Quand Marine Le Pen s’attaque à l’agrobusiness

Le 30 mars 2012 par Geneviève De Lacour
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Marine Le Pen au 66è confrès national de la FNSEA le 29 mars à Montpellier.
Marine Le Pen au 66è confrès national de la FNSEA le 29 mars à Montpellier.

Du jamais vu, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) accueillait le 29 mars, pour son 66e congrès, 7 candidats à l'élection présidentielle. Marine Le Pen s’est illustrée en s’attaquant directement à Xavier Beulin, président de la FNSEA, lui reprochant de privilégier ses intérêts personnels et le traitant de «mauvais lobbyiste».

La FNSEA, premier syndicat agricole français, représente 20.000 syndicats locaux pour 320.000 adhérents. Réuni à Montpellier pour son congrès annuel, il a vu défiler en clôture 7 candidats à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Philippe Poutou (NPA) ayant décliné l’invitation. Marine le Pen a suscité les plus vives réactions dans l’assistance. Extraits…

La candidate du Front national a d’abord repris les 5 thèmes sur lesquels les agriculteurs ont voulu que les candidats s’expriment. En matière d’emploi et de formation, «il faut cesser de liquider 25% des exploitations agricoles tous les 10 ans», a-t-elle déclaré.

En ce qui concerne la compétitivité de l’agriculture, «je ne tomberai jamais dans le moins disant social. Je ne prendrai pas un seul euro aux exploitants agricoles sous prétexte de compétitivité».

«Relever le défi alimentaire d’un monde de plus en plus peuplé, mais qui serait contre?», s’interroge la candidate du FN.

Même réponse laconique de Marine Le Pen vis-à-vis du développement durable. «Qui serait contre? La course au profit est aussi nocive pour notre environnement que pour notre société.»

Pour la recherche et l’innovation, elle s’est dite fière de l’excellence de la recherche agronomique, mais a poursuivi en précisant: «Je m’oppose par contre formellement au racket des producteurs organisé par les semenciers et récemment imposé à l’Assemblée nationale par un lobbying sournois. Je trouve scandaleux le prétexte de la recherche et de l’innovation pour imposer des OGM dont les Français ne veulent pas. J’interdirai l’importation des produits génétiquement modifiés».

Le Front national met donc, une nouvelle fois, le doigt là où ça fait mal, mais apporte des solutions des plus simplistes. Marine Le Pen propose pour seule solution une politique nationale et protectionniste. Et de condamner l’Union européenne qui, selon elle, ne protège rien. «L’Europe agricole, oui, mais surement pas celle-là!», s’exclame l’élue frontiste du Nord. Elle réclame par exemple une renationalisation des aides agricoles (le Front national étant le seul parti à défendre cette position) avec la mise en place d’un système de régulation des volumes produits et de leur qualité.

Avant de porter l’estocade en déclarant que, «si les producteurs et les consommateurs sont les grands perdants du système, distributeurs financiers et industriels sont les grands gagnants». Et la candidate frontiste d’ajouter: «Je veux protéger les Français contre la tyrannie de ces prédateurs. Je veux protéger le modèle économique de notre agriculture, basée sur les exploitations familiales. Je ne céderai jamais au collectivisme qui aujourd’hui n’est plus rouge, mais ultralibéral, et qui entend capter les meilleures terres au profit des seuls financiers et des industriels».

«L’agriculture ne sera jamais un business parmi d’autres!», affirme la candidate à l’élection présidentielle.

Sur un ton combattif, elle a affirmé devant un parterre d’agriculteurs en colère que les productions agricoles se délocalisent et que des investisseurs français ferment des sites de production en France pour en ouvrir en Espagne ou le Maroc. «Je m’opposerai frontalement à ce système suicidaire.»

«Aux financiers, je me ferai un plaisir d’expliquer la différence entre investisseurs et prédateurs. Je ne laisserai aucun financier capter les meilleures terres françaises au profit des seuls actionnaires.»

«Aux agro-industriels qui se permettent tout au nom des économies d’échelle et de la mondialisation, je demanderai des comptes.» Et Marine Le Pen de condamner les procédés à base d’enzyme, d’ammoniac et d’autres poisons qui permettent, selon elle, d’écouler les déchets d’abattoir dans les rayons des supermarchés.

Et pour évoquer la réforme de la politique agricole commune (PAC), elle explique que «la nouvelle PAC est un machin ultralibéral mal repeint en vert».

Enfin, Marine Le Pen s’est directement attaquée au patron de la FNSEA: «Je tenais en conclusion à vous dire que j’ai été surprise, en lisant les documents que vous m’avez fait parvenir, de découvrir que l’un des cinq thèmes semblait plus consacré aux intérêts personnels de Xavier Beulin en tant que patron de Sofiprotéol qu’à ceux des agriculteurs dont Xavier Beulin a pourtant accepté le mandat de président de la FNSEA». Avant de poursuivre: «Monsieur Beulin, quand vous invitez des candidats à l’élection présidentielle et que ces derniers se donnent la peine de répondre à cette invitation, ne leur servez pas cette prose de mauvais lobbyistes. Vous êtes favorable aux OGM? Vous espérez augmenter vos marges en les imposants aux Français? C’est votre droit, mais osez au moins le dire franchement !».

 

 



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