Réchauffement: le moins bon comparé au pire

Le 10 juillet 2015 par Romain Loury
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Réalisme ou plaidoyer?
Réalisme ou plaidoyer?
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En matière de réchauffement, les scénarios RCP2.6, les plus optimistes, vont-ils passer de mode? Pour les chercheurs américains du National Center for Atmospheric Research (NCAR), il est temps de se pencher sur des hypothèses intermédiaires, notamment les scénarios RCP4.5, bien moins étudiés. Plus réaliste, cette approche  pourrait engendrer un certain renoncement.

«L’attention des politiques a surtout porté sur une augmentation limitée à 2°C. Or nous pensons qu’il serait d’ores et déjà intéressant de mieux évaluer des scénarios intermédiaires, beaucoup moins coûteux à atteindre», explique Brian O’Neill, spécialiste de modélisation climatique au NCAR (Boulder, Colorado), au JDLE.

D’où son projet BRACE (Benefits of reduced anthropogenic climate change), dont l’objectif est de comparer, pour la période 2060-2080, les scénarios RCP4.5, qualifié d’«intermédiaire bas» par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), aux pires de tous, les scénarios RCP8.5. Pour les premiers, le Giec prévoit une augmentation de la température comprise entre 1,1°C et 2,6°C entre 2081 et 2100, pour les seconds, de 2,6°C à 4,8°C -contre 0,3°C à 1,7°C pour les scénarios RCP2.6.

Le projet était présenté à Paris lors de la conférence «Notre avenir commun face au changement climatique», qui s’achève vendredi 10 juillet au siège de l’Unesco [1]. Il donnera lieu à 23 articles, sur des thématiques aussi diverses que l’agriculture, la santé, la montée des océans, l’évolution du Gulf Stream, ou la fréquence des cyclones. Publiés au fil de l’eau sur le site de la revue Climatic Change –le premier sera diffusé cet été-, ils feront l’objet d’un numéro spécial en 2016, explique Brian O’Neill.

Des bénéfices sur tous les points, ou presque

Si les bénéfices sont forcément moindres que ceux attendus des scénarios RCP2.6, les RCP4.5 entraînent toutefois une forte atténuation des effets par rapport aux RCP8.5, souligne Brian O’Neill. Par exemple sur les vagues de chaleur, qui devraient être deux fois moins fréquentes qu’avec les RCP8.5, où l’on en observerait «deux à trois par an aux Etats-Unis» -contre «une tous les quatre ans» actuellement.

Si la plupart des résultats pointent dans le même sens, seule l’agriculture révèle «des résultats pas aussi clairs», indique Brian O’Neill. Selon ses simulations, les RCP8.5 donneraient lieu à de meilleurs rendements que les RCP4.5, du fait des bénéfices apportés par un accroissement de la concentration dans l’atmosphère du CO2, l’un des carburants des plantes.

Un résultat qui tranche avec bien d’autres études, qui montrent une baisse drastique des rendements agricoles du fait du réchauffement –mais aussi de la qualité nutritive des céréales. Point important, les simulations de BRACE ont été menées sans limitation des ressources en eau ou en engrais minéraux, dans la perspective d’une agriculture toujours plus intensive –et donc de moins en moins respectueuse de l’environnement.

Des scénarios plus souples

En termes de message politique, focaliser sur ces scénarios intermédiaires n’équivaut-il pas à reconnaître que les scénarios RCP2.6 relèvent d’ores et déjà de l’utopie? «Il est certainement plus ambitieux de ne regarder que les scénarios les plus bas, mais dans un monde réel, la faisabilité est un concept important à prendre en compte», juge Brian O’Neill. «La recherche souffre d’un manque de coordination sur ces scénarios, que nous avons besoin de mieux connaître», ajoute-t-il.

«Les scénarios RCP4.5 sont moins sensibles [que les RCP2.6] lorsqu’on leur impose des contraintes. C’est un objectif moins ambitieux, et il existe plusieurs moyens de l’atteindre. Il ne s’agit pas pour autant de reconnaître que les RCP4.5 constituent de meilleures cibles» que les RCP2.6, explique le chercheur.

Jeudi 9 juillet, une étude publiée dans Science a révélé que ces scénarios minimalistes pourraient avoir des effets plus importants qu’on ne le pensait. Menée sur des archives géologiques, elle révèle qu’une hausse comprise entre 1°C et 2°C pourrait aboutir à une montée d’au moins 6 mètres du niveau de la mer, bien au-delà des dernières projections du Giec. Ce qui engloutirait 1,15 million de km2 de terres, et chasserait plus de 375 millions de personnes de leur habitat… une situation modérément optimiste.

[1] Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.



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