Radon: remettre le bâtiment au centre

Le 02 avril 2015 par Romain Loury
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31 départements prioritaires
31 départements prioritaires
ministère de l'écologie

Habitat privé ou milieu professionnel, même combat? Dans ses nouvelles recommandations sur le radon, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) prône une approche simplifiée face à cette radioactivité naturelle: remettre le bâtiment au centre du débat, quel que soit son usage. Interviewé par le JDLE, Jean-François Lecomte, président du groupe de travail de la CIPR à l’origine de ce travail, et expert à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), en explique les grandes lignes.

JDLE – La réglementation française en matière de lutte contre le radon est-elle bien appliquée en France?

Jean-François Lecomte - Oui et non. Les premières bases un peu tangibles remontent à la fin des années 1990, grâce à des circulaires qui commencent à s’intéresser à l’exposition du public. Mais l’habitat correspondant à la sphère privée, [les autorités] se sont d’abord intéressées à 4 types d’établissements ouverts au public, dont les écoles, les lieux médicosociaux, les pénitenciers et les établissements thermaux, ciblés dans 31 départements prioritaires pour le risque radon. Le tout a été transposé dans les années 2000 dans le code de la santé publique.

Gaz radioactif issu de la désintégration de l’uranium et du radium naturellement présents dans les roches, le radon présent dans les bâtiments provient essentiellement du sol, mais aussi des matériaux de construction et de l’eau. S’infiltrant via les fissures et les passages de canalisation, il pénètre le bâtiment par ses parties inférieures. Chaque année, il serait responsable de 1.200 à 3.000 décès par cancer du poumon, sur les 25.000 recensés en France.

On s’est ensuite penché sur la question des lieux de travail, en particulier les lieux souterrains, toujours dans ces 31 départements. Le décret publié en 2008 à ce sujet n’est quasiment pas appliqué: dans les faits, très peu de choses ont été faites quant à l’exposition au radon des professionnels. Ce qui montre qu’il est facile de faire des règlements, mais qu’il est plus difficile de les faire appliquer.

Sur la question de l’habitat privé, le ministère de la santé pensait publier un décret pour que le radon fasse l’objet d’un diagnostic supplémentaire lors des transactions immobilières. Mais les professionnels du bâtiment ont tiré la sonnette d’alarme. Le sujet est pour l’instant au statu quo.

JDLE - Les nouvelles recommandations de la CIPR proposent en partie d’effacer la frontière entre habitat privé et exposition professionnelle. Dans quel but?

Jean-François Lecomte - Ce n’est pas idiot de séparer les lieux de travail des habitats privés. Mais la question du radon pose avant tout un problème de bâtiment, quel que soit son usage : dans tous les cas, il s’agit d’éviter que le radon soit piégé dans le bâtiment. Or dès qu’on parle d’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants, on rentre dans une logique de travailleur exposé, et la réglementation qui s’applique alors est extrêmement lourde. Pour un employeur qui doit gérer cette radioactivité incidente, cela n’est pas possible de le faire seul. Il faut une expertise extérieure, dispenser l’information aux salariés, mettre en place des équipements, cela devient kafkaïen. Ce n’est pas parce que l’on est exposé à quelques Becquerel que l’on doit être considéré comme un travailleur du nucléaire.

Il ne s’agit pas pour autant de couper les ponts avec ce que l’on recommandait avant. Pour le milieu professionnel, nous avons opté pour une approche graduée, mais en le gérant comme un habitat privé: en premier lieu, une action au niveau du bâtiment lorsque la concentration de radon dépasse 300 Becquerel par mètre cube d’air [le même seuil que celui prôné dans les habitations, contre 1.000 Bq/m3 auparavant, ndlr]. Si cela ne suffit pas, on engage des actions sur les conditions de travail, pour s’assurer que la dose d’exposition demeure en-dessous de 10 milliSievert par an, par exemple en agissant sur le temps de présence ou en ventilant mieux. Dans les faits, on ne va jamais au-delà de cette possibilité. Mais si tel est le cas, on entre, en troisième lieu, dans une logique d’exposition professionnelle.

JDLE - Ces nouvelles recommandations renoncent à faire des fumeurs et des enfants des cas particuliers, alors que ceux-ci sont jugés plus vulnérables au risque radon. Pourquoi ce choix?

Jean-François Lecomte - Il y a une synergie entre le radon et le tabac. Pour un fumeur régulier, le risque de cancer du poumon lié au radon va augmenter plus rapidement que s’il ne fumait pas. A vrai dire, je ne suis pas sûr que l’on s’occuperait autant du radon si la population n’était constituée que de non-fumeurs! Le problème, c’est que si l’on prend en compte cette spécificité, on peut tomber dans des excès qui pourraient mener à des problèmes éthiques. Pour un employeur exerçant dans un domaine professionnel exposé au radon, autant n’engager que des non-fumeurs. Face au radon, la distinction entre fumeurs et non-fumeurs n’a dès lors d’intérêt que pour l’évaluation du risque, pas pour sa gestion.

Pour les enfants, on sait qu’ils sont plus fragiles face aux rayonnements ionisants. Mais il faut 25 à 30 ans d’exposition au radon pour commencer à discerner un risque, ce qui fait qu’on n’a pas d’élément épidémiologique sur l’enfant seul. Notre objectif global dans ces recommandations était d’avoir des repères pratiques pour gérer le problème, avec un dispositif assez simple.

JDLE - Comment expliquer que le radon, deuxième cause de cancer du poumon derrière le tabac, tandis que l’amiante n’est qu’en troisième position, ne soit pas mieux connu du grand public?

Jean-François Lecomte - C’est un problème dont on parle depuis des dizaines d’années, mais cela ne prend pas auprès du grand public. Comme l’habitat est une sphère privée, cela signifie que les personnes concernées sont celles qui doivent faire les travaux. Et comme il s’agit d’une «pollution» naturelle, il règne l’idée que l’on n’a pas prise sur sa source.

A l’IRSN, nous avons fait l’expérience il y a quelques années avec un panel d’une quinzaine de personnes, habitant en Bretagne, donc mieux sensibilisées à ce risque. Sur 3 à 4 week-ends, nous leur avons expliqué ce qu’il fallait savoir sur le radon, puis nous leur avons demandé de faire des propositions. Plutôt que des diagnostics d’habitat et de nouvelles réglementations, ces personnes se disaient favorables à une bonne information, afin que la population soit amenée à faire les mesures elle-même si elle le souhaite, à domicile.

Depuis, nous avons travaillé avec des collectivités territoriales de départements concernés afin d’encourager les mesures par les habitants eux-mêmes: ces expériences ont porté leurs fruits. Nous sommes donc plutôt sur une ligne sans réglementation, tout en encourageant les initiatives personnelles. Par exemple, on pourrait très bien imaginer des spots à la télévision.



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