Quand les diplomates américains jouent au VRP pour Monsanto

Le 15 mai 2013 par Marine Jobert
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L’ex secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors d’une présentation au Kénya sur «l’amélioration génétique» des cultures locales.
L’ex secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors d’une présentation au Kénya sur «l’amélioration génétique» des cultures locales.
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C’est un «Monsantoleak» que dévoile Food & Water Watch, qui a passé en revue 926 câbles diplomatiques du département d’Etat américain[1], échangés entre 2005 et 2009 depuis 113 pays sur les biotechnologies et les organismes génétiquement modifiés. Selon l’ONG, le ministère se serait livré à des pressions forcenées en direction des Etats étrangers pour leur faire adopter des lois favorables aux biotechnologies et à leurs champions nationaux (essentiellement Monsanto, DuPont Pioneer, Syngenta, Bayer CropScience et Dow Agro-chemical). Il aurait également orchestré une intense campagne de relations publiques pour améliorer l’image des OGM et contrer l’édiction de règles et de protections, allant jusqu’à s’opposer aux lois instituant l’étiquetage des produits OGM.

 

Le contexte est particulier, 17 ans après l’introduction des premiers OGM aux Etats-Unis. Alors que le marché frôle la saturation, le monde reste à conquérir pour les entreprises américaines de biotechnologies. Leur gouvernement va les seconder, voire leur ouvrir le chemin. «Les semenciers ont besoin du pouvoir du département d’Etat pour forcer plus de pays, plus d’agriculteurs et plus de consommateurs à accepter, cultiver et manger leurs produits.» Qu’ils aient été rédigés sous l’ère Bush ou Obama, la teneur des échanges demeure identique: c’est un sujet «non partisan», écrit Food & Water Watch.

 

Pour aider les semenciers dans leur tâche, l’un des mémos livre clé en main un plaidoyer pour venir à bout des oppositions qui enflent contre les OGM, tant en Europe qu’en Afrique[2]. En Afrique du Sud, l’ambassade américaine est obligée de se livrer à un lobby des plus discrets «car la moindre allusion à l’implication américaine pourrait engendrer un tollé contre l’initiative», craignent les diplomates en poste. Même inquiétude en Uruguay. Au Pérou ou en Roumanie, les Américains vont créer et financer des ONG pro-biotechnologies pour plaider la cause des OGM.

 

Mais c’est surtout avec des scientifiques et des représentants de l’industrie que la diplomatie américaine va nouer des liens. Auprès d’eux, elle va égrener les messages qui ont fondé le succès des OGM: réduction de l’usage des pesticides, diminution de l’érosion des sols, augmentation de récoltes, sécurisation des semences, meilleure lutte contre les changements climatiques, etc. «Le département d’Etat encourage alors les ambassades à diffuser le fait que les biotechnologies peuvent permettre de faire face aux crises alimentaires.»

 

Les médias sont évidemment mis à contribution. Des tables rondes, séminaires et autres congrès sont organisés en direction des journalistes dans 21 pays. En Slovénie, le département d’Etat rend directement public un «pamphlet pour expliquer les mythes et les réalités autour des biotechnologies». Le consulat à Hong-Kong enverra dans les lycées des DVD vantant les mérites des OGM, pendant que la radio péruvienne diffusera des spots que n’aurait pas renié l’industrie des biotechnologies elle-même. Les fonctionnaires du département d’Etat vont jouer les VRP à travers le monde pour vanter le mérite des OGM: ils prendront la parole dans 169 événements publics, organisés dans 52 pays, entre 2005 et 2009. Les ministres et fonctionnaires des ministères de l’agriculture dont les législations nationales sont plutôt pro-OGM (Pologne ou au Salvador, par exemple) sont aimablement invités aux Etats-Unis.

 

L’ONG Food & Water Watch, qui ne se leurre pas sur la continuation, après 2009, de ce lobbying en direction des Etats récalcitrants, exige l’arrêt de ces pressions sur les pays en voie de développement et du financement de cette politique à l’étranger. Elle plaide pour que les Etats aient le choix de refuser les OGM. «Les Etats-Unis devraient travailler avec les autres nations à développer leurs propres politiques et objectifs et laisser les semenciers gérer seuls leurs relations publiques», conclut le rapport.



[1] Issus des documents des 250.000 documents diplomatiques révélés par Wikileaks.

[2] En 2008, seuls l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Burkina Faso cultivaient des OGM.

 

 



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