Quand les économies d’énergie disparaissent du paquet Climat

Le 18 février 2008 par Victor Roux-Goeken
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
pylon
pylon

Troisième des objectifs de l’Union européenne en matière de lutte contre le changement climatique, l’objectif de 20% d’économie d’énergie a disparu du paquet Climat-énergie de la Commission. Raison avancée: la réduction des gaz à effet de serre, la hausse du renouvelable et l’efficacité énergétique impliquent forcément une économie. Un argument discutable.

23 janvier 2008. Avec un peu de retard sur le calendrier, José Manuel Barroso, président de la Commission, présente un paquet de mesures dans le domaine de l'énergie. Il ne mentionne plus que deux objectifs à atteindre en 2020: la réduction des émissions de GES, et les objectifs en matière de renouvelable. D'économies d'énergie, il n'est pas question. Mieux, la Commission envoie un communiqué daté du même jour, intitulé «Deux fois 20 pour 2020. Saisir la chance qu'offre le changement climatique».

Pourtant, au sommet européen sur l'énergie des 8 et 9 mars 2007, les objectifs dits «trois fois 20» constituaient la principale décision politique adoptée par les Etats membres de l'Union européenne. D'ici 2020, donc, les Etats membres s'engageaient à réduire de 20% leurs émissions de GES par rapport à 1990, à augmenter la part des énergies renouvelables dans leur consommation finale d'énergie pour atteindre 20%, et à réduire de 20% leur consommation d'énergie par rapport aux estimations de consommation de 2020. L'Union européenne pouvait désormais répéter à envie qu'elle venait de se doter d'une politique énergétique commune ambitieuse, devenant du même coup le leader en matière de lutte contre le changement climatique.

La Commission est-elle amnésique, ou a-t-elle sciemment «oublié» le troisième objectif des «trois fois 20»? Non, explique Pierre-Franck Chevet, directeur général de la Direction générale de l'énergie et des matières premières (DGEMP), qui dépend du ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables (Medad): «Il s'agit en fait d'un objectif non contraignant. C'est quelque chose de difficile à mesurer, contrairement aux émissions de GES ou à la part de renouvelable». Aux directives européennes en vigueur relatives à l'efficacité énergétique (voir encadré) de permettre d'atteindre cet objectif. «D'une part, la Commission suivra tous les plans nationaux d'amélioration d'efficacité énergétique. D'autre part, il y a déjà des outils comme l'éco-conception qui vont permettre d'aller vers des normes plus contraignantes», poursuit-il.

La Commission, par la voix du porte-parole de la Direction générale (DG) de l'énergie, Ferran Tarradellas-Espuny, ne dit pas le contraire. «Les différentes directives sur l'efficacité énergétique permettront d'atteindre l'objectif de 20%. La Commission ne l'a pas oublié. Simplement, il est plus compliqué que les deux autres, et moins médiatique.» En fait, pour l'organe exécutif européen, efficacité énergétique rime avec économie. «L'objectif de l'Union consistant à économiser 20% d'énergie d'ici 2020 grâce à l'efficacité énergétique est un élément-clé de la situation», explique la Commission dans un communiqué.

Mais économies d'énergie et efficacité ne sont pas la même chose. Jean-Louis Bal, directeur Energies renouvelables, réseaux et marchés énergétiques à l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), a trouvé «surprenante» la suppression de l'objectif. Alors que la part de 23% d'énergies renouvelables fixée par la Commission à la France est déjà jugée difficile à atteindre, «si la consommation d'énergie continue à croître, nous n'y arriverons pas». A elles seules, les énergies renouvelables ne permettront pas de réduire significativement la consommation d'énergie non renouvelable. Quant à l'efficacité énergétique, «on l'améliore depuis 20-30 ans, et la consommation a toujours augmenté. Les différentes directives existantes en la matière ne permettront pas plus de la réduire. C'est avec le troisième objectif que les deux autres étaient cohérents. La France, qui prend en compte les trois objectifs dans le cadre du Grenelle, aurait tout intérêt à relancer cette idée lors de sa présidence de l'Union européenne.»




A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus