Reach: un manque important de toxicologues en France

Le 04 janvier 2007 par Agnès Ginestet
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toxicologue
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Avec la prochaine mise en œuvre du règlement Reach sur l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des substances chimiques, la France doit trouver les moyens humains suffisants pour permettre l’évaluation probable de milliers de substances chimiques.

Les étudiants dans ces deux domaines sont rares, les experts peu nombreux. Pourtant, l'actualité montre l'importance grandissante de la toxicologie et de l'éco-toxicologie, avec le problème de l'amiante par exemple, ou celui des nitrates dans les rivières bretonnes. La toxicologie est l'étude des effets néfastes sur les organismes vivants de toute substance étrangère à l'organisme, et l'éco-toxicologie étudie ces mêmes impacts sur les écosystèmes. «Ces domaines sont sous-développés en France, ce qui constitue un véritable problème pour la mise en place de Reach. Il faudra produire un effort important pour qu'il y ait dans notre pays une science de la toxicologie de bon niveau», a affirmé Jean-Luc Potelon, responsable du département de santé environnementale de l'Ecole nationale de la santé publique (ENSP), le 22 novembre au salon Pollutec. Mais jusqu'ici, le gouvernement n'a annoncé aucune mesure qui aille en ce sens.

Selon certaines estimations, environ 4.800 substances devront être évaluées en l'espace de 11 ans en France. Une tâche qui, selon Philippe Prudhon de l'Union des industries chimiques (UIC), nécessiterait la mobilisation de 260 experts en équivalent homme par an. «Il faudrait notamment une coordination au niveau national, développer la recherche en toxicologie et éco-toxicologie, et renforcer les formations dans ces domaines», a-t-il indiqué le 19 décembre, lors d'un colloque organisé par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) (2).

A cette occasion, des experts ont souligné qu'il reste difficile de motiver les jeunes pour qu'ils se lancent dans une carrière de toxicologue, mais aussi que les formations adéquates manquent. «En France, il n'y a pas de discipline médicale «toxicologie», alors qu'en pharmacie cela existe», regrette Anne Maitre, enseignante et chercheure en toxicologie professionnelle et environnementale. «Aujourd'hui, la médecine est essentiellement tournée vers le soin, ce qui rend de plus en plus difficile l'obtention de postes dans des domaines de prévention, notamment des risques industriels et environnementaux», ajoute-t-elle.

La Société française de toxicologie (SFT) regroupe 140 personnes. Un effectif que Nancy Claude, la vice-présidente, estime insuffisant. «La toxicologie souffre d'une image négative. Elle n'attire pas les jeunes», a-t-elle indiqué. Afin de les sensibiliser, la Fédération française de toxicologie, qui regroupe plusieurs sociétés savantes dont la SFT, fait la promotion de l'enseignement en toxicologie et coordonne des congrès scientifiques.

Finalement, la France a peut-être un problème culturel, comme l'a évoqué Jean-Luc Potelon: «La santé environnementale est un domaine truffé d'incertitudes et notre pays n'est pas à l'aise avec l'incertitude». «La toxicologie est en apoptose (2) depuis 20 ans», avait lancé Anne Maitre lors du colloque de l'Afsset. Espérons que cette phrase ne reste pas d'actualité.



(1) «Toxicologie quelle évolution? Quelle utilité en santé environnementale et au travail?»

(2) Mort programmée d'une cellule vivante




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