Quel avenir pour la politique climatique européenne?

Le 13 mars 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En Europe, seul le Norvégien Statoil séquestre du CO2 dans le sous-sol.
En Europe, seul le Norvégien Statoil séquestre du CO2 dans le sous-sol.
Statoil

Bruxelles parie toujours sur le captage-stockage du CO2 pour réduire l’empreinte carbone des 27. Pour financer cette technologie coûteuse, la Commission propose, dans une communication que s’est procurée le JDLE, la création de quotas de séquestration. Une idée encore très discutée.

C’est un sacré paradoxe. Il est plus que probable que l’Union européenne atteigne, en 2020, ses objectifs climatiques. Dans 7 ans, les 27 auront donc probablement réduit de 20% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport aux émissions de 1990. Cette estimation optimiste masque pourtant l’échec patent de la politique climatique communautaire.

Son fer de lance, le système communautaire d’échange de quotas d’émission (le fameux ETS), est dans les limbes. Noyé par un surplus de plus d’un milliard de quotas, l’ETS ne pourra pas, dans sa forme actuelle, donner un prix au carbone suffisamment élevé pour inciter énergéticiens et industriels à investir dans la décarbonisation de leurs installations.

La directive Efficacité énergétique a été vidée de sa substance lors de son adoption, l’an dernier [JDLE]. Résultat: l’Europe n’a aucune chance d’améliorer de 20% son efficacité énergétique entre 1990 et 2020.

Les énergies renouvelables, troisième pilier du paquet Energie-climat (PEC) de 2008, se développent peu à peu, mais trop lentement à l’aune des objectifs fixés aux 27 par le PEC. La France atteint péniblement les 13% d’énergie finale produit par les «renouvelables»: 8 points de moins que son objectif pour 2020.

Autre échec patent: le développement du captage-stockage du carbone (CSC). Il y a encore peu, la Commission espérait voir surgir 12 installations de taille industrielle d’ici 2015. Pour inciter les industriels et les gouvernements, elle avait imaginé de subventionner les projets, en utilisant une partie de la vente de 300 millions de quotas d’émission, le fameux programme NER 300.

Hélas, le coût du quota est désormais 8 fois inférieur à ceux prévus initialement, réduisant comme peau de chagrin le montant des subventions. Des subventions que n’entendent pas accorder non plus les gouvernements, dont les budgets sont sévèrement rabotés par la récession. Conclusion: aucun projet de CSC ne verra prochainement le jour dans l’UE. Ironie du sort: la Norvège, royaume pétrolier non adhérent à l’UE, exploite, elle, deux installations industrielles de CSC.

Bref, sans le passage du charbon au gaz, réalisé dans les années 1990 par les électriciens britanniques, sans l’arrêt de l’industrie lourde est-allemande après la réunification, sans la crise économique actuelle, l’Europe n’aurait pas réduit d’un cinquième ses émissions de GES.

Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes pour l’avenir. L’Union européenne envisage toujours de réduire ses émissions carbonées de 40% à 2030 et de 80% d’ici à 2050. Reste à savoir comment. Dans une projet de communication, que s’est procuré le JDLE, la Commission avance une solution: relancer massivement le CSC. Selon les estimations de l’exécutif communautaire, entre 7 et 32% des centrales thermiques pourraient capter leur gaz carbonique vers le milieu du siècle. Des calculs effectués par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) montrent que l’UE pourrait ainsi se débarrasser «sous le tapis» de 1,7 milliard de tonnes de dioxyde de carbone par an.

Bruxelles ne manque d’ailleurs pas d’arguments. Les énergies fossiles continueront d’être massivement utilisées par les industriels et les énergéticiens au cours des décennies prochaines. Les capacités de stockage européennes sont considérables: 200 milliards de tonnes de CO2 pour le seul sous-sol de la mer du Nord. De grands industriels régionaux, comme Alstom, Total, Schlumberger ou BP, ont acquis une réelle compétence dans le captage, le transport, l’injection et le stockage géologique du carbone.

Hélas, rappelle la Commission, même avec la meilleure volonté du monde, injecter le CO2 industriel coûte encore cher: de 30 à 100 euros la tonne. En Norvège, le système est rentable, car les émissions de CO2 des pétrogaziers sont taxés à hauteur de 54 €/t. Faute de soutien politique, aucune mesure fiscale de ce type n’est envisagée par Bruxelles.

Que faire? Réformer l’ETS? Bruxelles essaie depuis des mois de geler l’allocation de 900 millions de quotas pour faire remonter des prix qui plafonnent désormais à 4 €. Sans succès, en raison de la forte opposition de pays carbonifères, au premier rang desquels figure la Pologne.

En s’inspirant d’un dispositif mis en œuvre par l’Illinois, la Commission avance une autre idée: permettre à de gros émetteurs de CO2 d’assurer leur conformité carbone, en présentant des quotas d’émission ou des «certificats» de séquestration de carbone. Ces nouveaux type de quotas seraient vendus par des industriels ou des énergéticiens ayant investi dans des opérations de CSC. Le système séduit les Britanniques.

Reste à savoir si les 26 autres Etats membres seront favorables à ce mode de financement innovant. Rien n’est moins sûr. Dans un communiqué, publié mardi 12 mars, les gouvernements tchèque, français, espagnol, slovaque, finlandais, hongrois, lituanien, roumain, britannique, néerlandais, polonais et bulgare appellent la Commission à respecter une "neutralité technologique" dans la lutte contre le changement climatique. Inédit, cet appel pourrait se traduire par un appel à l'aide publique pour soutenir des projets... nucléaires.



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