Réchauffement: chaos sanitaire en vue

Le 23 juin 2015 par Romain Loury
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Un siècle plein d'incertitudes
Un siècle plein d'incertitudes
© Xinhua

Si rien n’est fait pour l’enrayer, le réchauffement pourrait occasionner une catastrophe sanitaire mondiale sans précédent au cours du XXIe siècle, préviennent des scientifiques dans le Lancet. Pourtant, la santé demeure un aspect négligé lors des négociations en vue de la COP 21 [1].

Stress thermique, sécheresse, tempêtes, mais aussi pollution atmosphérique en hausse, extension des maladies vectorielles, insécurité alimentaire, sous-nutrition, migrations environnementales, problèmes de santé mentale liés à des stress post-traumatiques: l’avenir sanitaire du XXIe siècle s’avère bien sombre, comme le rappelle la commission du Lancet sur le changement climatique et la santé.

Signataire d’un premier rapport sur le sujet en 2009, cette commission se fait plus pressante dans cette nouvelle édition publiée mardi 23 juin dans le Lancet, revue médicale britannique de référence. Selon elle, le changement climatique pourrait tout simplement ruiner les progrès accomplis ces 50 dernières années en matière de santé.

Alors que le monde s’achemine vers une hausse de la température supérieure à 4°C d’ici 2100, nul ne peut plus se permettre d’attendre, estiment les scientifiques de la commission du Lancet, européens (pour la plupart britanniques) et chinois. Parmi les mesures qu’ils prônent d’ici 5 ans, l’abandon du charbon, la transition vers des villes moins polluantes ou encore le développement d’énergies renouvelables dans les pays à revenu faible ou modéré.

Connecter santé et climat

«Il faut faire de Paris la ville où l’on aura signé l’accord de santé publique le plus important de notre siècle», a estimé Maria Neira, directrice du département Santé publique et environnement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d’un colloque organisé jeudi 21 et vendredi 22 juin au ministère de la santé, notamment sous l’égide du Lancet.

Pour l’instant, force est de constater que la santé demeure l’un des parents pauvres des négociations sur les changements climatiques. Pour Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de Genève, «elle reste un sujet marginal dans les négociations [en amont de la COP 21], et il n’est pas certain que l’on en parlera beaucoup. Il faudrait développer un plaidoyer sur les bénéfices sanitaires [de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES)], ce qui permettrait aux pays de rejoindre les négociations».

Afin de mieux impliquer le monde médical au quotidien, la commission du Lancet propose de favoriser le dialogue des ministres de la santé avec les autres membres du gouvernement, dont ceux chargés de l’écologie, et de sensibiliser les médecins à la question.

En France comme ailleurs, il existe un gouffre entre le ministère de l’écologie et celui de la santé, ce dernier se montrant assez peu au fait des questions climatiques. «Le cloisonnement des politiques publiques est un frein au progrès, c’est un obstacle à l’évolution de la politique de santé», a estimé le directeur général de la santé (DGS), Benoît Vallet, lors du colloque ministériel.

Quant aux médecins, «ils doivent sortir de leur cercle pour devenir des sortes d’activistes. Rien de nouveau à cela, c’est d’ailleurs ce qui s’est produit avec l’épidémie de sida» à partir du début des années 1980, explique Antoine Flahault. Autre exemple, le tabac, où les médecins «ont souvent été confrontés à de puissants intérêts bien établis», rappelle la commission du Lancet. Sur la question du climat et des émissions de GES, ils ne seront pas trop dépaysés.

[1] La 21e conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui se tiendra du 30 novembre au 15 décembre à Paris.



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