RBMK: le réacteur qui ne voulait pas mourir

Le 28 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sous les plaques d'acier, le même réacteur que celui de Tchernobyl.
Sous les plaques d'acier, le même réacteur que celui de Tchernobyl.
VLDT

Seul pays à exploiter ce type de réacteur, la Russie a prolongé leur durée de vie.

Il devrait être le réacteur le plus haï de la planète. Le ‘réacteur de grande puissance à tubes de force’ équipait la centrale de Tchernobyl. Selon le plan soviétique, la centrale ukrainienne devait en recevoir 6, d’une puissance unitaire de 1.000 mégawatts électriques (MWe). Seuls 4 entreront finalement en service.

Ne comprenant ni enceinte de confinement, ni réacteur sous pression, ni générateur de vapeur, consommant de l’uranium faiblement enrichi, le RBMK était un chef d’œuvre de l’ingénierie nucléaire soviétique. A l’époque de la catastrophe, 17 tranches étaient en fonctionnement dans l’ex-URSS. Pas question toutefois d’installer ce réacteur plutonigène dans des pays frères.

Les travaux continuent pendant la liquidation

Passé le 26 avril 1986, on aurait pu penser que les autorités soviétiques allaient arrêter l’exploitation de ce type de centrale, intrinsèquement peu sûr. Il n’en a rien été. Dans les mois qui ont suivi la première phase de la liquidation de Tchernobyl, les exploitants de la centrale ont d’ailleurs repris, avec confiance, la construction des tranches 5 et 6[1]. Et dès septembre, la tranche n°1 était redémarrée.

Le RBMK souffre de trois défauts majeurs. «Il y a, d’une part, son coefficient de température positif. Cela signifie qu’à faible puissance [ce qui était le cas lors de l’expérience fatale, ndlr], une élévation de la température du cœur se traduit par une augmentation de la réactivité nucléaire», explique Michel Chouha, représentant de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en Europe orientale. Dit autrement, le réacteur est difficile à maîtriser à basse vitesse.

Pièce maîtresse du nucléaire socialiste

Autre problème: le dispositif des barres de contrôle (qui modèrent la réactivité du réacteur) est très lent à mettre en œuvre. Tellement lent qu’il arrive parfois trop tard. De plus, la base des barres de contrôle a une fâcheuse tendance à accroître la réactivité du réacteur: l’effet exactement inverse à celui recherché.

Last but not least: un RBMK, pièce maîtresse du nucléaire socialiste, est tellement sûr (de l’avis de ses concepteurs) qu’il n’a pas besoin d’enceinte de confinement. L’histoire montrera qu’ils avaient tort.

Ce qui ne les a pas désarmés. Les 11 réacteurs RBMK de Russie n’ont pas été arrêtés: ces dernières années, les centrales de Koursk, Leningrad et Smolensk ont été modernisées. De nouvelles barres de contrôle ont été ajoutées. Le système de contrôle-commande a été remis à jour. Le coefficient de température positif a été diminué. Enfin, la puissance unitaire des réacteurs a été accrue de 5%. «Environ 300 millions de dollars de travaux ont été réalisés sur chaque tranche», résume Michel Chouha.

Le risque a été minoré. Et les autorités russes ont prolongé de 15 ans la durée de vie de ces réacteurs. Seule consolation, aucune nouvelle tranche RBMK ne sera plus construite. La Russie ayant fait le choix de s’équiper en VVER, un cousin des REP occidentaux ou chinois.



[1] Jamais achevées, les tranches 5 et 6 furent cannibalisées pour assurer la bonne marche des réacteurs 1, 2 et 3.

 



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