Quand les phtalates s’attaquent à la testostérone

Le 12 avril 2012 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les tubulures contiennent aussi des phtalates
Les tubulures contiennent aussi des phtalates

Les phtalates interviennent dans la fabrication d’un grand nombre de matériaux et de produits (jouets, peintures, etc.) et sont largement présents dans l’environnement. Le problème c’est que ces produits chimiques altèrent les fonctions de reproduction du rat et figurent en bonne place dans la liste des perturbateurs endocriniens susceptibles de détériorer la fertilité humaine (voir JDLE). Une nouvelle étude réalisée par une équipe de l’institut national de la santé et de la recherche scientifique (Inserm) de Rennes et parue dans la revue britannique Human Reproduction conforte cette hypothèse : des testicules d’adultes humains exposés in vitro à ces composants produisent un tiers de moins de testostérone que des testicules non exposés.

Cette étude n’est pas la première à reconnaitre les effets délétères des phtalates sur la fertilité masculine. Les scientifiques ont déjà pu constater qu’une concentration élevée de phtalates dans les urines est souvent associée à de faibles taux de testostérone. En 2008, l’équipe de René Habert (Inserm-CEA) a soumis in vitro des testicules de fœtus humains à un phtalate largement répandu (le di(2-ethylhexyl)phtalate ou DEHP) et son métabolite actif (le MEHP). Résultat : l’exposition aux phtalates réduit le nombre des cellules germinales fœtales mais pas la production de testostérone.

Une autre étude d’une équipe anglaise utilisant des testicules fœtaux plus âgés concluait également à l’absence d’effet sur la production de testostérone fœtale.

L’étude de l’Inserm de Rennes, publiée le 29 mars dernier, indique ainsi pour la première fois que les mêmes phtalates (DEHP et son métabolite MEHP) altèrent la production de testostérone, mais cette fois-ci chez l’adulte. Pour arriver à ce résultat, les auteurs ont cultivé des testicules d’adultes et les ont exposés au DEHP et au MEHP. Ils ont ainsi réussi à montrer que ces composants réduisent de 30 % la production de testostérone par rapport à des testicules non exposés. Et cela pour des doses équivalentes à celles retrouvées chez des personnes normalement exposées.

«Dans les testicules humains adultes, le DEHP est métabolisé en produit actif dont le MEHP et le 50H-MEHP qui ont des effets directs sur la production de testostérone», confirme Bernard Jégou, responsable de l’étude et directeur de l'unité à l’origine de ce résultat. Pour le scientifique, «ces résultats confirment de précédentes données épidémiologiques et interpellent sur les conséquences de ces composants sur la santé».

A ce jour et compte tenu des données disponibles chez l’animal, la Commission européenne a déjà promulgué des interdictions et des restrictions d’usage du DEHP dans la production des jouets et articles pour enfants, dans les produits cosmétiques ou encore dans les matériaux de contact alimentaire mais «il a été et est encore tellement utilisé qu’il est présent partout dans l’environnement, l’air, l’eau, la nourriture, rappelle Bernard Jégou. Et les degrés d’exposition restent importants», complète le scientifique.

A noter que Gérard Bapt, député PS de Haute Garonne, a déposé en décembre 2011 une proposition de loi visant à interdire le DEHP des dispositifs médicaux (voir JDLE). Il proposait «d'interdire, à compter du 1er janvier 2014, la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché de tout dispositif médical contenant du DEHP.» Le texte a été renvoyé à la commission des affaires sociales.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus