Ractopamine: une viande au goût de guerre froide

Le 14 février 2013 par Romain Loury
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La Russie a décidé d’interdire toute importation de viande de bœuf ou de dinde provenant des Etats-Unis, en raison de la présence éventuelle de ractopamine, un médicament interdit dans de nombreux pays.

Utilisé comme promoteur de croissance aux Etats-Unis, au Canada et au Brésil, ce médicament est interdit d’usage dans l’Union européenne, en Russie et en Chine, qui prohibent aussi l’importation de toute viande en contenant, en raison de doutes quant à de possibles risques sanitaires. Les tensions commerciales à ce sujet ont commencé début juillet 2012, lorsque le Codex Alimentarius a pour la première fois fixé une limite maximale de résidus (LMR), de 10 parties par milliard (ppb) pour les muscles de porc et de bœuf, de 40 ppb pour le foie, à l’issue d’un vote très serré (69 voix contre 67).

La décision a suscité l’inquiétude européenne: «Puisque fixer une LMR revient à définir un seuil en dessous duquel l'utilisation du produit est considérée comme ne présentant aucun danger, la nouvelle norme fixée par le Codex peut être considérée, de facto, comme une autorisation de recourir à la ractopamine en dessous de la LMR dans le traitement d'animaux destinés à produire des denrées alimentaires», explique le Conseil de l’Union européenne dans une note rédigée en septembre. «Cela pourrait conduire certains pays tiers à remettre en cause la politique de l'UE dans ce domaine, car les normes du Codex sont généralement considérées comme des critères de référence dans le cadre de l'accord SPS [accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires] de l'OMC [Organisation mondiale du commerce]», poursuit-il.

Interpellé en octobre 2012 au Sénat, le ministre de l’agriculture a affirmé avoir demandé, avec ses homologues européens, que la Commission continue à appliquer l’interdiction, tout en «dénonçant l'adoption de cette norme, qui marque une rupture avec l'approche habituelle du Codex fondée sur la recherche du consensus».

La Russie va encore plus loin dans sa tolérance zéro: suite à la découverte, à l’entrée de ses frontières, de ractopamine dans de la viande américaine de bœuf et de porc, le service fédéral de surveillance vétérinaire et phytosanitaire (Rosselkhoznadzor) a annoncé une suspension des importations de ces produits, à compter du 11 février. Le 5 février, elle a annoncé une extension à la viande de dinde.

Une nouvelle fraichement accueillie par le secrétaire américain à l’agriculture, Tom Vilsack, selon qui «le refus de la Russie d’adopter les normes du Codex jette le doute quant à son engagement en faveur du commerce mondial». «Les Etats-Unis appellent la Russie à ouvrir immédiatement ses frontières à la viande américaine, et à respecter ses obligations de membre de l’OMC», ajoute-t-il dans un communiqué.

De leur côté, le Canada et le Brésil se sont engagés, comme la Russie l’avait demandé, à ne lui vendre que de la viande certifiée «sans ractopamine». La question est également polémique aux Etats-Unis. Peu après l’annonce russe de décembre, plusieurs associations américaines ont envoyé une pétition à la Food and Drug Administration (DFA), lui demandant de rabaisser ses LMR aux valeurs plus strictes fixées par le Codex Alimentarius.

De l’avis de plusieurs observateurs américains, la riposte russe serait une réponse au «Magnitsky Act», signé mi-décembre par le président Obama. Un texte interdisant le sol américain à une liste de citoyens russes impliqués dans la mort fin 2009 en prison -faute de soins- de l’avocat d’affaires Sergueï Magnitski, qui enquêtait sur des fraudes fiscales d’officiels russes. Une résolution en ce sens a également été votée en octobre au Parlement européen.



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