Quel air respirerons-nous en 2060?

Le 03 novembre 2009 par Sonia Pignet et Victor Roux-Goeken
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Cette question a été posée vendredi 23 octobre lors d’un colloque à Paris sur le thème de la ville face aux changements climatiques. Météorologues, pouvoirs publics, experts de la qualité de l’air se sont réunis pour réfléchir sur l’air citadin des années à venir.

Première constatation: «Il existe de très nombreuses incertitudes sur les émissions. En fonction des cadastres d’émissions, on observe des différences de facteur 2 pour le CO2, pourtant le gaz le mieux connu», rapporte Claire Granier, chercheure au CNRS (1). Pourquoi? S’il est aisé de mesurer des concentrations de polluants dans l’air, il est plus ardu de mesurer les émissions. Quelques hypothèses sont cependant d’ores et déjà à l’étude.

«La qualité de l’air dans 50 ans ne sera pas affectée par la pollution en Europe», estime Didier Hauglustaine, chargé de recherches au sein du laboratoire CEA-CNRS des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). Dans l’Union, le transport sera plus propre, et les règlementations plus sévères. Par contre, de l’air pollué pourrait venir des mégapoles des pays actuellement en développement économique. Pour Didier Hauglustaine, le principal problème sera l’ozone, à cause de sa longue durée de vie. «En période préindustrielle, le niveau de fond de l’ozone était compris entre 10 et 20 parties par milliard. Aujourd’hui, il est entre 20 et 30 et dans 50 ans, il pourrait croître encore», indique-t-il. Mais d’autres polluants devraient aussi arriver jusqu’en Europe. «Toutes les villes sont différentes en termes de polluants émis», souligne Claire Granier. Les mégapoles portuaires devraient ainsi être particulièrement touchées par les pollutions aux oxydes de soufre et d’azote à cause du manque de régulation des émissions des bateaux.

Pour l’instant, les outils dont disposent les scientifiques ne permettent pas d’évaluer l’impact de ces pollutions locales sur la planète, en raison des multiples facteurs en jeu. «Par exemple, l’îlot de chaleur que constitue une ville peut créer une turbulence qui disperse la pollution», explique Robert Vautard, directeur de recherche au CNRS. Cependant, il est déjà prouvé que l’augmentation des températures renforce les phénomènes de pollution. «La canicule de 2003 avait modifié la concentration en ozone dans toute l’Europe», rappelle Didier Hauglustaine. A émissions d’ozone équivalentes, un réchauffement climatique provoquerait une hausse des concentrations d’ozone. D’après les modélisations du CNRS, il y aura d’ailleurs d’importantes différences régionales. En France, l’Alsace devrait être une des régions les plus touchées par l’augmentation des concentrations d’ozone.

Avec la chaleur, le risque d’incendie augmente aussi. Or une photographie satellitaire des feux de forêt au Portugal en 2003 montre qu’ils ont généré une pollution diffuse sur toute l’Europe.
Conclusion, «un système de prévention européen est nécessaire, et pas seulement national et local», indique Robert Vautard.

Moins évidente, une autre conséquence des modifications climatiques sur la qualité de l’air a été évoquée lors de cette journée, l’impact sur la végétation. «80% des émissions de gaz émanent de la végétation. Or cette dernière va changer, car le climat et les émissions de CO2 vont changer. Les émissions végétales vont se mélanger aux émissions anthropiques, mais il est encore difficile de prévoir l’impact», estime Didier Hauglustaine. «Il faut donc aussi faire attention aux essences que l’on plante aujourd’hui dans les espaces verts», indique Paolo Laj, du laboratoire de Météorologie physique. Il recommande de bannir les espèces allergisantes, car les pollens augmentent avec le changement climatique, et l’asthme est de plus en plus présent.

Si la qualification de la nature de l’air est encore très incertaine, un domaine met tout le monde d’accord, c’est l’information des citoyens. «Dans 50 ans, l’information sera diffusée en temps réel à chaque citoyen, et des systèmes seront mis en place pour guider son comportement», estime Alain Podaire, ancien expert auprès de la Commission européenne sur l’initiative GMES (2). En contrepartie, cela va demander une réflexion de type éthique afin d’adapter l’information, le mode d’information, et les décisions à prendre face à cette information.

(1)Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales (Latmos)
(2)Le projet Global monitoring for environment and security (GMES) vise à doter l’Europe d’une capacité opérationnelle et autonome d’observation de la Terre. C’est une initiative de l’Agence spatiale européenne et de l’UE


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