Quotas 2019: la pêche durable avance peu en Europe

Le 19 décembre 2018 par Stéphanie Senet
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Le rendement maximum durable est respecté pour 59 stocks
Le rendement maximum durable est respecté pour 59 stocks

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Le Conseil des ministres de la pêche a adopté, dans la nuit du 18 au 19 décembre, les totaux admissibles de capture (TAC) 2019 dans l’Atlantique Nord-Est et la mer du Nord, qui seront applicables au Royaume-Uni. Le rendement maximum durable (RMD) ne s’applique qu’à 59 stocks sur 145.

«Les pêcheurs sont très contents», résume Jean-Christophe Vandevelde, expert des négociations européennes pour l’ONG Pew. Au total, seuls 59 stocks sur 145 sont visés par un TAC respectant le RMD. Soit 6 de plus seulement que l’an dernier. «Pour tous les autres, pour lesquels il manque une évaluation scientifique précise, le Conseil n’a pas suivi le principe de précaution préconisé par la politique commune de la pêche (PCP)», relève l’expert. «Les ministres de l’UE ont approuvé la surpêche de certains stocks, y compris des espèces vulnérables telles que le merlan de la mer d’Irlande et la morue à l’ouest de l’Ecosse et dans la mer Celtique», ajoute Jenni Grossmann, conseillère scientifique de l’ONG ClientEarth. Les associations environnementales sont d’autant plus déçues que ces quotas éloignent l’UE de la fin de la surpêche, avec 100% de stocks au RMD, prévue au plus tard en 2020 par la PCP.

Une réduction notable des quotas vise le cabillaud dans l’ouest et le sud-ouest de l’Irlande, Manche-Ouest et mer Celtique, ainsi que la sole en mer du Nord et en Manche-Est.

En revanche, les quotas sont en hausse pour le merlu dans le golfe de Gascogne et en zone Nord, l’églefin de la mer du Nord à la Manche-Est et dans le golfe de Gascogne, les chinchards et certains stocks de langoustines.

A noter que les TAC de plusieurs stocks sont reportés et ne seront adoptés qu’en 2019. 

 

Des prises accessoires peu limitées

Pour 5 stocks sensibles, les espèces sont visées pour la première fois par un TAC en tant que prise accessoire. Il s’agit du cabillaud en mer Celtique et ouest de l’Ecosse, du merlan en mer d’Irlande et ouest de l’Ecosse, et la plie dans le sud de la mer Celtique et le sud-ouest de l’Irlande. «Ces TAC ont été fortement relevés par les ministres par rapport à la proposition de la Commission. Et si ces stocks doivent faire l’objet d’un plan de réduction des prises accessoires, l’obligation d’embarquer un système de surveillance par vidéo a été supprimée», note Jean-Christophe Vandevelde. Alors que le Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM) préconisait un TAC zéro pour le cabillaud en mer Celtique, celui-ci est finalement visé par un TAC de 3.000 tonnes pour 2019. Ces quotas peuvent par ailleurs être échangés à hauteur de 7% du quota national, selon un nouveau dispositif demandé par l’Espagne –et soutenu par la France– pour pouvoir pêcher du cabillaud.

 

Obligation de débarquement

Même déception pour l’obligation de débarquement. Applicable à partir de janvier 2019, cette mesure devait limiter la mortalité des poissons et leur gaspillage en réduisant les prises accidentelles. «Les Etats pêcheurs traînent des pieds depuis son adoption il y a 5 ans, alors que leur rôle est d’accompagner les pêcheurs dans cette transition, en ayant notamment recours au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui», constate Jean-Christophe Vandevelde.

 

Bar sous pression

Si l’interdiction des captures de bar est rappelée dans le texte, elle reste assujettie à de nombreuses exemptions. Résultat: le bar pourra être pêché dans la plupart des zones entre le 1er avril et le 31 décembre 2019 à raison d’un TAC de 400 kilogrammes tous les deux mois pour les chalutiers, 210 kg par mois pour les senneurs, 5,5 t par an pour les ligneurs et 1,4 t pour les fileyeurs. Seuls les ligneurs ont vu leur TAC se réduire par rapport à la proposition de Bruxelles (de 7 t/an à 5,5 t/an). «On a déshabillé le ligneur pour habiller le chalutier», réagit la plateforme de la petite pêche artisanale dans un communiqué. «Cela va créer un effet d’aubaine et une augmentation de l’effort de pêche alors que la ressource est dans une situation extrêmement critique», poursuit-elle. Pour la pêche récréative, des prises d’un bar par jour et par personne restent aussi autorisées du 1er avril au 30 octobre.

Enfin, la pêche de l’anguille est définitivement interdite pendant trois mois (période à déterminer entre le 1er août 2019 et le 29 février 2020), quel que soit son stade d’évolution, alors que la France avait demandé la possibilité de capturer des civelles.



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