Quel avenir pour le nucléaire français?

Le 25 juillet 2011 par Célia Fontaine
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L'Etat veut mettre en cohérence l'ensemble de la filière nucléaire française
L'Etat veut mettre en cohérence l'ensemble de la filière nucléaire française

La catastrophe de Fukushima a rendu l’avenir de l'énergie nucléaire incertain pour certains pays. La France, elle, y croit toujours. Alors que le Réseau de transport d’électricité (RTE) publie son bilan prévisionnel 2011 de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité en France continentale, Areva et EDF se lancent le 25 juillet dans un partenariat ambitieux portant sur le cycle du combustible, la maintenance des réacteurs nucléaires et le réacteur de troisième génération EPR.

Quelles perspectives à long terme pour l’équilibre du système électrique? Si l’on diminue la part du nucléaire en France, comment compenser? RTE, société anonyme filiale du groupe EDF, répond à ces questions dans son Bilan prévisionnel publié le 22 juillet dernier.
 
On y lit que la sécurité d’alimentation électrique devrait être assurée entre 2013 et 2015. Cependant, dès 2016, le risque de défaillance pourrait dépasser le seuil acceptable. Les régions traditionnellement isolées énergétiquement, comme la Bretagne et PACA, resteront dans une situation parfois critique. Il faudra donc miser sur un important besoin de capacité de production ou d'effacement, c’est-à-dire un retrait provisoire volontaire de la demande, estime le bilan.
 
Tout en prenant en compte les récentes décisions allemandes en matière nucléaire (voir le JDLE) et le retard supplémentaire de l’EPR de Flamanville (voir le JDLE), une consommation de 494 térawattheures (TWh) est envisagée en 2013, de 523 TWh en 2020 et de 554 TWh en 2030. «3,6 gigawatts (GW) de groupes charbon seraient ainsi déclassés d’ici fin 2015 tandis que 4,6 GW de groupes fioul pourraient ne plus être disponibles au-delà. Dès 2016, un fort besoin de capacité de production ou d’effacement apparaît, que le futur mécanisme d’obligation de capacité prévu par la loi NOME devrait contribuer à satisfaire», précise RTE.
 
Pour rappel, la loi Nome du 8 décembre 2010 réforme le marché de l'électricité en créant le système de l'Accès régulé au nucléaire historique (Arenh), afin que les nouveaux fournisseurs d'énergie (GDF Suez, Poweo, Direct Energie, etc.) puissent profiter des bas coûts de production du parc nucléaire français. Pour cela, EDF est tenu de vendre jusqu'à un quart de la production d'électricité de ses centrales nucléaires à ses concurrents. Le prix de gros de l'électricité nucléaire qu'EDF revend à ses concurrents a été annoncé le 19 avril dernier par Eric Besson, ministre de l’industrie et de l’énergie après arbitrage rendu par le président Nicolas Sarkozy: 40 euros le mégawattheure (MWh) depuis le 1er juillet 2011, puis 42 € au 1er janvier 2012. Jusqu’alors, les Français payaient l'électricité nucléaire environ 31 €/MWh.
 
Le bilan provisionnel a également examiné, à la demande du ministère en charge de l’énergie, l’impact sur l’équilibre offre-demande d’un scénario de réduction de la capacité nucléaire en France à l’horizon 2030. Ainsi, si l’on passait à 50% de nucléaire, contre 75% aujourd’hui, les énergies renouvelables représenteraient en 2030 37,8% du mix énergétique français, contre 28,5% dans le scénario dit de référence.
 
Corrélativement, pour couvrir la demande lors des pointes de consommation, il faudrait créer 10 GW de capacité, contre 4,3 dans le scénario de référence, estime le gestionnaire.
 
Réduire la part du nucléaire en France est donc possible, mais il faudra pour cela mieux maîtriser la demande, développer les énergies renouvelables et doubler les capacités d’interconnexion avec les pays voisins.
 
Plus précisément, «le développement du parc éolien devrait se poursuivre au rythme actuel de 1 GW par an, pour une puissance cumulée de 8 GW en 2013, puis 11 GW en 2016, soutenu au-delà par le premier appel d’offres pour 3 GW d’éoliennes off-shore. Le nouveau dispositif de soutien à la filière photovoltaïque devrait permettre l’installation de 500 MW par an, pour atteindre 3 GW cumulés en 2013 et 4 GW en 2015. Dans un contexte de renouvellement des concessions, l’hydraulique, première source d’énergie renouvelable, ne devrait pas voir sa contribution augmenter significativement d’ici 2016».
 
C’est dans ce contexte que les leaders français du nucléaire Areva et EDF signent aujourd’hui 25 juillet trois accords techniques et commerciaux en préalable à un partenariat plus ambitieux qui sera lancé à la rentrée. Le tout pour répondre à la demande formulée par le président de la République en juillet 2010 afin de mettre en cohérence l'ensemble de la filière nucléaire (voir le JDLE).
 
C’est aussi l’occasion pour le PDG d'EDF Henri Proglio de rencontrer officiellement Luc Oursel, nommé président du directoire d'Areva en remplacement d'Anne Lauvergeon, et pour les deux parties d’enterrer la hache de guerre. Leurs différends avaient éclaté publiquement fin 2009 avec la perte, par le camp français, d'un contrat de 20 milliards de dollars, finalement remporté par les Coréens, pour des réacteurs EPR à Abou Dhabi.
 
Le nouveau comité stratégique de la filière nucléaire, coprésidé par le patron d'EDF, doit tenir sa première réunion aujourd’hui. Il s’agit de montrer «l'unité du camp français dans le contexte de l'après-Fukushima» afin de mieux conquérir les marchés internationaux.
Mais plus de quatre mois après le drame, Areva et EDF restent sous pression. Depuis le 1er juin 2011, les 143 centrales nucléaires de l’UE seront réévaluées en fonction des critères communautaires. Les «stress tests» doivent mettre à l'épreuve la sûreté des 58 réacteurs français (voir le JDLE). Parallèlement, la Cour des comptes doit rendre d’ici janvier 2012 une expertise sur les coûts de la filière nucléaire. Des auditeurs ont d’ores et déjà été mandatés chez EDF et Areva. Autre enquête, celle réalisée par la commission des finances de l'Assemblée nationale sur l'état financier et stratégique des deux entreprises publiques.  
 
Pendant ce temps, l’opinion publique française se montre très partagée sur la question de l’atome. A la fois inquiets et réticents à payer davantage leur énergie, 20% des Français sont opposés au nucléaire pour produire de l'électricité et 48%, sont hésitants ou sans opinion, selon un sondage Ifop-Le Monde.
 
De son côté, Greenpeace publie aujourd’hui un rapport intitulé «Selected aspects of EPR design in the light of the Fukushima accident[1]», qui met en évidence les failles de sécurité du réacteur EPR, en cas d’accident similaire à celui de Fukushima.
 
Selon l’ONG, dans une configuration électrique similaire à Fukushima, l’EPR ne résisterait pas à un accident. «Les mesures de sécurité prévues sur l’EPR reposent sur l’hypothèse que l’approvisionnement en électricité serait rétabli en moins de 24h. A Fukushima, la panne totale d’électricité a duré 11 jours», rappelle l’ONG. Et de poursuivre: «Dans une situation similaire à Fukushima, l’EPR n’aurait aucun moyen de refroidir l’eau du réacteur en dessous de 100°C, pas d’électricité pour injecter de l’eau à l’intérieur du réacteur, etc. Mais il y a plus grave: Areva sous-estime le risque de coupure d’électricité au point d’avoir amoindri les mesures de précaution. Le nombre et la capacité des systèmes de secours ont été réduits par rapport à la génération de réacteurs précédente. Par exemple, les groupes électrogènes de secours sont moins nombreux ou doivent être activés manuellement ce qui augmente les risques».
 
Le sujet alimentera  sans aucun doute les débats de la campagne présidentielle. 
 
 


[1] Rapport issu d’une recherche effectuée par le professeur autrichien Helmut Hirsch*, expert des questions de sûreté nucléaire


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