Quand les centrales nucléaires réchauffent le Rhône

Le 31 mai 2016 par Stéphanie Senet
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Le réchauffement du fleuve est dû, pour moitié, aux rejets des centrales
Le réchauffement du fleuve est dû, pour moitié, aux rejets des centrales
EDF / MATTHIEU COLIN

La température du Rhône a grimpé à cause du changement climatique mais aussi des rejets des centrales nucléaires, selon une nouvelle étude présentée le 27 mai au Comité de bassin de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

Si le Rhône s’est réchauffé de 2°C entre 1920 et 2010, c’est surtout depuis 1987 que ses effets sont devenus significatifs, selon l’étude, lancée par l’Etat, qui cible la dynamique thermique rhodanienne. A partir de cette date, les températures annuelles de l’eau augmentent sur le fleuve et ses affluents, de 0,4 °C à Pougny à 2,1 °C à Tricastin.

 

Des rejets majeurs

 

Précieuse, l’étude s’est penchée sur les raisons de cette élévation thermique. En isolant les rejets des centrales nucléaires de leurs simulations, les auteurs de l’étude sont ainsi parvenus à évaluer leur importance dans le phénomène. Résultat: ces déversements sont responsables de la hausse de la température du Rhône à hauteur de 30 à 50% selon le lieu observé et la période de référence. A eux seuls, ces rejets industriels font grimper le mercure, en moyenne annuelle, de 0,5 °C à Saint-Alban, de 0,6 °C à Tricastin et de 1,2 °C à Aramon.

 

Sans oublier le climat

 

Bien sûr, ils ne sont pas les seuls responsables. Le changement climatique réchauffe aussi l’eau du Rhône, comme l’avait déjà montré, en septembre 2012, un rapport piloté par le climatologue Hervé Le Treut.  Avec une hausse attendue des températures de 3 °C à 5 °C en 2080 par rapport à 1970-2000, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a d’ailleurs lancé un plan d’adaptation en juin 2014.

 

De grands aménagements hydrauliques

 

Autre facteur: les équipements hydrauliques. Des modifications importantes de température correspondent en effet à la période d’aménagement du Rhône et de son bassin versant, réalisé entre les années 1950 et 1970. En conséquence, les débits ont été réduits de 30% en été et augmentés de 30% en hiver, ce qui influe sur la température du fleuve.

Le Léman joue un rôle non négligeable. Un accroissement de son écoulement estival dans le Rhône baisse la température, en amont de la centrale du Bugey , de 0,002 °C par mètre cube par seconde de débit supplémentaire.

Pas question, en revanche, d’incriminer l’atmosphère. Le plus puissant fleuve de France est trop profond et son débit est trop rapide pour que les échanges thermiques avec l’air influent de quelque façon que ce soit sur la température de l’eau.

 

Une évolution de la faune aquatique

 

L’étude s’est aussi penchée sur l’impact du réchauffement sur la biodiversité, en passant en revue 130 principales espèces de poissons, de macroinvertébrés et de macrophytes. Si l’arrivée de nouvelles espèces est continue dans l’histoire du Rhône, et donc indépendante de ses conditions thermiques, une tendance est toutefois liée au réchauffement de la température. Ainsi des espèces aquatiques anciennes –dont le poisson-chat, ou l’élodée du Canada- régressent alors que les espèces récentes –comme le silure ou l’élodée de Nuttall- progressent.

Confiée par l’Etat à EDF, cette étude a été encadrée par un comité de pilotage réunissant l’administration dont la Dreal[1], l’Onema[2], l’Agence régionale de santé (ARS), la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et EDF.

Elle a même poussé la Dreal Rhône-Alpes à envisager un possible refroidissement du fleuve. «Nous avons listé les moyens susceptibles de refroidir le Rhône, comme le débit du Lac Léman ou l’ouverture partielle de barrages sur l’Isère. Mais nous avons compris qu’aucun d’entre eux ne permettait de contrer une forte hausse des températures, comme celle que nous avons observée en 2011», conclut Patrick Vauterin, directeur adjoint de la Dreal.


 

 

 



[1] Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement

[2] Office national de l’eau et des milieux aquatiques

 



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