousin le chevreuil. Car chez ce cervidé, le faon connaît une mortalité croissante, révèle l’étude menée par des chercheurs du Laboratoire biométrie et biologie évolutive (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

L’équipe s’est penchée sur la population de chevreuils de la forêt de Trois-Fontaines, en Champagne: chaque année d’avril à juin, ils capturent les nouveau-nés, estiment leur date de naissance et les marquent par une bague à l’oreille avant de les relâcher. Puis de janvier à mars, ils procèdent à une campagne de recapture afin d’estimer le taux de survie à 8 mois.

Menée sur la période 1985-2011, au cours de laquelle la température printanière a augmenté de 0,07°C par an et la végétation a connu une avance de 0,6 jour par an, leurs résultats montrent une évolution très défavorable: de 35% sur la période 185-2003, la mortalité des faons est passée à 60% depuis.

Des naissances devenues trop tardives

En cause, le fait que la date de naissance des chevreuils est restée inchangée face au réchauffement, demeurant centrée autour du 16 mai. «Par conséquent, les naissances se produisent aujourd'hui deux semaines après l'apparition en forêt des jeunes pousses dont se nourrissent les chevreuils et dont dépendent particulièrement les femelles allaitantes. Ce déficit de ressources végétales accroît la mortalité des jeunes faons, ce qui diminue le recrutement [nombre de faons atteignant l’âge d’un an, donc susceptibles de se reproduire, ndlr], et in fine, le taux d'accroissement de la population (passé de 1,23 à 1,06)», indique le CNRS.

Les chercheurs avancent deux explications à ce manque d’adaptation: primo, le cycle reproductif des chevreuils dépend de la photopériode, à savoir le rapport entre la durée du jour et de la nuit, qui est invariable. Secundo, la date de naissance n’est pas héritable: les femelles nées plus tôt, qui ont donc eu de meilleures chances de survie en tant que faon, ne mettent pas bas plus tôt.

A ce rythme, les populations de chevreuils pourraient bien décroître en forêt, «mais pas avant plusieurs décennies», prévoient les chercheurs. Pour l’instant, elles continuent de se développer. «Quant aux chevreuils vivant en milieu ouvert, ils ne semblent pas souffrir du changement climatique, car ils se nourrissent aussi des cultures agricoles», ajoute le CNRS.



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