Quel avenir pour le trait de côte camarguais ?

Le 08 septembre 2010 par Célia Fontaine
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Le rapport de la mission sur la gestion du trait de côte en Camargue a été remis le 3 septembre dernier à la secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Elle avait été confiée le 22 avril 2009 au maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, Roland Chassain.

Services spécialisés de l’État, collectivités territoriales, acteurs économiques, environnementaux et associatifs ont rassemblé en un document l’ensemble des études menées sur l’évolution du trait de côte en Camargue. La mission pourra ainsi servir de base à l’élaboration d’un schéma national de gestion du littoral. Pour Roland Chassain, « il est indispensable de créer rapidement un Observatoire du Littoral du Golfe du Lion, réseau d’opérateurs disposant de moyens techniques et financiers pour évaluer et anticiper les évolutions physiques du trait de côte ».

La Camargue est une zone humide de 145. 300 hectares, composée principalement des communes d’Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer, enclavées entre les sites touristiques de la Grande-Motte - Le Grau du Roi et les zones industrielles de Port-Saint-Louis - Fos-sur-Mer. « Plateforme vitale des oiseaux migrateurs, abritant une faune et une flore remarquables, son patrimoine écologique et biologique est mondialement reconnu ». Mais cette biodiversité ainsi que les communautés du littoral sont menacées par l’érosion côtière et la submersion marine. Le document précise la différence entre les deux phénomènes : « l’érosion est un phénomène permanent que l’on peut gérer, tandis que la submersion (inondation temporaire par la mer de la zone côtière) est un phénomène soudain, redevable de mesures de prévention ou d’ouvrages de protection ».

Aucune des communes concernées n’était dotée jusqu’à récemment d’un plan de prévention des risques de submersion marine (PPRSM), ni même d’un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). Le préfet des Bouches-du-Rhône a prescrit un PPRI sur les communes du delta du Rhône, dont les Saintes-Maries-de-la-Mer, le 27 octobre 2008.

S’il a pu observer personnellement l’évolution du trait de côte, « qui est indiscutable et certainement cyclique », Roland Chassain ne se veut pas aussi pessimiste « que certains écologistes (…), qui évoquent la disparition de la Camargue dans les années à venir, se basant sur des études multiples et sans cohérence qui remplissent des placards ».

Pour autant, le maire vise une politique de protection pérenne, basée sur la concertation avec tous les acteurs locaux, publics et privés. Il s’agit de garantir le financement et la gestion durable du trait de côte, « par la mise en place d’un véritable plan de gestion du littoral camarguais qui devra s’étendre à l’ensemble du Golfe du Lion ».

Son rapport préconise d’évaluer la connaissance des phénomènes d’érosion sur le littoral camarguais et d’y apporter des réponses. Certaines solutions ont déjà été mises en œuvre. « Les digues et le cordon dunaire sont des dispositifs à usages principaux de protection, tandis que les épis par enrochement, brise-lames, rechargements en sable des plages, sont des dispositifs de stabilisation du trait de côte qui, s’ils sont bien utilisés, contribuent également à la protection », précise le document.

Mais ces solutions ne comportent pas que des avantages. Certaines digues, dont une qui date de la seconde moitié du XIXème, se fragilisent face aux risques de submersion marine.

En ce qui concerne la recharge en galets ou en sable, qui consiste à stabiliser les plages et à briser l’énergie des vagues, la méthode a l’inconvénient d’introduire des matériaux exotiques dans des régions où les plages ne sont pas naturellement en galets.

La stabilisation du trait de côte peut être réalisée grâce à des épis et des brise-lames. Les premiers bloquent la dérive parallèle à la côte. Les seconds calment l’effet de la houle sur leurs arrières, conduisant à la construction d’un tombolo (presqu’île). Massivement utilisées tout le long du littoral, ces techniques ont des effets pervers. « Si elles bloquent l’érosion en permettant la reconstitution de plages sur le lieu de leur implantation, elles sont aussi des obstacles au transport des sédiments entraînant l’érosion en aval de la dérive côtière », reconnaît la mission.

Idem pour les cordons dunaires, résultat de l’interaction du vent, des vagues et des courants sur les sables des plages. Sur le littoral méditerranéen comme ailleurs, c’est une protection, mais très fragilisée par la forte fréquentation touristique.

Il faudra donc envisager de nouvelles solutions pour protéger le littoral camarguais. La mission propose notamment le repli stratégique. « Il consiste à déplacer les enjeux derrière une nouvelle ligne de défense, naturelle ou à aménager, puis à restaurer le littoral pour atteindre rapidement un nouvel équilibre ». Le repli « réduit notablement la vulnérabilité, restaure le fonctionnement naturel et ne nécessite aucun entretien ». Mais il nécessite de l’espace (et le littoral camarguais en manque cruellement) et n’est pas sans conséquences socio-économiques et patrimoniales pour les communautés concernées. Il suppose donc un changement profond des mentalités.



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