Réchauffement: au nord, bouillabaisse en vue

Le 28 janvier 2015 par Romain Loury
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La morue ne sera plus seulement "atlantique"
La morue ne sera plus seulement "atlantique"
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Avec le réchauffement climatique, de plus en plus de poissons pourront franchir les eaux arctiques, certaines espèces originaires de l’océan Atlantique envahissant le Pacifique, et vice versa, selon une étude scandinave publiée dans la revue Nature Climate Change.

La dernière fois qu’un transfert massif d’espèces a eu lieu entre les eaux septentrionales du Pacifique et de l’Atlantique, c’est lors de l’ouverture du détroit de Béring au Pliocène –il y a entre 5 et 3 millions d’années. De ce fait, on estime que 135 des plus de 800 espèces de poissons vivant au-dessus de 50°C de latitude sont communes aux deux océans.

Le processus pourrait se reproduire avec le réchauffement en cours, les eaux arctiques devenant assez clémentes pour permettre le passage d’espèces d’un océan à l’autre. Que ce soit par le passage du Nord-Ouest (au nord du Canada) ou par celui du Nord-Est (au large de la Sibérie), comme le révèle l’étude publiée par Mary Wisz, du centre de recherche arctique à l’université d’Aarhus (Danemark), et ses collègues.

Jusqu’à 83 espèces en 2100

Les chercheurs ont étudié 515 espèces de poissons nageant au nord des deux océans, évaluant, en fonction de leurs caractéristiques et de leur répartition actuelle, lesquelles devraient s’étendre d’ici 2100. Résultat: 41 espèces atlantiques pourraient coloniser le Pacifique, et 44 pacifiques en feraient autant avec l’Atlantique. En grande majorité via le passage du Nord-Est, plus rarement par celui du Nord-Ouest, parfois par les deux.

Parmi ces futurs voyageurs, on compte cinq espèces très commerciales, dont la morue (Gadus morhua), la plie canadienne (Hippoglossoides platessoides) et le loup (Anarhichas lupus) pour les espèces actuellement atlantiques, la morue boréale (Eleginus gracilis) et la limande du Japon (Limanda aspera) pour celles du Pacifique.

Que ce soit par des bateaux de pêche ou des cargos, l’homme pourrait accélérer le phénomène de transfert d’espèces d’un océan à l’autre, en particulier par les eaux  de ballast. Et ce du fait de nouvelles routes maritimes, qui s’ouvrent là aussi du fait du réchauffement.

Des conséquences incertaines

Difficile de prévoir les conséquences de ces changements, qui devraient s’accélérer à partir de 2050. «Elles dépendront de la nourriture que ces nouvelles espèces trouveront, de leurs nouveaux prédateurs et des mécanismes d’adaptation qu’elles seront capables ou non de développer», expliquent les chercheurs.

Mais aussi de la place qu’elles occupent dans le réseau trophique. Parmi les espèces identifiées par l’équipe, deux dominent la chaîne alimentaire, et pourraient avoir des effets dévastateurs: la morue atlantique et la morue-lingue du Pacifique.

L’histoire contemporaine nous livre déjà deux exemples de mers soudain mises en contact. D’une part, l’ouverture du canal de Suez en 1869: l’arrivée de 309 espèces dites «lessepsiennes», dont le poisson-lapin qui ravage les côtes turques, y a été très néfaste pour les espèces méditerranéennes (voir le JDLE). D’autre part, le canal de Panama, ouvert en 1914, qui «n’a entraîné aucune extinction connue d’espèce locale» dans les océans Atlantique et Pacifique, rappellent les chercheurs.



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