Qui veut encore séquestrer du carbone?

Le 07 octobre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La fermeture du haut-fourneau de Florange pourrait mettre un terme au projet français de CCS.
La fermeture du haut-fourneau de Florange pourrait mettre un terme au projet français de CCS.

Faute de soutien des Etats, les industriels européens renoncent de plus en plus à investir dans le captage-stockage géologique de CO2.

La séquestration géologique du carbone décidément prend l’eau de toute part. Après l’Allemagne, où la chambre des régions a refusé de voter la loi encadrant l’injection de CO2 industriel dans le sous-sol [JDLE], c’est au tour de la Grande-Bretagne de rechigner à investir dans cette technologie de lutte contre les changements climatiques. Mais pas pour les mêmes raisons.
 
En partenariat avec Shell et National Grid, Scottish Power entendait réaliser une première mondiale. Il s’agissait de capter le gaz carbonique rejeté par la centrale au charbon de Longannet (Ecosse), de le transporter dans des gazoducs existants, avant de l’injecter dans un champ de gaz en fin de vie situé dans le sous-sol de la mer du Nord. Au total, la filiale écossaise du géant de l’énergie basque Iberdrola espérait éviter l’émission dune vingtaine de millions de tonnes de dioxyde de carbone en une dizaine d’années.
 
Mais pour parvenir à cette louable fin, les trois industriels doivent investir un bon milliard de livres (1,15 milliard d’euros). Un pactole qu’ils aimeraient bien voir financer, en partie, par Londres.
 
Las, si le ministère britannique de l’énergie et du changement climatique (Decc) est bien disposé à débloquer un milliard de livres pour aider au développement de la séquestration géologique du carbone (CCS), c’est dans l’espoir de financer trois ou quatre opérations comparables à celle de Longannet. Pas rentable, ont donc répondu les trois parties au projet écossais qui, selon The Guardian, seraient à deux doigts de jeter l’éponge.
 
Si elle était confirmée, cette décision suivrait celle de l’énergéticien allemand E.ON qui, il y a quelques mois, a, déjà pour les mêmes raisons, renoncé à construire une centrale au charbon à CCS sur son site de Kingsnorth (Kent).
 
Alors que l’Europe a prévu de mettre en service une douzaine d’opérations de démonstration de captage-stockage avant 2020, des projets sont enterrés un peu partout dans l’UE.
 
En Allemagne, l’électricien RWE a déjà renoncé. Vattenfall prévoit toujours de construire sur son site de Jänschwalde (Brandebourg) une nouvelle centrale thermique, de 250 à 300 mégawatts, équipée d’une installation de captage de CO2. Mais du fait du vote du Bundesrat, l’électricien germano-suédois pourrait réaliser son investissement de 1,5 milliard d’euros hors d’Allemagne. Voire ne pas investir du tout.
 
Cette hypothèse apparaît comme de plus en plus plausible au regard de l’évolution du prix des quotas de CO2 européens. Une partie des aides communautaires au déploiement des «centrales à séquestration» doit, en principe, provenir de la vente d’une réserve de 300 millions de quotas. Or ces derniers ont vu leur prix s’effondrer de 42% depuis le mois de mai dernier. Faisant fondre, comme neige au soleil, l’argent de Bruxelles. Et la rentabilité desdits projets.
 
Enfin, la crise réduit aussi les ambitions initiales des industriels. ArcelorMittal a annoncé, le 3 octobre, la fermeture, temporaire pour le moment, de son haut-fourneau de Florange (Moselle). Or c’est précisément sur cette installation que l’aciériste comptait (avec 150 M€ de subventions publiques à la clé) installer un système de captage du CO2; le tout devant être couplé à un gazoduc de quelques dizaines de kilomètres de long, pour injecter le gaz dans un aquifère salin.
 
Au total, sur les 13 projets de CCS de taille industrielle susceptibles d’être aidés par la Commission européenne, 6 ont déjà été annulés. Pas facile de lutter contre les changements climatiques.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus