Radiofréquences: la (re)mise au point de l’Académie de médecine

Le 11 janvier 2013 par Marine Jobert
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Le téléphone mobile, une technologie controversée.
Le téléphone mobile, une technologie controversée.
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L’Académie de médecine intervient à nouveau dans le débat chahuté de l’impact des ondes électromagnétiques sur la santé. Des prises de position contestées sur le fond et qui s’accommodent mal du principe de précaution qui sous-tend la proposition de loi débattue dans quelques semaines.

L’Académie de médecine tape sur les doigts des députés socialistes et écologistes. En cause, deux propositions de loi (PPL): l’une annoncée par Jean-David Ciot, député PS d'Aix-en-Provence et l’autre déposée par Laurence Abeille, députée EELV du Val-de-Marne. La perspective du débat parlementaire à venir a motivé l’Académie de médecine à intervenir afin que «les arguments scientifiques ne soient pas encore une fois occultés ou déformés», précise-t-elle dans un communiqué.

La PPL de Laurence Abeille «ne vise pas à interdire ou à rendre inutilisables les technologies émettant des champs électromagnétiques», mais plaide pour la création d’un nouveau chapitre du Code de l’environnement «consacré à la prévention des risques pour la santé et l’environnement résultant de l’exposition aux ondes électromagnétiques». La prudence est de mise, estiment les élus écologistes, «tant que le débat scientifique n’est pas tranché». Ils plaident pour la réalisation «de nouvelles études impartiales». Dans l’attente de leur réalisation, il est nécessaire «d’appliquer le principe de précaution en établissant un seuil maximal de précaution sanitaire plus strict» soulignent les élus.

En trois points, l’académie reprend des éléments déjà développés. A savoir: l’oncogenèse de la téléphonie mobile, l’électrohypersensibilité et l’abaissement des valeurs-limites à 0,6 volt par mètre (v/m).

L’académie estime que «le classement en "possiblement cancérigène" (2B) par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ne concerne pas les antennes-relais, mais les portables. «C’est absolument faux», rétorque à raison Etienne Cendrier, de l’association Robin des toits, puisque ce sont bien les «radiofréquences électromagnétiques» dans leur ensemble qui ont été classées possiblement cancérigènes (comme l’indique un communiqué de presse de l’OMS).

L’académie se prévaut par ailleurs des résultats d’autres études qui ont été entachées, pour certaines, de conflits d’intérêts pointés par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale de l’environnement (IGE) dans un rapport sur l’évaluation des méthodes de travail scientifique de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement (Afsse), l’ex Afsset.

L’électrohypersensibilité est battue en brèche puisque, «à ce jour, aucun système sensoriel humain permettant de percevoir les champs électromagnétiques utilisés par la téléphonie mobile n’a été identifié», selon l’académie qui classe le phénomène dans la rubrique des troubles psychologiques.

Enfin, sur la question de l’abaissement des valeurs-limites à 0,6 v/m –qui n’est absolument pas abordée par la PPL écologiste- l’académie estime que cette demande «n’a aucune justification scientifique». Elle cite à l’appui de sa démonstration une étude de l’Afsset de 2009, qui soulignait l’absence de «risque sanitaire avéré» lié aux portables ou aux antennes de téléphonie mobile, tout en reconnaissant pour la première fois l’incertitude scientifique, et prônant la réduction de l’exposition du public recommandé. Une étude que l’académie avait pourtant âprement critiquée lors de sa publication [JDLE].

La responsable de la communication de l’Académie de médecine, Nicole Priollaud, explique au Journal de l’environnement que l’institution «n’a pas les moyens des lobbies, ni la possibilité de faire le pied de grue devant la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale [devant laquelle l’association Robin des toits a été auditionnée]. En tant que conseiller du gouvernement, l’académie a voulu mettre les choses au point».

La proposition de loi écologiste sera discutée le 31 janvier prochain à l’Assemblée nationale.

 



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