Quand les Français composent leur projet de société

Le 13 mai 2020 par Volodia Opritchnik
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Le programme est arrêté.
Le programme est arrêté.
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Les parlementaires à l’origine de l’initiative du Jour d’après publient la synthèse d’une réflexion collective inédite. Ces myriades d’idées pourraient resurgir lors des prochains débats parlementaires.

Que des parlementaires fassent phosphorer leurs électeurs sur un programme politique. Le pari était audacieux ! Et pourtant. Début avril, quelques jours après l’entrée en vigueur du confinement, une soixantaine de députés et sénateurs, proches du mouvement «Accélérons la transition» lançaient une initiative inédite.

Sur une plateforme électronique, les internautes étaient invités à déposer leurs bonnes idées sur une dizaine de sujets de société: santé, vie quotidienne, consommation, éducation, numérique, démocratie, territoire, Europe, finances … «Passé l’effet de sidération, nous avons voulu nous saisir de ce prodigieux ralentissement pour en faire une occasion de penser le jour d’après», résument les organisateurs. Mission accomplie.

plus de 8.660 suggestions

En quelques semaines, plus de 26.000 citoyens ont proposé, commenté, soutenu des propositions. Nombreux, aussi, ont assisté à une quinzaine de débats retransmis en vidéo. Sur le site du «Jour d’après», on comptabilise plus de 8.660 suggestions, de la plus folle («unir tous les payeurs des taxes du monde») à la plus sérieuse (remplacer les fêtes religieuses par les congés payés).

Organisé, thématisé, hiérarchisé, ce corpus peut constituer l’architecture d’un projet en phase avec les aspirations d’une bonne partie de la société. Au chapitre sanitaire, les Français entendent répondre aux questions immédiates (relocaliser la production de matériels et produits stratégiques, comme le gel hydroalcoolique ou les masques et blouses de protection) et de long terme (repenser la distribution de médicaments, développer la médecine préventive).

L’argent hélicoptère distribué par plusieurs gouvernements a donné des idées. Pour réduire la précarité dans certains secteurs d’activité, les penseurs du lendemain proposent d’instaurer un revenu universel et de revaloriser les métiers essentiels: scientifique, soignant, enseignant, agriculteur.

Europe bas carbone

Cette agriculture devra être locale, bio, de qualité et en circuit court. Au nom du climat et du bien-être animal, on pourrait réduire la production de viandes et de produits animaux, estiment plusieurs centaines de participants. Ils sont nombreux aussi à souhaiter l’adoption d’une loi Vegan. Des débats sanglants en perspective.

Le travail et la classe à domicile ont fait cogiter sur le numérique. Les Français sont tout à la fois défavorables à la 5G, mais preneurs de l’Internet à haut débit pour tous. L’occasion, sans doute, pour lancer un plan «sur la sobriété numérique».

L’entreprise ne sera pas épargnée par la réforme. Les internautes préconisent de banaliser le télétravail et les déplacements en vélo pour les salariés. Leurs dirigeants  devront apprendre à maîtriser les principes de la comptabilité socio-environnementale. Car, dans le futur imaginé par les Français, subventions et fiscalité seront fonction des performances RSE des entreprises.

La volonté de réforme a enjambé les frontières. Les esquisseurs du monde d’après appellent à la création d’un Etat fédéral européen. Une Europe «basse carbone» puisque ayant mis en œuvre le pacte vert. Ce green deal ne manquera pas de sources de financements. L’Europe de demain aura déployé une taxe sur les transactions financières (la fameuse Taxe Tobin déjà promise par François Hollande) et créé un paysage propice à la relocalisation de la production de produits de première nécessité.

programme politique

Que faire d’un tel catalogue? Les 66 parlementaires à l’origine du projet s’engagent à soutenir, dans les hémicycles, une trentaine de propositions. Réunies autour des thématiques de la santé, de la sobriété, de la solidarité et de la souveraineté, elles portent sur la revalorisation des salaires des soignants et du nombre de personnel en Ehpad.

Députés et sénateurs entendent aussi encourager le télétravail et les modes de déplacement décarbonés. Quitte à «taxer les véhicules individuels les plus lourds et les plus polluants.» Comme nombre de gouvernements avant eux, ils entendent favoriser le lancement d’«un grand plan de rénovation énergétique des logements et des bâtiments publics et privés.»

Côté fiscalité, les élus proposent d’élargir le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. Ce premier pas vers la création d’un revenu universel pourrait être financé par un nouvel impôt sur le patrimoine et impôt sur le revenu revu et corrigé. La conception de la souveraineté est large: elle englobe développement des circuits courts agricoles et mise en place du Pacte vert européen.

Entre les concepts, stratosphériques, de Nicolas Hulot, le programme de relance concocté par Carbone 4 et les propositions collectés par le Jour d’après, les candidats aux prochaines élections ne devraient pas manquer d’idées. S’ils pouvaient, une fois élu, en appliquer certaines …