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Razzia de thons rouges en mer libyenne

Le 09 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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La guerre n’arrête pas le commerce. Et encore moins lorsqu’il est illégal comme celui du thon rouge. Alors que les quotas ont été atteints depuis belle lurette dans les eaux libyennes et les prises interdites depuis le 15 juin, les signes de pêche illégale s’accumulent.

Ce que Maria Damanaki, la commissaire européenne en charge de la pêche, craignait semble s’être concrétisé. En mars dernier, en pleine révolution libyenne, elle redoutait que «les autorités libyennes ne soient plus en mesure de contrôler le respect des obligations imposées à ses pêcheurs à cause du conflit dans ce pays». Un contrôle déjà bien compliqué à mener dans cette zone connue, depuis des années, pour son vaste marché noir. Dans un rapport publié en novembre 2010, 10 pays ont été mis en cause dont la France, qui aurait cautionné des pratiques de pêche préjudiciables à l’espèce. Elle aurait ainsi omis d’indiquer la taille des prises, mais aussi loué des avions d’observation -ce qui est formellement interdit depuis 2006-, attrapé des thons en dessous de la taille légale et pillé les eaux d’Afrique du Nord où les inspecteurs de l’Union européenne n’avaient pas droit d’accès.

Autre constat qui confirme la razzia, l'écart entre les chiffres des prises de thon rouge en Méditerranée officiellement déclarées et ceux du commerce international de cette espèce menacée a atteint un niveau record en 2010, selon un rapport de l’ONG américaine Pew Environment Group. Au total, pas moins de 32.565 tonnes ont été commercialisées, alors que le quota délivré par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta) était de 13.525 tonnes pour 2010. Un dépassement de 19.040 tonnes (voir JDLE). Pour 2011, les 48 Etats membres de la Cicta ont fixé le quota de captures à 12.900 tonnes.

La BBC enfonce le clou. Dans un article publié sur son site internet, le 7 novembre dernier, elle affirme être en possession d'une carte signalant la présence de nombreux thoniers-senneurs dans les eaux libyennes en juin dernier, alors que la pêche au thon y était fermée pour cause de révolution en cours. «Cette carte ne signale pas quels étaient les navires présents, quoique la Cicta semble posséder cette information», souligne Richard Black, l'auteur de l'article. Et plusieurs indices suggèrent que des navires de l’Union seraient impliqués. Maria Damanaki mènerait actuellement l’enquête sur l’existence d’un accord bilatéral entre l’Italie et la Libye contrevenant la législation européenne.

Un fait corroboré par le témoignage d’un ancien «spotter», c’est-à-dire un observateur monté à bord d’un avion pour repérer les bancs de thons rouges. D’après ses révélations publiées aujourd’hui 9 novembre dans le journal Le Point, l’homme, ancien commandant d’un thonier-senneur de 1973 à 1993, explique dans un courrier envoyé à la Cicta avoir assisté au printemps dernier à des transferts suspects de plusieurs centaines de tonnes de poissons entre des thoniers italiens et des fermes d’engraissement maltaises. Il suspecte des captures illégales et demande à la Cicta de mener l’enquête. Selon lui, les pêcheurs opérant dans les eaux libyennes oublient de déclarer des milliers de tonnes de thons morts dans des conditions accidentelles. Il affirme également que lorsqu’il était spotter entre 2007 et 2009 en Libye, basé à l’aérodrome de Misrata, il a recensé jusqu’à 26 avions de repérage italiens, espagnols et français. Les propos de cet homme sont très précis puisqu’il cite les flottes, les activités, les lieux, les périodes de pêche et les quantités pêchées.

Le 11 novembre prochain, la Cicta se réunira à Istanbul pour discuter des moyens à engager pour protéger le thon rouge. Tout reste à faire, semble-t-il.



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