Quelle biodiversité en ville?

Le 13 février 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le pigeont biset est l'un des oiseaux les plus courant dans les villes du monde.
Le pigeont biset est l'un des oiseaux les plus courant dans les villes du monde.
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C’est désormais un fait établi: une majorité des êtres humains résident en ville. Plus de 3,5 milliards de personnes sont ainsi consignées sur des territoires dont la surface représente 3% des terres émergées. Ce dernier chiffre laisse supposer qu’il y a de la place pour le sauvage et le domestique. Mais l’expansion urbaine est en marche (+1% par an) et les cités ont souvent été bâties sur de riches écosystèmes. D’où la crainte de voir les métropoles réduire un peu plus, dans les prochaines années, la diversité biologique de leur environnement.

Une tâche titanesque

Pour en juger, encore faut-il disposer d’un état zéro de la biodiversité urbaine. Une tâche titanesque à laquelle s’est attelée une équipe internationale de biologistes, conduite par Myla Aronson (Rutgers, université du New Jersey). Son travail, dont la synthèse vient d’être publiée dans les Proceedinds of the Royal Society B, a consisté, dans un premier temps, à dépouiller les inventaires de flore et d’oiseaux de 164 villes, situées dans 36 pays. Avec des résultats étonnants à la clé!

Contrairement à une idée reçue, les villes abritent une relative biodiversité. En moyenne, on y trouve 112 espèces d’oiseaux et 766 espèces de plantes. Mais toutes les villes ne se valent pas. Avec 24 espèces d’oiseaux recensées, Jérusalem fait figure de désert ornithologique à côté de Singapour (368 espèces)[1]. Boston fait figure d’enfer vert avec 2.302 espèces de plantes inscrites à son catalogue: 8 fois plus qu’à Ganyesa, en Afrique du Sud. Voilà pour les données brutes.

Des espèces étrangères

Remises dans le contexte du vivant, ces résultats sont médiocres. Car seules 20% des espèces d’oiseaux sont représentées en villes et 5% des plantes vasculaires.

Considérées comme une menace pour la biodiversité, les espèces exotiques ont trouvé dans les centres urbains de formidables terrains d’expansion. En moyenne, 28% des plantes urbaines sont étrangères à leur nouveau biotope et 5% des espèces d’oiseaux. Les chiffres sont plus élevés dans les villes américaines et d’Océanie.

Le tiers des espèces végétales identifiées à Boston ne sont pas originaires du Massachusetts. A Auckland (Nouvelle-Zélande), 60% des végétaux des parcs et jardins sont d’origine étrangère. Souvent délibérément introduits, les volatiles exotiques sillonnent aussi les cieux urbains. En Nouvelle-Zélande, la moitié des oiseaux sont d’origine exogène.

Certaines espèces trustent les milieux urbains. Le pigeon biset (Columba livia), le moineau domestique (Passer domesticus), l'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) et l'hirondelle rustique (Hirundo rustica) sont présents dans 80% des villes étudiées. Les champions du végétal urbain sont plus nombreux: 11 espèces poussent dans les sols goudronnés de 9 villes sur 10. Les plus courantes sont le pâturin annuel (Poa annua), la bourse à Pasteur (Capsella bursa-pastoris), le mouron des oiseaux (Stellaria media). Sans oublier le plantain étroit (Plantago lanceolata).

Les cités sont aussi des refuges pour des espèces menacées: 36 variétés d’oiseaux et 65 de plantes sont inscrites sur la liste rouge de l’IUCN. A elle seule, la ville-état de Singapour abrite 12 espèces en danger d’extinction.

Pour autant, relève Myla Aronson et ses co-auteurs, ces statistiques ne doivent pas faire illusion. Les densités de plantes et d’oiseaux sont moindres en ville que dans la «nature». Et l’expansion urbaine ne devrait rien arranger.



[1] Seules les données de deux cités françaises ont été utilisées et leurs résultats sont décevants: Cayenne (Guyane) affiche 135 espèces d’oiseaux: deux fois plus que Montpellier (65).

 



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