Que faire de tout ce plutonium ?

Le 11 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La catastrophe de Fukushima Dai-Ichi va-t-elle relancer la construction d’armes nucléaires? La question commence à brûler les lèvres de certains responsables britanniques, français et américains. Car, sur les deux rives de l’Atlantique, les tonnages de plutonium s’accroissent. Et l’on ne sait plus qu’en faire.
Au Royaume-Uni, les exploitants de l’usine de Sellafield ont récemment appris que leurs clients japonais ne prendraient pas livraison du combustible Mox (composé d’uranium et de plutonium) commandé avant la fin de la décennie. Dur à entendre pour les Britannique qui ont, en partie, construit l’usine de Sellafield pour alimenter en Mox les centrales nucléaires japonaises.
Ce gigantesque site, dont la réalisation a coûté plus de 1,3 milliard de livres (1,4 milliard d’euros) au contribuable, devait produire 120 tonnes de Mox par an. Hélas, depuis son ouverture en 2002, seules 13,8 tonnes ont effectivement été fabriquées. Mais cela n’empêche pas les combustibles usés (d’où est extrait le plutonium qui sert à la production du Mox) de s’entasser en attente de «recyclage».
Selon les calculs de l’autorité britannique de démantèlement (la NDA), le stock de plutonium «moxable» s’élève à 102 tonnes, dont 28 proviennent de combustibles étrangers. Ces dernières devront pourtant être renvoyées à leur producteur initial, des électriciens nippons pour la plupart.
Hélas, échaudés par la découverte de traces de plutonium à proximité de la centrale accidentée, les électriciens nippons hésitent à poursuivre leur programme qui prévoyait le «moxage» d’une vingtaine de réacteurs d’ici 2015, contre un actuellement. Résultat: Chubu Electric, Tepco et les autres se trouvent à la tête d’une quarantaine de tonnes de plutonium, dont la moitié pourrait être stockée à Sellafield et dans l’usine française de La Hague (Manche). Début mars, les dirigeants d’Areva, opérateur de l’usine normande, ont aussi dû reporter un transport de Mox vers le Japon, à la demande des électriciens nippons.
Aux Etats-Unis, la situation n’est pas plus simple. A la fin de la guerre froide, Moscou et Washington ont convenu de recycler en Mox une partie du plutonium de leurs armes atomiques, dans le cadre du programme «des mégatonnes aux mégawatts». Pour ce faire, le département américain de l’énergie (DOE, selon l’acronyme anglais) a confié à un consortium dirigé par Areva la construction de deux usines dédiées à ce recyclage, sur le site de Savannah River (Caroline du Sud).
Problème: le chantier a pris du retard, ses coûts ont quintuplé. Et les électriciens initialement intéressés par ce nouveau combustible ont pris leur distance depuis l’accident de Fukushima. Duke Power, qui avait testé du Mox français dans sa centrale de Catawba, a finalement jeté l’éponge. Pourtant détenue par l’Etat, la Tennessee Valley Authority (TVA) n’envisage plus de moxer son parc. Du moins tant que le retour d’expérience de Fukushima Dai-Ichi (dont le cœur de la troisième tranche comprend 6% de combustible au plutonium) n’aura pas été fait. Le DOE craint donc de se retrouver avec un stock de 43 tonnes de plutonium. De quoi fabriquer 10.000 têtes nucléaires!


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