Radioactivité de l’environnement: l’IRSN à l’heure de la transparence

Le 10 mars 2009 par Sabine Casalonga
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Lundi 9 mars, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a mis en ligne un nouveau portail dédié à la radioactivité de l'environnement. Cette initiative s’inscrit dans une démarche d’information et de transparence, déjà initiée, mais accélérée par les événements récents, médiatiques ou sur le terrain.

Après l’incident du Tricastin en juillet dernier (1), le très médiatisé documentaire sur les défaillances de gestion des anciennes mines d’uranium d’Areva, diffusé le 11 février sur France 3 (2), a remis sur le devant de la scène les risques liés aux activités nucléaires en France. Cette enquête a mis en lumière l’existence de 252 millions de tonnes de déchets faiblement radioactifs (stériles et résidus d’extraction) dont une partie a été utilisée pour remblayer des routes, des logements et des écoles… Pour répondre aux inquiétudes, les autorités publiques ont choisi d’accélérer une démarche veillant à rendre plus accessibles les informations sur l’état radiologique du territoire, conformément aux recommandations du Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) de novembre 2008 et à la volonté affichée par Jean-Louis Borloo, ministre de l’environnement.

Quelques jours avant la diffusion du reportage, l’IRSN a d’ailleurs mis en ligne une base de données sur les 210 anciens sites miniers d’uranium(Mimausa). «Depuis l’émission, l’IRSN a été assailli par les demandes de particuliers et des Drire des zones concernées», souligne Didier Gay, responsable du service d’analyse des risques liés à la géosphère de l’IRSN. Le 12 février, l’Institut mettait en ligne 5 fiches pédagogiques sur les mines d’uranium, apportant des éclairages sur l’exposition des personnes et les résultats d’études et d’expertises conduites par l’IRSN. «Cela a accéléré un processus déjà entamé pour une nouvelle stratégie d’ouverture, aussi bien à l’IRSN qu’au Meeddat», explique Didier Gay. La société Areva devrait ainsi être invitée à compléter la base Mimausa qui présente de nombreuses lacunes. Ensuite, des actions conduites par l’IRSN sur certains sites miniers devront être poursuivies. «Au vu des résultats, des actions de correction pourront être préconisées afin de remédier à un aménagement déficient du site, ou d’interdire certains usages (loisir, habitations)», explique le responsable de l’IRSN. Mais le véritable enjeu consistera à identifier les zones concernées par l’usage de stériles radioactifs (3).

Le nouveau portail de l’IRSN vise à mieux faire connaitre les résultats de la surveillance et des études menées par cette institution. Principale innovation: une carte de France interactive contenant 1.500 points de surveillance des milieux (air, eaux, aliments, sols) de l’IRSN . «Il est possible d’accéder à près d’un million de données de mesures de radioactivité remontant jusqu’à 40 ans, souligne Nathalie Chaptal-Gradoz de l’IRSN. Un habitant peut ainsi connaître le niveau moyen de radioactivité dans l’air de sa région à un jour près, et à un mois près pour les autres mesures». Autre nouveauté, la mise à disposition de fiches thématiques, notamment sur les retombées atmosphériques des tirs nucléaires et sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl.

De fait, l’IRSN participe à la surveillance de la radioactivité sur le territoire aux côtés des exploitants d’activités nucléaires, de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) et des associations comme la Criirad (4). Démarré dans les années 50, ce dispositif avait à l’origine un objectif stratégique de mesure des retombées des essais nucléaires. Complété dans les années 70, parallèlement au développement du parc électronucléaire français, il s’est davantage tourné vers les impacts environnementaux. A l’heure actuelle, fort de 600 stations réparties autour des sites nucléaires et sur le reste du territoire, il permet l’analyse de 28.000 échantillons par an. «Le rôle de la surveillance est de vérifier le respect des règles de rejet par les industriels (5), de s’assurer de l’état satisfaisant des milieux et de détecter rapidement une élévation anormale de radioactivité», explique Jean-Marc Péres, chef du service d’étude et de surveillance de la radioactivité dans l’environnement de l’IRSN, à l’occasion d’un voyage de presse organisé le 7 mars sur le site du Vésinet (Yvelines).

Que mesure-t-il? Les rejets accidentels des installations nucléaires, la radioactivité naturelle, mais aussi les retombées des essais nucléaires et de l’accident de Tchernobyl. 78% des échantillons proviennent de 70 stations de mesure quotidienne de la radioactivité de l’air, dont 34 autour d’installations nucléaires. Le reste des données provient d’échantillons collectés dans l’eau, les sols, les aliments (lait, salades, crustacés) et les végétaux (herbes) analysés en laboratoire. L’IRSN dispose également d’un réseau de télésurveillance automatisée et en continu de la radioactivité dans l’air (réseau Téléray: 164 balises dont 38 autour des sites nucléaires) et les fleuves en aval des centrales nucléaires (Hydroteleray: 7 balises). Ces systèmes ont aussi un rôle d’alerte.

Enfin, des études radioécologiques plus précises permettent de déterminer notamment l’état de référence du milieu, nécessaire pour interpréter les résultats des mesures lors d’un rejet accidentel. «Afin de répondre aux nouvelles exigences de la société, l’IRSN nécessite d’optimiser ses méthodes de mesure et de renforcer sa couverture du territoire. Le doublement du réseau Téléray figure ainsi parmi les objectifs en cours de négociation avec l’Etat, pour un coût estimé à plusieurs centaines de milliers d’euros», avance Jean-Marc Péres.

(1) Dans le JDLE «Interrogations sur la nappe phréatique du Tricastin»
(2) «Uranium: le scandale de la France contaminée», documentaire d’Emmanuel Amara et Romain Icard, diffusé dans l’émission Pièces à conviction sur France 3 le 11 février 2009.
(3) Les roches stériles sont des résidus d’extraction ayant une faible teneur en uranium
(4) Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, association née en 1986, au lendemain de Tchernobyl
(5) Des autorisations de rejets radioactifs assorties de conditions contrôlées sont délivrées aux industriels du nucléaire par les autorités compétentes de l’Etat


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus