Réchauffement: les AMP moins pourvoyeuses de poissons

Le 29 octobre 2014 par Romain Loury
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Le mérou brun, favorisé par le réchauffement?
Le mérou brun, favorisé par le réchauffement?
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Avec le réchauffement, les aires marines protégées (AMP) de la Méditerranée devraient moins alimenter les zones de pêche en poissons, révèle une étude française publiée dans Diversity and Distributions. En cause, une croissance accélérée des larves, qui va réduire leur dispersion en-dehors des AMP.

La Méditerranée possède une centaine d’aires marines protégées (AMP), soit environ 1,8% de sa surface [1]. Outre l’intérêt en termes de biodiversité, leur but est de «maintenir les activités de pêche en essaimant des larves de poissons vers les zones exploitées», rappellent les auteurs de cette étude.

Or avec le réchauffement climatique, que l’on estime à +2,8°C sur l’ensemble de la Méditerranée d’ici 2100, cet objectif pourrait devenir plus difficile à atteindre, selon ces travaux menés au Laboratoire population environnement développement (LPED, Marseille, IRD/université Aix-Marseille) et au Laboratoire d’écologie alpine (LECA, Grenoble, CNRS) [2].

Les chercheurs ont étudié l’effet du réchauffement sur la «connectivité» des aires marines protégées, à savoir «la probabilité qu’une larve se déplace d’un endroit X à un endroit Y», explique l’un des auteurs, Marco Andrello, contacté par le JDLE.

Pour cela, ils ont modélisé trois facteurs influencés par le réchauffement, à savoir les courants marins, la reproduction des adultes et la dispersion des larves. C’est cette dernière qui s’avère la plus déterminante: le réchauffement accélérant le métabolisme, la croissance larvaire va s’accélérer, entraînant une moindre dispersion.

10% de dispersion larvaire en moins

Selon les chercheurs, la hausse du mercure attendue d’ici 2100 devrait réduire la dispersion des larves de 10%, soit une baisse de 9 km. Conséquence, l’essaimage des larves des zones protégées vers les non-protégées devrait diminuer de 3% au cours du siècle, soit 2,7 millions d’hectares de plateau continental exploités par la pêche qui ne seront plus alimentées par les AMP.

Le réchauffement climatique pourrait toutefois avoir quelques effets positifs, en particulier sur la connexion entre les différentes AMP. Elle pourrait s’accroître de 5% entre certaines d’entre elles. L’effet serait particulièrement marqué sur les rives nord de la Méditerranée.

Les chercheurs prennent comme exemple le mérou brun (Epinephelus marginatus), espèce actuellement limitée dans ces régions septentrionales. Doté d’un meilleur habitat, il pourra plus facilement essaimer d’une AMP à l’autre, prévoient les chercheurs.

Si les AMP protègent de la pêche, difficile de savoir l’impact qu’auront sur elles d’autres facteurs que le réchauffement. «Les AMP sont efficaces contre la pêche, mais elles ne le sont pas contre la pollution et les espèces invasives», reconnaît Marco Andrello.

Parmi ces nouvelles espèces, dont nombre proviennent de la mer Rouge via le canal de Suez, certaines sont désormais observées sur la Côte d’Azur, tels les voraces poissons-lapins (Siganus luridus et Siganus rivulatus), ce qui fait craindre un bouleversement des écosystèmes (voir le JDLE).

[1] Et même 4% si l’on compte le Sanctuaire Pelagos, entre la France et l’Italie, qui ne protège que les mammifères marins. Même en l’incluant, on demeure loin des 10% prévu pour 2020, l’un des objectifs d’Aichi pour la biodiversité.

[2] Menés en collaboration avec l’université Montpellier 2 et Météo-France, ces travaux ont en partie été financés par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et la Fondation Total.



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