Radiofréquences: l’Anses lance l’alerte pour les enfants ‘connectés’

Le 08 juillet 2016 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les enfants, très intéressés par les nouvelles technologies.
Les enfants, très intéressés par les nouvelles technologies.
DR

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail publie un rapport d’expertise sur l’exposition des enfants aux radiofréquences. Outre des effets cognitifs et une altération du bien-être, l’agence pointe des règlementations inadaptées et une connaissance scientifique insuffisante.

Les enfants ne sont pas des adultes en miniature. Pourtant, dès la conception, les voilà exposés au même bain de radiofréquences que les grands. Pire, des objets connectés leur sont spécifiquement destinés, qui amplifient des expositions sans cesse croissantes. Or un rapport d’expertise par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) sur les radiofréquences et à la santé des enfants, met en lumière les effets de ces radiofréquences sur les fonctions cognitives des plus jeunes. Publié le 8 juillet 2016, il insiste sur le devoir des parents de restreindre l’utilisation de ces appareils à des petits organismes qui, à la différence des adultes d’aujourd’hui épargnés par ces technologies pendant leur prime jeunesse, ont devant eux des décennies d’un usage de plus en plus précoce, qui rend plus cruciale encore une connaissance et une information adéquates.

Facteurs de risques cumulés

Alors que le débat fait rage sur les effets sanitaires des radiofréquences pour les adultes, une certitude s’impose pour les enfants: ils cumulent les facteurs de risques. Notamment parce que leurs organes et leurs fonctions physiologiques sont en plein développement. Mais aussi parce que, pour des raisons anatomiques (taille, poids), les enfants peuvent être plus exposés que les adultes, en particulier au niveau des aires cérébrales les plus proches de la boîte crânienne. Des études ont également mis en lumière que «pour toute personne de taille inférieure à 1,30 mètre, les valeurs limites d’exposition réglementaires [comme le débit d’absorption spécifique, ou DAS] sont moins adaptées.» Et ce qui s’observe pour les usages à proximité immédiate du corps se vérifie également pour des expositions «environnementales», c’est-à-dire liées à des sources lointaines (telles que les antennes relais de téléphonie mobile ou les émetteurs de radio et télédiffusion). «Des travaux d’expertise ont mis en évidence le fait que les enfants pouvaient être, dans certaines bandes de fréquences, plus exposés que les adultes (…) La petite taille des enfants peut, par effet de résonance, engendrer des expositions moyennes sur le corps entier plus élevées que pour les adultes», précise l’Agence.

Expositions multiples

Les occasions d’être exposés dès le berceau sont légion: babyphone, talkies-walkies, tablettes, voitures télécommandées et, évidemment, téléphones portables ont chacun leur nature, leur intensité et une fréquence de rayonnements spécifiques. «La multiplicité et la diversité des lieux fréquentés par les enfants (domicile, école, lieux publics, installations sportives et culturelles, etc.) engendrent des situations d’expositions très variables, alors même que les usages des dispositifs radioélectriques (tablettes tactiles, jouets, etc.) évoluent rapidement», note l’agence sanitaire.

Effets cognitifs

Une évolution plus rapide que la connaissance scientifique, puisqu’existent peu d’études sur les enfants de moins de six ans et leurs usages des appareils connectés; la plupart portent sur le téléphone mobile, que les enfants semblent réputés n’utiliser qu’à partir de 7 ans. L’Anses a donc inclus celles sur les enfants jusqu’à 16 ans, ainsi que celles sur l’exposition depuis la période in utero jusqu’au jeune adulte. Résultat: les effets sur les fonctions cognitives (comme la mémoire ou l’attention) et sur le bien-être semblent établis. L’Anses précise toutefois que l’altération du bien-être peut être liée «à l’usage du téléphone mobile plutôt qu’aux radiofréquences qu’ils émettent.» Sans fermer la porte, mais faute de niveau de preuve suffisant, l’Anses considère que les données actuelles ne permettent pas de conclure à l’existence ou non d’un effet des radiofréquences chez l’enfant sur le comportement, les fonctions auditives, les effets tératogènes et le développement, le système reproducteur mâle et femelle, les effets cancérogènes, le système immunitaire ou la toxicité systémique.

DAS pour tous

L’agence s’attache enfin à formuler une série de recommandations très précises, destinées aussi bien au ministère de la santé qu’à la grand-mère au rayon jouets, en passant par les opérateurs et le personnel enseignant. Au plan réglementaire, l’Anses demande à ce que  les valeurs limites d’exposition soient modifiées, «afin de prendre en compte les spécificités des enfants.» Aujourd’hui, seuls les téléphones mobiles font l’objet de mesures de DAS et de restriction de publicité pour les jeunes publics. L’Anses demande à ce que soient réalisées, avant leur mise sur le marché, les mêmes mesures sur les tablettes et autres jouets, «dans des conditions réelles d’utilisation, dont les résultat figureraient dans la notice de l’appareil.» Un DAS qui serait lui aussi soumis à des valeurs limites réglementaires «en fonction de l’utilisation probable de l’appareil» et dont la publicité serait limitée auprès des plus jeunes. En outre, elle plaide pour l’élaboration d’un indicateur «représentatif de l’exposition réelle des utilisateurs de téléphones mobiles, quelles que soient les conditions d’utilisation: signal utilisé, bonne ou mauvaise réception, mode d’usage (appel, chargement de données, etc.).»

Exposition environnementale

L’agence ne s’arrête pas en si bon chemin: elle préconise que les niveaux de référence visant à limiter l’exposition environnementale aux champs électromagnétiques radiofréquences (liée aux sources lointaines) soient «reconsidérés», dans le but «d’assurer des marges de sécurité suffisamment grandes pour protéger la santé et la sécurité de la population générale, et tout particulièrement celles des enfants.»

Pavé dans la mare

«C’est un gros pavé dans la mare que jette l’Anses, estime Jeanine Le Calvez, la présidente de l’association Priartem. C’est un travail courageux, et beaucoup de gens ne vont pas être contents!» A commencer par le grand public, «car ça n’arrange pas les gens de savoir que les portables qu’ils donnent à leur enfant qui rentre de l’école ‘pour des raisons de sécurité’ constituent un danger.» Et d’en appeler au ministère de la santé, à l’origine de la saisine de l’Anses, pour relayer et diffuser les informations de ce rapport. «Parce qu’on peut choisir quand on est informé», estime Jeanine Le Calvez, qui espère que les normes ouvertement critiquées par l’Anses vont faire l’objet d’une révision et que l’éducation nationale, en plein déploiement de tablettes connectées (115.000 en 2014) saura entendre le message de prévention de ce rapport.

 

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus