Rapport de l'AIE: le nucléaire français sous les projecteurs

Le 26 juillet 2010 par Thérèse Rosset
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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a rendu ce 26 juillet son rapport 2009 sur la politique énergétique de la France. Le nucléaire est l’incontestable vedette, loin devant les énergies renouvelables dont il a été peu question lors de la présentation du document par l’Agence.

 

« Le nucléaire est la marque de fabrique française, rappelle Philippe Guillard, directeur adjoint de l’énergie au ministère de l’environnement, alors que les recommandations en matière d’énergies renouvelables sont à peu près les mêmes dans tous les Etats ».

L’ audit de l’AIE, qui a lieu tous les 5 ans pour chacun des 28 membres, est mené par une dizaine d’experts internationaux, sélectionnés par l’agence elle-même. Ces experts ont relevé que les émissions de CO2 de la France sont parmi les plus basses des pays membres de l’AIE (8 tonnes de CO2 par habitant par an). Ce bon résultat serait dû à « l’importance continue » de l’énergie nucléaire qui représente 80% de la production d’électricité en France.

Les prix de l’énergie nucléaire française sont largement inférieurs à ceux pratiqués sur le marché de gros européen. Résultat, les éventuels concurrents hésitent à se lancer. La transition vers un marché plus compétitif n’est donc pas aisée, selon le rapport de l’AIE. « Bien que les secteurs de la production et du commerce de détail sont entièrement ouverts à la concurrence, conformément aux directives européennes, la compétition reste en réalité relativement limitée », a soulevé Nobuo Tanaka, directeur exécutif de l’AIE.

Deux causes sont identifiées : la régulation des tarifs d’électricité par l’Etat et le rôle dominant de l’opérateur historique EDF.

L’AIE recommande donc de revoir les tarifs afin qu’ils reflètent l’intégralité des coûts de production y compris ceux liés au développement de l’énergie nucléaire. Nobuo Tanaka a salué au passage les travaux de la Commission Champsaur (qui a débouché sur le projet de loi Nome-voir JDLE), qui représentent un « pas important » pour aller vers plus de concurrence. Si le nucléaire est un moyen efficace pour réduire les émissions de CO2, le directeur exécutif de l’AIE n’a pas éludé la délicate question des déchets, « inévitable » selon lui. Pierre-Franck Chevet, directeur général de l’énergie et du climat du Meeddm, a saisi l’occasion pour souligner la politique de retraitement des déchets radioactifs choisie par la France dans ce domaine (Plan national de gestion des matières et des déchets nucléaires-PNGMDR, voir JDLE du 4 juin 2010)

 « Pays de transit énergétique», la France est vivement encouragée par l’AIE à poursuivre ses efforts dans le domaine de la coopération européenne et internationale. Et pas seulement par le biais de l’ouverture du marché de l’électricité français. « Les interconnexions transfrontalières électriques et gazières croissantes entre les marchés européens contribuent à la sécurité régionale de l’approvisionnement », constate le rapport. Forte de sa situation géographique, la France a un rôle à jouer pour soutenir cette tendance . « La procédure de création d’une interconnexion avec l’Espagne est en cours, a souligné à ce sujet Pierre-Franck Chevet, mais ce type d’installations rencontre des résistances dans la population ».

Les interconnexions sont d’autant plus incitées qu’elles permettraient de résoudre en partie les problèmes de « pics » de demande. « Alors que la France est en surplus de production nucléaire- ce qui lui permet d’être exportateur d’électricité- elle est obligée de recourir à des importations pour faire face à des explosions ponctuelles de la demande », rappelle le rapport. Le directeur de l’énergie et du climat a précisé de son côté que les études menées en matière de stockage d’électricité permettraient d’éviter les pointes de demande en période hivernale.

Cette sécurité dans les approvisionnements vaut aussi pour la filière gaz. Sur ce point, Nobuo Tanaka s’est félicité de voir la France diversifier ses fournisseurs. A part la Norvège, aucun pays ne représente à lui seul plus de 20% de l’approvisionnement total français. L’AIE prévoit en effet une augmentation dans les années à venir de la part du gaz dans la production électrique.

Semblant vouloir rétablir l’injustice de la présentation faite du rapport, Pierre-Franck Chevet a rappelé que même si le nucléaire présente un bilan de très grande qualité, on oublie souvent le choix de l’hydraulique qui produit de très bons résultats (85% de la part de production d’électricité par les énergies renouvelables en 2007).

Quelques recommandations concernent les énergies renouvelables parmi lesquelles la simplification des procédures administratives relatives aux permis de construire des parcs éoliens terrestres et marins. Pour mémoire, la loi Grenelle II votée en mai, a durci les conditions d’implantation des projets éoliens (voir le JDLE du 7 mai). Deuxième pays européen pour la production d’énergies renouvelables, la France fait l’objet de remarques générales encourageant leur développement.

L’AIE a pris acte de la loi Grenelle 2. Sur ce point. Nobuo Tanaka « invite les autorités françaises à concentrer leurs efforts sur les secteurs du transport et du bâtiment en matière de réduction des émissions ».

Le nucléaire s’avère être un atout évident pour la France en termes d’objectifs climatiques. Cependant, l’AIE ne saurait s’en contenter pour répondre à son objectif final de « sécurité énergétique ».  

 



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