Quinquennat: ce que veulent les députés écolos

Le 28 septembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Deux novices à l'Assemblée
Deux novices à l'Assemblée

Quelques heures avant la publication du projet de loi de finances 2013, Barbara Pompili et Denis Baupin ont reçu la rédaction du JDLE. Au menu: les ambitions politiques, pour la mandature, des députés Europe Ecologie-les Verts. Revue de détail.

L’examen de la proposition de loi instaurant une tarification progressive de l'énergie est en cours. Etes-vous satisfaits de ce texte?

Denis Baupin: il met en pratique l’un des engagements pris par François Hollande lors de la campagne électorale. Cela étant, tel qu’il est, le texte présenté par François Brottes ne nous convient pas. Car la progressivité ne porte que sur les tarifs et pas sur l’abonnement. Or l’abonnement peut être très dégressif, ce qui pourrait, au final, annuler les effets de la progressivité sur les tarifs. De plus, il ne concerne que les énergies de réseau et pas le fioul ou le GPL, par exemple. Ce qui est très positif, en revanche, c’est l’extension du champ des bénéficiaires des tarifs sociaux. Nous devrions aussi, à l’occasion du vote de ce texte, faire adopter des amendements pour débloquer la situation de l’éolien: suppression de la règle des 5 mâts, simplification du dispositif ZDE, allègement du cadre de classement ICPE, allègement des frais de raccordement au réseau.

Rien sur la contradiction entre les lois Littoral et Grenelle II, qui empêche toute construction d’aérogénérateurs dans les DOM?

DB: cet aspect devra être débattu lors du vote de la loi DOM-COM.

Les annonces faites lors de la Conférence environnementale doivent vous mettre du baume au cœur?

Barbara Pompili: la rénovation thermique d’un million de logements par an pendant 5 ans est un très grand chantier. Mais il ne pourra être mis en œuvre qu’après la formation de centaines de milliers de professionnels du secteur. Cela nécessite que l’Etat et les Régions travaillent de concert pour rapidement monter des sessions de formation sur les nouveaux matériaux de construction et les nouvelles pratiques.

Le parlement présente son projet de loi de finances 2013. Conforme à vos attentes?

BP: il est clair que, pour ce qui concerne la fiscalité environnementale, ce projet n’est pas à la hauteur des enjeux. Mais le gouvernement a déjà indiqué que le gros de cette réforme était prévu pour 2014.

DB: on a pourtant déjà un alourdissement de 10 milliards de la fiscalité. Ce qui est très loin de ce qu’ont chiffré certaines ONG.

BP: en supprimant les niches fiscales anti-environnementales, comme la détaxation du kérosène pour les vols intérieurs, l’Etat pourrait ré-affecter entre 22 et 33 milliards d'euros. Ce qui lui donnerait les marges de manœuvre qu’il n’a plus.

A elle seule, la consommation du gazole bénéficie de 10 Md€ de subventions annuelles. Or c’est un produit dont les émissions sont cancérigènes. On ne peut pas faire comme si cela n’existait pas.

On a bien compris que le véhicule diesel était l’une de vos bêtes noires. Etes-vous plus favorables au véhicule électrique qui connaît quelques retards à l’allumage?

DB: nous ne défendons pas une technologie contre une autre. Le véhicule électrique n’a pas la réponse à tous les maux environnementaux ou urbanistiques. Il serait donc aberrant d’inciter les constructeurs automobiles à se lancer uniquement dans cette voie. Nous privilégions plutôt le concept de véhicule sobre, qui pourrait consommer (peu) d’agrocarburant de troisième génération, de biogaz ou d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables.

BP: de plus, l’automobile individuelle n’est pas la panacée.

DB: nous devons réviser la loi sur les transports intérieurs, notamment en créant une autorité des transports qui aura une compétence nationale mais surtout une vision multimodale: fer, fluvial, route, train, etc. Car on ne pourra satisfaire des besoins de mobilité croissants par la seule réponse automobile. Il faut aussi se montrer un peu audacieux. Ce que nous pourrons faire en révisant aussi le schéma national des infrastructures de transport qui, de toutes façons, n’est pas financé. Plus de transports collectifs ne signifie pas construire des TGV partout. Pour certaines liaisons, le car est plus pertinent que le rail. Il est probablement intéressant aussi d’autoriser le cabotage, en France, pour certains opérateurs étrangers qui n’exploitent, pour le moment, que des liaisons internationales.

Nous parlions tout à l’heure d’énergies renouvelables. Le gestionnaire du réseau de distribution entend transformer son réseau en un Smart Grid, dont la première pierre est le fameux compteur communicant Linky. Un compteur qui n’est pas, lui non plus, financé. Favorable à son déblocage?

DB: on se moque des gens en qualifiant le Linky de compteur intelligent. Il ne permet en aucune façon aux usagers de maîtriser leur consommation d’électricité., Il faut donc lui trouver un substitut, véritablement intelligent, pour que l’on puisse construire de véritables Smart Grids.

Côté production d’électricité, les projets socialistes vous conviennent?

DB: la feuille de route de réduction de la part du nucléaire et l’accord que nous avons conclu avec le parti socialiste restent d’actualité. En revanche, l’actualité chaude, c’est le renouvellement, en novembre, de trois commissaires de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont son président. Le message que nous souhaitons faire passer, c’est que nous voulons un président au-dessus de tout soupçon. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Comment cela?

DB: l’ASN est un gendarme du nucléaire qui ne sanctionne jamais les infractions qu’il constate. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons un renforcement de ses pouvoirs, pour le rendre vraiment indépendant de l’industrie qu’il contrôle. Nous demandons aussi que des experts critiques du nucléaire figurent dans le prochain collège de commissaires de l’ASN.

Nous n’avons pas évoqué la Conférence environnementale. Satisfaits ou déçus?

BP: peu de choses ont été dites et annoncées sur les relations santé-environnement. Raison pour laquelle la sénatrice Marie Blandin prépare une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte. Il faut aussi que le programme Ecophyto 2018 soit accéléré, car pour le moment, la consommation de pesticides augmente alors qu’elle devrait diminuer.

Cela nous mène tout droit à la préparation de la prochaine Politique agricole commune…

DB: François Hollande et Jean-Marc Ayrault l’ont évoquée dans leurs discours, lors de la Conférence environnementale. Je ne crois pas que la PAC ait jamais été évoquée ainsi par les deux premiers personnages de l’Etat. C’est encourageant. Hélas, les échos qui nous parviennent de Bruxelles nous font douter de la volonté du ministre français de l’agriculture à verdir la prochaine PAC.

http://www.parti-socialiste.fr/articles/engagement-42

 

 



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