Rafraîchir la ville? C’est simple

Le 03 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Planter plus pour rafraîchir la ville.
Planter plus pour rafraîchir la ville.
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La ville résiliente, c’est surtout une cité capable de modérer les effets des vagues de chaleur promises par le réchauffement climatique. Petit catalogue des solutions testées par les chercheurs du Centre national de recherches météorologiques.

Les changements climatiques toucheront de plein fouet les urbains. Normal, après tout. Plus d’un humain sur deux vit en ville (et 78% des Français) et la proportion est appelée à progresser dans les décennies qui viennent. En France, la répétition générale a déjà eu lieu: en 2003. Cette année-là, l’été caniculaire a été à l’origine d’une surmortalité de 127 à 171% dans les départements d’Ile-de-France. Mais pas seulement.

Réputés plus chauds que les campagnes, les centres urbains ont connu des coups de chaud inédits. «Habituellement, la température estivale de l‘air peut être, au centre de Paris, supérieure de 4°C à celle de la Grande couronne. En 2003, on a mesuré des pics de 8°C», rappelle Aude Lemonsu de Météo France. Or les climatologues sont formels: de tels étés sont appelés à devenir la norme dès le milieu du siècle.

Evaluer les solutions de rafraîchissement

Nécessité fait donc loi d’adapter l’espace urbain à ces vagues de chaleur annoncées. Vendredi 3 octobre, à l’occasion d’un colloque organisé par le conseil régional d’Ile-de-France, le Centre national de recherches météorologiques (CNRS/Météo France) a publié les conclusions de son programme Muscade[1].

Son objet: évaluer, pour les décideurs et les urbanistes, les solutions susceptibles de rafraîchir la ville. Plusieurs questions étaient posées: faut-il densifier la ville, la verdir, l’équiper de panneaux photovoltaïques? Sans oublier le bilan climatique des usagers.

Les chercheurs ont modélisé l’évolution du climat sur un siècle, en suivant le scénario A2 du Giec[2] (+4°C). La trame de leur modèle informatique est fine: les 10.000 kilomètres carrés de la région parisienne sont découpés en mailles de 6,2 hectares détaillant les densités d’urbanisation et de végétation. Sur cette matrice, les scientifiques ont testé de nombreux scénarios (agglomération densifiée ou non, Grande couronne plantée de nouvelles forêts, etc.).

Résultats surprenants

Les premiers résultats de leurs travaux sont plutôt surprenants et font fi des idées reçues. A commencer par la densification. Généralement présentée comme la panacée (notamment pour réduire la consommation de sol et les besoins de mobilité), celle-ci n’est pas forcément idoine pour protéger les urbains du coup de chaud. «Rendre la ville plus dense, c’est exposer davantage les habitants à la chaleur», résume Vincent Viguié, chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired).

Pour autant, la montée estimée du mercure n’est pas considérable: de l’ordre de 0,5°C. Et un peu de chaleur en hiver est toujours appréciable. L’hiver urbain d’ailleurs risque de perdre en rigueur, ce qui réduira les consommations énergétiques pour le chauffage. «Et ces baisses ne seront pas totalement annulées par la hausse de la demande que va engendrer le développement de la climatisation estivale», poursuit Vincent Viguié.

Planter plus pour refroidir plus

Qu’elle soit dense ou non, la ville a tout intérêt à multiplier ses espaces verts, aux effets refroidissants très efficaces. «Les plantations au sol rafraîchissent aussi bien l’air localement qu’à longue distance. Mais ces effets se produisent uniquement si la végétation est arrosée aux périodes les plus chaudes», poursuit-il. Dans le plus vert des scénarios[3], la température estivale de l’air pourrait baisser de 1 à 2°C. Pas négligeable.

L’intérêt des toitures végétalisées semble plus limité. «Elles peuvent jouer un rôle d’éponge lors des orages, elles renforcent l’isolation de l’enveloppe des bâtiments, mais sont peu efficaces pour refroidir l’air», confirme Jean-Luc Salagnac, ingénieur au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB).

Quid des bâtiments à haute performance environnementale? à l’évidence, ils ne sont pas une panacée. «Nous avons eu le goût de la performance technique, reconnaît l’architecte Thierry Roche. Mais 70% de la performance d’un bâtiment, c’est l’usage qu’en font ses habitants.» Aussi est-il sans doute nécessaire de réviser certains des dogmes de la maîtrise de la demande d’énergie: «Dans un bâtiment tertiaire, la bureautique consomme plus d’électricité que la climatisation. De même, ce sont les appareils électroménagers qui consomment le plus dans un ménage», poursuit le co-concepteur de la Cité de l’environnement, premier bâtiment à énergie positive de France.

Utile le photovoltaïque? Pas si sûr. «Il faudrait que nous couvrions l’intégralité des toitures de la région parisienne pour fournir l’énergie nécessaire à la satisfaction des besoins de chauffage et de climatisation», évalue Vincent Viguié. Le tout pour un coût qui promet d’être astronomique.

 



[1] Pour modélisation urbaine, et stratégies d'adaptation au changement climatique pour anticiper la demande et la production énergétique.

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[3] Lequel prévoit un accroissement de 50% des surfaces plantées.

 



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