Quelles leçons tirer de Fukushima ?

Le 28 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Yukiya Amano, il faut renforcer les normes de sûreté.
Pour Yukiya Amano, il faut renforcer les normes de sûreté.

Alors que l’accident suit son cours, les pays nucléaires veulent en tirer des conclusions le plus rapidement possible. Ce qui pourrait changer le business model de l’atome civil.

Les nouvelles nucléaires en provenance du Japon sont mi-chèvre mi-chou. Sur le site de la centrale de Fukushima Dai-Ichi, les experts révisent à la baisse leurs pires scénarios. Réalisées ces derniers jours, les premières inspections des réacteurs accidentés semblent montrer des dégâts moins importants que prévu. Des robots télécommandés ont réalisé de nombreuses mesures de température et de niveau de radioactivité dans les bâtiments réacteurs. Selon l’exploitant, Tepco, le cœur des réacteurs 1, 2 et 3 aurait fondu moins que prévu. Leur taux d’endommagement serait respectivement de 55, 35 et 30%. Jusqu’à présent, l’électricien avançait que 70% du cœur de la première tranche étaient détruit, 40% celui du second réacteur et 35% le troisième. Les experts apprécieront.
 
Moins encourageant, en revanche, sont les mesures prises par les électriciens nippons pour sécuriser leurs centrales nucléaires. La catastrophe de Fukushima Dai-Ichi est imputable au fait que la centrale a perdu son alimentation électrique et sa capacité de refroidir ses réacteurs. Pour éviter qu’un tel drame se reproduise, l’autorité de sûreté japonaise a ordonné aux exploitants de renforcer leur parc de groupes électrogènes de secours pour pouvoir réalimenter les pompes des circuits de refroidissement en cas de rupture prolongée de l’alimentation électrique principale.
 
Officiellement, l’ordre a bien été exécuté. Mais jusqu’à quel point? C’est la question à laquelle les journalistes de Kyodo ont répondu. Et les résultats de leur enquête font froid dans le dos. Selon l’agence de presse, Tepco, Tohoku, JAEA et les autres ont bien installé sur leurs sites nucléaires de nouveaux générateurs de secours. Hélas, dans la plupart des cas, la puissance cumulée de ces groupes reste très insuffisante pour alimenter les systèmes de contrôle de la centrale (pour savoir comment se comportent les systèmes vitaux) et les pompes du (ou des) circuits de refroidissement.
 
Pour sécuriser l’approvisionnement de Tsuruga 2 (un réacteur à eau sous pression, REP, de 1.100 mégawatts), il est nécessaire de disposer d’une capacité de production électrique de 3.500 kilowatts. Or son exploitant, Japan Atomic Power, ne dispose sur site que du tiers de cette capacité. Une situation que l’on retrouve sur les centrales de Hamaoka (5 réacteurs à eau bouillante), Tomari (2 REP). Plutôt inquiétant.
 
Fort heureusement, les pays nucléaires sont bien décidés à tirer toutes les leçons de l’accident survenu le 11 mars dernier. Bouleversant son calendrier, le sommet du G8-G20, qui se déroulera les 26 et 27 juin à Deauville, sera largement consacré «aux conséquences de Fukushima», a confirmé ce jeudi 28 avril le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría.
 
Cette réunion au sommet sera suivie, le 8 juin, d’une conférence des patrons des autorités de sûreté nucléaire des pays du G8 et de tous ceux abritant des centrales nucléaires. «Nous avons beaucoup appris des accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl, il n’y a pas de raison que l’on ne puisse rien apprendre de Fukushima», explique Luis Echavarri, directeur général de l’agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN).
 
Le summum de la phosphoration internationale devrait toutefois avoir lieu lors de la conférence internationale sur la sûreté qu’organisera l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, du 20 au 24 juin. Un sommet dont pourrait sortir quelques propositions concrètes.
A commencer par la possible création d’une «force d’intervention collective en cas d’accident nucléaire»: une idée lancée le 19 avril par le Premier ministre français, François Fillon. «Cette idée sera examinée avec le plus grand sérieux», affirme, prudent, le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano.
Car l’essentiel ne réside pas dans ce projet de force d’action rapide nucléaire. Bien qu’elle n’ait pas le pouvoir de les imposer à ses Etats membres, l’AIEA entend bien profiter de la réunion de Vienne pour durcir les normes de sûreté nucléaire actuelles. «Il est évident que les centrales nucléaires devront être mieux protégées contre les risques naturels», poursuit le diplomate japonais. Selon lui, Fukushima a montré l’urgence de renforcer les circuits de refroidissement des réacteurs et l’alimentation en électricité des centrales nucléaires.
 
S’il était accepté –et mis en œuvre- par les pays nucléaires, ce renforcement des normes de sûreté aurait une conséquence inévitable: renchérir le coût de construction, d’exploitation et de maintenance des réacteurs. Et donc le prix de l’électron atomique. Pas sûr que cela plaise en France.


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