Que faire des déplacés environnementaux?

Le 27 octobre 2015 par Stéphanie Senet
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Le chercheur François Gemenne préfère une organisation internationale à un statut de réfugié étriqué
Le chercheur François Gemenne préfère une organisation internationale à un statut de réfugié étriqué

A contre-courant, François Gemenne ne défend pas la création d’un statut de réfugié climatique, jugé trop limité. Le spécialiste des questions migratoires plaide au contraire pour une convention internationale protégeant les déplacés environnementaux, dans le sillon de l’initiative Nansen.

C’est un fait: l’environnement représente déjà aujourd’hui le premier facteur de déplacement des populations dans le monde. «Les chiffres sont encore imprécis mais au moins 26 millions de personnes sont déplacées chaque année depuis 2008 à cause d’une catastrophe naturelle. A ce chiffre, il faut ajouter les déplacés du climat qui fuient leur région en raison des dommages du réchauffement, comme la désertification accrue des pays du Maghreb ou la chute des ressources halieutiques en Afrique de l’Ouest. Ce qui dépasse en nombre les déplacés dus aux guerres, aux conflits et aux violences», explique François Gemenne, directeur exécutif du programme «Politiques de la terre à l’épreuve de l’anthropocène» au Medialab de Sciences Po, à l’occasion d’une rencontre organisée le 26 octobre à Paris par le Comité 21.

Aucune protection juridique

Ces déplacés ne bénéficient d’aucune protection juridique. L’article 1er de la convention de Genève ne vise que les personnes craignant d’être persécutées en raison de leur race, religion, nationalité, appartenance à un groupe social ou opinions politiques. Dans les années 1980 a donc émergé l’idée de créer un statut de «réfugié climatique». Ce terme apparaît pour la première fois en 1985 dans un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue). Plus récemment, il a fait l’actualité après que la justice néo-zélandaise a refusé à deux reprises le statut de réfugié climatique à un ressortissant des îles Kiribati, réfugié en Nouvelle-Zélande.

Le statut de réfugié climatique est une chimère

«La solution du réfugié climatique est une chimère. Il ne faut absolument pas la considérer comme une solution-miracle car même si ce statut était reconnu, il ne s’appliquerait qu’à un petit nombre de personnes», tranche l’ancien négociateur Climat du gouvernement belge. Selon lui, il faut au contraire que «les Etats se préparent à discuter sereinement de la distribution des déplacés dans le monde». Dans cette perspective, l’initiative Nansen représente «la solution la plus intéressante de ces dernières années». Lancée en 2012, un an après le refus du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) d’œuvrer pour les réfugiés environnementaux, cette initiative est née de la volonté de la Norvège et de la Suède d’avancer coûte que coûte pour «mieux protéger les déplacés environnementaux à l’extérieur de leur pays». Trois ans de consultations régionales plus tard, leur proposition a donné naissance à un agenda adopté le 13 octobre dernier à Genève par 111 Etats, dont les Etats-Unis, la Chine ou la France. Loin d’être un document contraignant, il s’agit d’une sorte de guide pratique dans lequel les Etats peuvent puiser des mesures à adapter dans leur législation nationale.

Une nouvelle organisation internationale à Genève?

La création d’une nouvelle structure internationale fait par ailleurs débat. L’Allemagne et le Bengladesh ont d’ores et déjà annoncé qu’ils étaient prêts à apporter un financement. La France, elle, a pris le train en marche. «Curieusement, le quai d’Orsay a raté le coche en 2012 en ne participant pas au comité de pilotage», note François Gemenne. Paris a tenté de se rattraper en créant un «club des pays amis», et le gouvernement français pourrait participer à la création d’une nouvelle organisation internationale, en apportant du personnel. Pour l’heure, l’initiative Nansen est soutenue par 6 personnes travaillant à Genève, à la façon du HCR après guerre, avant la signature de la conférence de Genève.

Pas de «bons» et de «mauvais» migrants

«La convention de Genève est profondément obsolète. Nous avons besoin d’une nouvelle convention internationale protégeant les déplacés, mais je ne pense pas qu’elle devrait être reliée à la convention-cadre des Nations unies sur le climat car il ne faut pas différencier les déplacés économiques, politiques, de l’environnement, et du climat, pour éviter de créer des bons et des mauvais migrants», conclut François Gemenne. Une perspective qui peut sembler éloignée, sauf si la France se saisit de la COP 21 pour rattraper son retard et mobiliser l’opinion internationale.



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