Quel avenir pour Fessenheim?

Le 06 juillet 2012 par Geneviève De Lacour
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La centrale de Fessenheim en bordure du canal d'Alsace
La centrale de Fessenheim en bordure du canal d'Alsace

Le gouvernement devra rapidement clarifier sa position. L’ASN et l’IRSN, les deux gendarmes français de la sûreté nucléaire, estiment que l’incertitude quant à l’avenir de la centrale de Fessenheim pourrait entrainer un sous-investissement en matière de sécurité des installations. Et recommandent de ne pas attendre la fin du quinquennat pour décider de l’avenir de la plus vielle centrale du parc nucléaire français.

Le temps politique n’est pas celui de la sûreté nucléaire.

Jeudi 5 juillet, les responsables de la sécurité du nucléaire français étaient auditionnés devant les députés de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. L’occasion pour André-Claude Lacoste, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), d’avertir (selon le journal Le Figaro): «Si le radier du réacteur de Fessenheim n'est pas épaissi d'ici juillet 2013, on ferme». Et le directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), Jacques Repussard, de compléter à la sortie de l’audition: «Il y a un risque qu’EDF ne veuille plus investir à Fessenheim si la centrale ferme».

«Ces travaux, évoqués de longue date, font partie des mesures préconisées par l'Autorité de sûreté nucléaire dans le cadre du renforcement de la résistance des centrales aux séismes et aux inondations décidé après la catastrophe de Fukushima de mars 2011», rappelle le quotidien. 

En avril dernier, le directeur de la centrale avait, en effet, indiqué qu'EDF allait investir près de 20 millions d'euros à Fessenheim pour se conformer aux conditions posées par l'ASN au maintien en activité de son réacteur n°1. Les travaux devaient comprendre notamment le renforcement, pour 15 M€, du radier de ce réacteur. Un chantier qui doit être achevé d'ici juin 2013, faute de quoi l'ASN n'est pas censée autoriser la poursuite de l'exploitation. «Il est possible que nous demandions la même chose pour le deuxième réacteur dans un an», a complété André-Claude Lacoste.

Jacques Repussard a admis que «Fukushima a aidé à franchir le pas» pour accélérer ce dossier du radier, «connu depuis un certain nombre d'années». Pour le nouveau député écologiste de Paris Denis Baupin, c'est «inquiétant d'avoir attendu Fukushima» pour admettre l'existence de ce problème ainsi que d'autres anomalies évoquées lors de l'audition.

Evoquant la politique énergétique du gouvernement, le directeur de l’IRSN s’interroge: «Atteindre 50% d’énergie nucléaire, est-ce un objectif ou une étape? Cette ambigüité est dangereuse pour la sécurité».

La centrale est vivement critiquée par des écologistes et de nombreux élus, en raison de sa prétendue «vétusté» et de son exposition aux risques sismiques et d'inondation. Le président François Hollande s'était engagé pendant sa campagne à fermer les deux réacteurs de la centrale d'ici 2017. L'installation aura alors 40 ans.

Le choix du futur de la centrale de Fessenheim est à placer dans un contexte défavorable à l’industrie nucléaire. En effet, selon un récent rapport intitulé le «World Nuclear Industry Status Report 2012», et rédigé par deux experts indépendants du secteur, l'industrie nucléaire ne serait plus compétitive, piégée par des coûts de plus en plus élevés et directement concurrencée par les énergies renouvelables.

Selon ce document publié début juillet, 31 pays dans le monde produisent de l’électricité nucléaire à partir de 429 réacteurs qui produisent au total 364 gigawatts. Un seul des 44 réacteurs nippons est actuellement en service mais son maintien est menacé, sous la pression de la population japonaise. La France produit à peu près la moitié de l’électricité nucléaire de l’Europe. L’âge moyen des centrales, au niveau mondial, continue à progresser et est passé à 27 ans. A moins de construire de nombreux nouveaux réacteurs, ce qui est fortement improbable dans ce contexte de crise économique, la tendance actuelle est à l’extension de leur durée de vie.

La production d’électricité nucléaire est ainsi passée d’un pic de production de 17% en 1993 à 11% en 2011. Dans l’Union européenne, le nucléaire a baissé de 14 GW depuis 2000, tandis que dans le même temps 142 GW d’énergies renouvelables ont été mises en place.

«En réalité, de nombreuses compagnies électriques étaient en grande difficulté économique avant la catastrophe de Fukushima. 15 mois après, il est certain que le déclin de cette industrie ne peut que s’accélérer.» Selon les deux experts, le modèle allemand, c’est-à-dire un système de production basé à la fois sur l’efficacité énergétique mais aussi le développement de nouvelles technologies pour la production d’énergie renouvelable, pourrait être suivi par les Japonais. Même si les problèmes de vitesse de transformation du réseau, de la décentralisation de la production et de la distribution restent à résoudre.

«Il apparait de plus en plus évident que le nucléaire n’est plus compétitif dans ce monde, que ce soit d’un point de vue économique, environnemental ou social», affirment les experts.

 



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