Quel financement de la transition énergétique?

Le 21 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La France doit diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050.
La France doit diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050.

Bonne nouvelle: on sait désormais combien il nous faut investir pour changer de modèle énergétique. Mauvaise nouvelle: on ne sait toujours pas où trouver l’argent.

A peine adopté par l’assemblée nationale que déjà le (toujours) projet de loi sur la transition énergétique interroge déjà. Malgré une bonne année de débat national, un important travail en commission spéciale et un débat parlementaire rapidement expédié, les questions du coût et du financement du changement de paradigme énergétique restent sans réponse.

Pour tenter d’y voir plus clair, CDC Climat s’est penché sur la question. Dans une note, publiée ce mardi 21 octobre, le Think Tank carbone de la Caisse des dépôts estime à une cinquantaine de milliards d’euros le volant d’investissements nécessaire pour réussir en une quarantaine d’années notre mutation énergétique. «Sachant que nous investissons déjà environ 22 milliards par an dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et les infrastructures de transport durable, le financement de la transition est vraiment à notre portée», résume Pierre Ducret, P-DG de CDC Climat.

2% du pIB

En se basant sur des données de 2011, les chercheurs de CDC Climat évaluent à plus de 9 milliards l’investissement annuel dans les énergies renouvelables (dont 3,8 dans le photovoltaïque, 1,6 dans la biomasse et 1,1 dans l’éolien), 8,3 milliards dans les économies d‘énergie, 4,8 milliards dans les lignes de métro, de tramway ou les bus en site propre.

Le chiffrage de CDC Climat est cohérent avec des évaluations précédentes. En juillet 2013, le groupe d’experts du débat national sur la transition énergétique avait évalué le coût de 4 trajectoires de transition: décarbonation par l’électricité (DEC), demande moyenne et diversification (DIC), efficacité énergétique et diversification (EFF), sobriété énergétique et sortie du nucléaire (SOB).

En prenant des bases économiques comparables (croissance moyenne du PIB de 1,7%/an, même prix du pétrole), le montant total du devis des 4 scénarios varie de 1.713 milliards d’euros, pour le scénario DEC, à 2.349 Md€ pour sortir du nucléaire et des fossiles (scénario SOB). Dit autrement, réaliser le programme des électriciens nécessite de décaisser 42 Md€/an en moyenne, contre 58 Md€ pour celui des écolos.

C’est donc l’équivalent d’un peu plus de 2% du PIB tricolore que nous devrions consacrer à la transition énergétique pour réussir notre adaptation aux changements climatiques. Une évaluation proche de celles réalisée par les auteurs de la Stern Review, en 2006, et plus récemment par ceux de la commission Calderón -Stern.

Modifier les signaux

La fourchette de coûts étant à peu près établie: comment financer un tel investissement? Sous-directeur des politiques sectorielles de la direction générale du Trésor, Emmanuel Massé préconise de «modifier les signaux économiques.» En clair: de donner un prix au carbone, par le biais d’une taxe, d’un renchérissement des quotas d’émissions ou d’un durcissement de normes. Ça n’est pas forcément d’actualité.

Appelés à faire de lourds investissements, les énergéticiens n’ont pas de problèmes pour emprunter. En mai dernier, GDF Suez a ainsi levé 2,5 milliards d’«obligations vertes» (green bonds) pour financer ses projets verts. Des projets dont la verdure est certifiée par l’agence de notation extrafinancière Vigéo, précise Marie Gérard, vice-présidente Sustainable Development Performance & Management du groupe présidé par Gérard Mestrallet. En janvier, EDF avait émis 4,7 milliards de dollars d’obligations, dont une tranche ayant une maturité d’un siècle.

Petite usine

Tout naturellement, les agriculteurs pourront se tourner vers le Crédit agricole. Surtout s’ils souhaitent se lancer dans la méthanisation. Rassurée par le récent appel d’offres pour 1.500 méthaniseurs, la banque verte a développé un système de calcul de rentabilité des projets. «Le méthaniseur, c’est une petite usine. Ça n’est pas évident d’en déterminer le modèle économique», justifie Christine Delamarre, déléguée générale d’Unifergie.

Faute de résultat définitif de la conférence bancaire, deux catégories d’investissements sont, pour le moment, en peine de financements privés. Le grand public, bien sûr. Et pour cause! Les banques souhaitent se désengager des dispositifs existants, tels l’éco-PTZ sans pour autant beaucoup s’investir dans la rénovation thermique d’appartement. «Une banque n’est pas forcément compétente sur ces sujets de la transition énergétique», concède Christine Delamarre. Et la directrice de l’ingénierie de Crédit Agricole Leasing de rappeler que depuis la conclusion des accords Bâle III «les banques ont des ratios prudentiels à respecter». Traduction: plus question de prêter à tout un chacun. Les 500.000 rénovations annuelles promises (pour 2017) par le Chef de l’Etat ne sont vraiment pas pour tout de suite.

La réalisation d’infrastructures durable semble aussi avoir du mal à trouver des financeurs. Un problème qui trouverait sa cause dans… l’action gouvernementale. «L’argent ne manque pas pour financer des projets à long terme, explique Charles Dupont, directeur de l’activité de financement des infrastructures d’Axa IM. Ce sont des décisions politiques qui bloquent certains investissements, notamment celles qui ont des effets rétroactifs.» Les investisseurs gardent un très mauvais souvenir de la gestion passée des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque. Et le récent torpillage du dispositif Ecomouv par la ministre de l’écologie ne fait rien pour les rassurer.

Pour reprendre les propos de Pierre Ducret, le financement de la transition énergétique reste «à notre portée». A condition de trouver des ressources supplémentaires. Des ressources gérées par la «Vieille Dame»?



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus